Stonewall et Marches des fiertés: 50 ans de luttes LGBT racontées en séries, films et documentaires

HISTOIRE Cette année marque le 50e anniversaire des émeutes de Stonewall, événement fondateur du mouvement pour les droits LGBT. « 20 Minutes » a sélectionné une poignée d’œuvres permettant de retracer cette chronologie historique

Fabien Randanne

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Nahuel Perez Biscayart incarne Sean, un militant d'Act Up-Paris dans «120 Battements par minute» de Robin Campillo.
Nahuel Perez Biscayart incarne Sean, un militant d'Act Up-Paris dans «120 Battements par minute» de Robin Campillo. — Céline Nieszawer
  • Le 28 juin 1969 ont débuté les émeutes de Stonewall, devant le bar new-yorkais du même nom. Cet événement est fondateur pour le mouvement de lutte pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bi et/ou trans (LGBT).
  • De nombreux documentaires, films ou séries récents racontent comment ce mouvement a évolué par la suite. « 20 Minutes » vous propose une petite sélection.

Ce samedi, des centaines de milliers de personnes braveront les températures caniculaires pour défiler dans Paris à l’occasion de la Marche des fiertés. Un rendez-vous annuel dont le grand public retient la dimension festive en oubliant l’aspect revendicatif qu’il revêt pour les droits des lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Or, les cortèges ont toujours porté des revendications – cette année, le mot d’ordre parisien est « Filiation, PMA, pas de loi a minima » - et, depuis le début, la raison d’être de ces manifestations est politique.

Cette année est d’autant plus symbolique qu’elle coïncide avec le cinquantième anniversaire des émeutes de Stonewall à New York, jalon essentiel de l’histoire du mouvement LGBT. De la répression à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, les choses ont sensiblement évolué en un demi-siècle. De nombreux films, documentaires et séries permettent de retracer les temps forts des cinq décennies écoulées et mettent en exergue des événements et figures que les manuels d’histoire n’évoquent jamais. 20 Minutes vous livre sa sélection pour remonter ce pan de l’histoire mondiale que vous n’avez pas appris à l’école.

Les émeutes de Stonewall

Dans la nuit du 28 au 29 juin 1969, la police fait une énième descente au Stonewall Inn, un bar de New York fréquenté par des gays, des lesbiennes, des bis, des trans. Mais cette fois-ci, clientes et clients refusent de se laisser intimider et arrêter. Les projectiles volent, les voix s’élèvent, la révolte enfle. Les forces de l’ordre en perdent leurs moyens. « Cela s’est passé en un instant, mais ce moment semblait se préparer depuis des années », racontait le 18 juin dernier l’activiste américain Fred Sargeant,sur la scène des Out d’or à Paris. Autrement dit, les violences, discriminations et vexations encaissées jusque-là ont fini par exploser. Les « émeutes de Stonewall » - qui ont depuis quelques jours une place à leur nom dans le 4e arrondissement de Paris – ont duré trois jours. Elles sont un événement fondateur de la lutte pour l’égalité des droits aux Etats-Unis et, plus largement, dans le monde.

Sorti en DVD l'an passé, Stonewall de Roland Emmerich a été fortement décrié car il est centré sur un héros blanc. « Les personnes trans, noires et latinos [particulièrement actives à Stonewall] sont reléguées au second plan, résumait alors l'historien du cinéma Didier Roth-Bettoni à 20 Minutes. C’est incroyable cette réécriture de l’histoire ! L’émeute est même évacuée à la toute fin du film. » Raison pour laquelle il faudra mieux se concentrer sur le documentaire Stonewall Uprising, datant de 2010, pour mieux appréhender les faits dans leur globalité. Un autre documentaire, Marsha P. Johnson : Histoire d’une légende – disponible sur Netflix – revient sur la vie de cette femme trans, fer de lance des émeutes, son combat militant et son destin tragique. Ce film pointe le projecteur sur la communauté trans de New York, fortement exposée à la précarité, des années 1970 et 1980.

Les Marches des fiertés

La commémoration du premier anniversaire des émeutes de Stonewall a donné lieu à la première Gay Pride. « Beaucoup de faits restent méconnus. Il faut savoir que la première à avoir proposé l’organisation d’une Marche, en novembre 1969, était une lesbienne, Ellen Broidy », a insisté Fred Sargeant, à la dernière cérémonie des Out d’or. Le 28 juin 1970, le cortège s’est élancé devant le Stonewall Inn, sur Christopher Streer, pour prendre la direction de Central Park. S'il y avait une centaine de manifestants au départ, des milliers d'autres l'ont rejoint au fil du parcours. Des personnes LGBT, se sont ainsi rendues visibles dans l’espace public, défiant la stigmatisation sociale. Ce dimanche, ce sont quatre millions de personnes qui sont attendues à la World Pride de New York afin de célébrer les 50 ans des émeutes de Stonewall. Entre-temps, le nombre de villes organisant leurs propres « Gay Pride » n’a cessé d’augmenter dans le monde entier. Paris a lancé la sienne en 1977...

Quand la fiction s’intéresse aux Marche des fiertés, c’est le plus souvent pour mettre en avant l’évolution de son héros ou de son héroïne vers l’acceptation de son orientation sexuelle – comme, par exemple, dans La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Plus rarement, des films mettent en avant sa dimension politique, comme Pride, de Matthew Warchus, sorti en 2014. Dans cette comédie sociale, des activistes homos s’allient à des mineurs gallois grévistes. Les deux parties qui, sur le papier, n'avaient aucune raison de se rencontrer, se soutiennent et s’entraident. Cette histoire vraie, survenue en 1984, est un parfait exemple de convergence des luttes : ici, l’alliance se forme pour protester contre la politique de Margareth Thatcher. Plus récemment, dans 120 Battements par minute de Robin Campillo, César du meilleur film en 2018, les militants d’Act Up défilent dans Paris en cheerleaders et sous les confettis. Une scène dont la dimension festive cohabite avec la démarche revendicatrice que le film met en exergue à de nombreuses reprises.

Le choc des années sida

La décennie 1980 aura été tragique pour la communauté LGBT, décimée par le sida. Face à l’inaction des pouvoirs publics quand il s'agit d'assurer la prise en charge des malades et pour enrayer les discriminations et l’ostracisation dont sont victimes les personnes séropositives, la lutte s’organise. Act-Up Paris se crée en 1989 sur le modèle de l’association américaine. Pour sensibiliser l’opinion publique et attirer l’attention des médias, les militants et militantes organisent notamment des actions coups de poing. Une démarche parfaitement relatée dans 120 Battements par minute.

La saison 2 de Pose, qui vient d’être lancée sur Canal+ Séries évoque également les happenings d’Act Up. Le premier épisode tente de faire comprendre à un public trop jeune pour avoir connu cette époque, la colère et le sentiment d’urgence qui animaient les activistes d’alors. La série de Ryan Murphy est centrée sur la communauté LGBT noire et latino de New York au tournant des années 1980 et 1990 et particulièrement sur la scène ballroom. Un espace nécessaire à ses membres, gays et trans, en termes d’entraide et d’émancipation.

Et aujourd’hui ?

A quoi servent encore les Marches des fiertés aujourd’hui ? C’est la question que se pose State of Pride de Rob Epstein et Jeffrey Friedman en allant à la rencontre de personnes qui s’apprêtent, pour certaines, à participer à leur premier défilé sous les drapeaux arc-en-ciel, symboles de la communautés LGBT. Le road trip passe par Washington, l’Alabama, l’Utah et San Francisco afin de recueillir les témoignages d’homos ou de trans aux vécus divers, confrontés à différentes formes de discriminations et souvent à des environnements conservateurs. Ce documentaire, qui a été mis en ligne fin mai est produit par YouTube, une plateforme qui, ironie de l’histoire, est régulièrement critiquée pour la manière dont elle gère les contenus LGBT et pour son manque de réaction face aux propos haineux.

Comme son titre l’indique, L’étincelle, une histoire des luttes LGBT, le documentaire de Benoît Masocco récemment diffusé sur la chaîne Histoire et disponible en replay, refait la chronologie du mouvement entre 1969 et 2019, en mettant en parallèle les situations américaine et française. Un parfait condensé historique qui rappelle que l’égalité des droits est loin d’être achevée, qu’homophobie et transphobie demeurent, et que l’homosexualité est passible de la peine de mort dans 70 pays. L’histoire des luttes LGBT continue de s’écrire au présent.