Nantes: Keyser Söze, Poutine, virilité... Quand François Hollande vient présenter le film «Usual suspects»

CARTE BLANCHE L'ancien président de la République était à Nantes ce jeudi après-midi pour présenter le film de son choix, dans le cadre du festival Sofilm Summercamp

Frédéric Brenon

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François Hollande, lors de sa présentation du film « Usual Suspects». Sous les yeux d'un certain Jean-Marc Ayrault.
François Hollande, lors de sa présentation du film « Usual Suspects». Sous les yeux d'un certain Jean-Marc Ayrault. — F.Brenon/20Minutes
  • Le festival Sofilm Summercamp avait donné « carte blanche » à François Hollande.
  • Devant un public curieux, l’ancien chef d’Etat a expliqué son choix.
  • Répondant aux questions de la salle, il a multiplié les allusions à la politique.

« J’ai proposé La Grande illusion, mais on m’a dit que mon choix pourrait être détourné. J’ai suggéré Spartacus, mais c'est un gladiateur, qu’est-ce qu’on aurait pensé de moi ? Et puis ça finit mal. Alors, j’ai retenu Usual suspects. C’est un film culte, au sens où il marque aussi les plus jeunes. » Les 250 spectateurs du cinéma Katorza, à Nantes, ont assisté à une séance inhabituelle ce jeudi après-midi. Invité par le festival Sofilm Summercamp, qui donne des « cartes blanches » à des personnalités, François Hollande est venu présenter Usual Suspects, le thriller brillant de Bryan Singer (deux Oscars en 1996).

A l’aise, distillant les traits d’humour, l’ancien président de la République a expliqué son choix étonnant au micro, n’hésitant pas à dresser un parallèle avec la politique. « C’est un film sur la vérité et la dissimulation. C’est un film qui nous manipule. Nous cherchons toujours où est l’adversaire alors que quelques fois nous l’avons près de nous. C’est aussi un film sur la lucidité. Il nous amène à penser qu’il ne faut jamais être gagné par les préjugés. Moi je pense que le bon moyen de lutter contre tout ça, c’est de faire confiance. »

« J’ai pu rencontrer plusieurs Keyser Söze »

Avez-vous déjà croisé un Keyser Söze, l’interroge-t-on dans la salle, en référence à ce personnage diabolique dont on ignore la véritable identité ? « Le propre de Keyser Söze c’est que quand on est avec lui on pense que ce n’est pas lui. Donc j’ai pu rencontrer plusieurs Keyser Söze sans le savoir, répond François Hollande. [...] Quand on voyait Poutine, on se disait qu’il ne dissimulait pas. Il essayait d’impressionner. Quand on en voyait d’autres, qui pouvaient être plus fringants, plus séduisants, on ne savait pas. »

François Hollande au cinéma Katorza à Nantes, le 20 juin 2019.
François Hollande au cinéma Katorza à Nantes, le 20 juin 2019. - F.Brenon/20Minutes

Sous les yeux d'un certain Jean-Marc Ayrault, venu en famille, l’ancien chef d’Etat a poursuivi la discussion une vingtaine minutes, appelant à « se méfier du complotisme, une idée très dangereuse », estimant que « ce ne sont pas les grands satans qui font du mal mais les hommes ordinaires », ou confiant avoir été « marqué » par les films politiques de Costa-Gavras et « impressionné » par les fictions d’espionnage Le Dossier 51 et I comme Icare.

« Il avait l’air heureux d’être là »

François Hollande a également déclenché des fous rires lorsqu’un spectateur, soulignant la virilité qui se dégageait d'Usual suspects, lui a demandé s’il se sentait viril. « Je ne pensais pas que j’aurais à me dévoiler », rétorque-t-il, hilare. Puis il poursuit. « On a tous une part de virilité. Moi je pensais que le pouvoir n’avait pas besoin de surjouer la virilité. Une femme, vous la reconnaîtrez sans peine, peut jouer sur la virilité de la politique. Vous avez bien compris de qui je voulais parler ? Il y a aussi une dimension de séduction qui peut être utilisée. Chez Barack Obama, cette dimension était évidente. Chez Poutine, non. »

A la sortie de la projection, le public semblait ravi de l’expérience. « C’est rare de pouvoir échanger avec un ancien président dans ce genre de circonstances, relève Frédéric. L’exercice était facile pour lui mais je l’ai tout de même trouvé très accessible, très détendu. » « Il était charmant, très drôle, abonde Bénédicte. En plus, il avait l’air heureux d’être là. » « Je n’apprécie pas l’homme politique, explique Olivier. Mais, si on fait la part des choses, je l’ai trouvé extrêmement sympathique. Il ressent bien l’ambiance du lieu, il a beaucoup d’humour. On sent qu’il a besoin de garder le contact avec les gens. »

François Hollande a conclu sa visite au festival par une séance de dédicaces de la nouvelle version de son livreLes Leçons du pouvoir.