Autotune, gros clichés... Squeezie tente de relancer la mode des tubes de l'été (mais c'est mort)

DÉHANCHÉ Le Youtubeur Squeezie est en passe de signer le tube de l’été 2019. À moins que ce concept ne soit complètement épuisé

Clément Rodriguez

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Squeezie et Joyca, à l'origine du tube de l'été 2019 ?
Squeezie et Joyca, à l'origine du tube de l'été 2019 ? — Squeezie/YouTube
  • Le Youtubeur Squeezie s’est lancé un défi avec trois amis : écrire deux morceaux et en faire des tubes de l’été.
  • Mirador et Bye Bye sont, effectivement, des succès qui sont sortis du cadre de YouTube et passent en radio et soirées.
  • Cependant, on ne peut parler de réels « tubes de l’été », concept qui a fait son temps.

Voilà l’été. Le soleil tarde à venir en France et on commence à s’impatienter, « il n’y a plus d’saisons » désespère ma voisine à chaque fois que je la croise. Heureusement pour nous, un sauveur appelé Lucas Hauchard vient enflammer nos journées. Son nom ne vous dit rien ? Peut-être le connaissez-vous mieux sous le pseudo de Squeezie. Le YouTubeur au plus de 13 millions d’abonnés a lancé un défi à trois de ses amis : créer un hit de l’été en trois jours seulement.

Dans une vidéo qui dure plus d’une heure (c’est assez rare dans le cas d’une vidéo de divertissement pour le noter), Squeezie et Joyca affrontent Freddy Gladieux et Kezah. Les deux équipes composent donc chacune un morceau qu’elles estiment être le meilleur pour faire danser les Français cet été. Jugés par Gims, le maître lui-même désigne la chanson gagnante : il choisit Mirador de Kezah et Freddy.

À les voir faire, on pourrait penser qu’il est facile de créer un hit de l’été. Un peu d’autotune, quelques notes latinos, et le tour est joué. Et effectivement, très rapidement, le succès a été au rendez-vous pour les deux titres proposés par les Youtubeurs. Dix jours après leur mise en ligne, Bye Bye atteint 11 millions de vues, et Mirador plus de 12 millions. Alors que l’enthousiasme autour de ces titres n'était pas du tout prévu par Squeezie, Joyca, Kezah et Freddy, le triomphe est tel que les deux chansons passent en boîte de nuit, qu’elles sont diffusées en radio et qu’elles grimpent dans les classements des ventes de singles.

N’est pas Desireless qui veut

Des millions de vues sur Internet, des diffusions en boîte, est-ce que cela suffit à faire LE tube de l’été 2019 pour autant ? Selon Fabien Lecoeuvre, spécialiste de la chanson française, ce n’est pas le cas pour la simple et bonne raison que seuls les enfants et les adolescents connaissent ces chansons, et qu’elles ne traversent pas les frontières des générations. « Celui de l’année dernière, avec Vianney et Maître Gims, il y avait réellement 5 millions de personnes qui connaissaient ce tube » remarque-t-il.

« Ils essayent tous de faire un coup parce que ça peut rapporter gros » analyse Fabien Lecoeuvre. Mais ça ne marche pas pour tout le monde. Ce sont souvent des titres que l’on écoute pendant une période donnée, et qui seront vite oubliés par les auditeurs. À l’inverse de Voyage, Voyage, qui nous transporte toujours « plus loin que la nuit et le jour » depuis 30 ans exactement.

Squeezie le dit lui-même dans sa vidéo : il a misé sur des codes musicaux qui enchantent le public jeune depuis plusieurs années, et qui sont des clichés visuels pour le clip. Teinture blonde, gros yacht, soirée mousse, filles en maillot de bain, tout est réuni pour respecter le cahier de charge des tubes de l’été récents. Pourtant, tous les hits estivaux n’ont pas forcément réuni ces critères-là dans le passé. Souvenez-vous de Pierre Bachelet, à l’été 82. Son morceau Les Corons a été un énorme tube de l’été et s’est retrouvé numéro 1 des ventes. Pourtant, sa chanson, qui passait partout en radio, n’avait rien de vraiment très séduisant.

La mort (dans l’âme) du tube de l’été

De manière générale, les tubes de l’été n’existent plus aujourd’hui selon le spécialiste de la chanson française. Il précise que deux raisons peuvent expliquer leur mort. D’une part, il y a la multiplicité des usages du public qui ont complètement changé depuis une quinzaine d’années. Chacun écoute la musique qu’il veut sur les plateformes de streaming, l’usage est devenu individuel et le partage d’une même culture musicale est plus difficile.

D’autre part, le jeu de la concurrence entre les radios fait que les tubes de l’été ne sont pas les mêmes pour tout le monde. « NRJ a ses tubes d’été, RTL aussi, constate Fabien Lecoeuvre. Il y a les mômes qui écoutent NRJ, ceux qui aiment le rap sont sur Skyrock, ceux qui aiment la chanson française sur Chérie FM. Ce sont les radios qui ont tué les tubes de l’été parce qu’elles sont devenues communautaires, elles ne diffusent plus toutes les mêmes chansons ».

« Ces soirées-là », dernier hit estival de l’histoire ?

Fabien Lecoeuvre estime donc que les tubes de l’été, c’est fini. Arrivés des États-Unis dans les années 1950, ils ont rythmé les pas endiablés des Français pendant cinq décennies. Chansons italiennes ou espagnoles, refrains latins, vous pouvez certainement en citer des dizaines. Mais depuis le tout début des années 2000, où « les Anglo-saxons ont pris le dessus », les choses ont basculé.

Impossible de se mettre d’accord sur le tube de l’été 2018 ! Ramenez la coupe à la maisonde Vegedream, Djadja d’Aya Nakamura ou encore La Même de Gims et Vianney ? Autant de titres qui ont cartonné il y a un an, mais qu’on ne peut pas classer en termes de popularité. « Le dernier gros tube de l’été, avec près de 2 millions d’exemplaires, c’était Ces soirées-là​ de Yannick. Et sa carrière s’est résumée à cela ». Et ça, c’était en 2000. Ça met un petit coup de vieux, d’un coup.

Les tubes de l’été semblent donc être enterrés, au moins pour quelques années encore. Mais on ne doute pas que les paroles de Mirador rythmeront vos soirées d’été. « Vol première classe pour Cuba, escale à Puerto Rico », il faut reconnaître que les paroles sont diablement efficaces. Rien ne dit, en revanche, que vous vous en souviendrez l’année prochaine, au moment où vous danserez sur un autre rythme de l’été.