Guitare, morve et tempête Miguel, on a surfé avec Tom Frager

FLY AWAY A l'occasion de la sortie de son nouvel album le 28 juin prochain, le chanteur-surfeur nous a convié dans les Landes, affrontrer les éléments (et nos préjugés)

Clio Weickert

— 

Oui, c'est bien Tom Frager de dos.
Oui, c'est bien Tom Frager de dos. — C.WEICKERT (merci P.AELION)
  • Tom Frager, que le grand public a connu en 2009 avec son titre « Lady Melody », sort un nouvel album le 28 juin, « Au large des villes ».
  • Le chanteur-surfeur a convié « 20 Minutes » dans les Landes pour partager musique et surf (et des cœurs de canards).

Ne faites pas semblant de ne pas voir qui c’est. En 2009, Tom Frager et sa guitare ont cassé la baraque avec Lady Melody, ce qu’on appelait à l’époque le « tube de l’été ». Son refrain était dans toutes les têtes, et sur tous les plateaux télé. Ça ne vous revient pas ? On va vous rafraîchir la mémoire… « Elle est dans ma tête, elle ne m’abandonne jamais, je la trouve encore plus belle, quand elle s’habille en reggae… » Voilà.

Et depuis ? On l’avait un peu perdu de vue. Mais Tom Frager, sa chevelure blonde et sa gratte n’avaient pas disparu de la surface de la Terre, bien au contraire.

Tom Frager sort un nouvel album, «Au large des villes».
Tom Frager sort un nouvel album, «Au large des villes». - Hélène Pambrun

« Il sort son nouvel album Au large des villes, on organise une grosse release party chez lui dans les Landes, ça te dit ? » m’annonce son attachée de presse, fin mai. Pour être honnête, et j’espère qu’il me pardonnera, ma première pensée a été « Tom qui ? ». « C’est un très bon surfeur aussi, enchaîne mon interlocutrice, ça te dirait de surfer avec lui à cette occasion ? ». Et là, mon sang n’a fait qu’un tour. Car oui, après le yoga, je me suis mise au surf. Comme la plupart des instagrameuses les plus cool de la planète, sauf que je n’ai plus Instagram (ça me rendait malheureuse), et que je ne suis pas cool (en tout cas je n’ai jamais eu assez de followers pour en attester).

Etant légèrement monomaniaque, partir surfer avec Tom Frager est donc devenu en un quart de seconde ma nouvelle obsession, une question de vie ou de mort.

« Je ne suis pas que "Lady Melody" »

Au départ c’était plutôt mal barré. Car quoi de mieux que le week-end de la tempête Miguel pour traverser la France et affronter l’océan ? Car qui dit tempête, dit couacs SNCF (ça marche aussi avec « canicule », « orage », « hiver », « pollen » etc.), et un simple Paris-Bayonne de 4 heures s’est transformé en véritable chemin de croix de 8 heures… Toutefois, cet aléa de la vie nous a permis (l’attachée de presse et moi), de faire la connaissance d’un chouette voisin de train (coucou Romain), qui s’est avéré être un chouette conducteur de voiture de location, un chouette cadreur du concert de Tom Frager (le hasard fait qu’il était cadreur, et qu’on en manquait), et un chouette camarade d’apéro. Bref.

Outre les intempéries, j’ai dû faire face à un autre obstacle, plus personnel : quelques préjugés sur mon hôte. Car oui, je dois reconnaître que dans mon esprit, Tom Frager n’était qu’un tube de l’été. Mais je ne suis pas la seule. « Ce qu’il faut savoir avec Lady Melody, c’est que c’était une chanson parmi d’autres, sans aucune attente commerciale, je ne me suis pas dit que ça allait cartonner, m’expliquera-t-il plus tard, avec patience. Moi j’avais le sentiment de faire une petite berceuse reggae, qui viendrait contraster avec d’autres choses plus folk et rock de ma musique. Ce n’est pas mon style mais j’ai été identifié très fortement à cette chanson-là, et forcément on m’a résumé un peu à ça. »

Et en effet, depuis dix ans Tom Frager n’a pas chômé, il a enchaîné les concerts (dont des premières parties de Groundation en Australie), les albums, et les chansons (une soixantaine au compteur). Mais malgré cette image de tube de l’été/chanteur de plage, l’artiste n’a pas (ou peu) de rancœur : « je trouve ça assez logique que pour les gens je sois un tube d’été reggae puisque le focus a été mis là-dessus. Ce qui manque à ma présentation pour le grand public, c’est de dire que je ne suis pas que ça. Je ne suis pas que Lady Melody ».

Tom s’engage pour la planète

Il ne lui en tient pas rigueur, car cette petite berceuse l’accompagne encore, et a même clôturé sa release party (un concert en fait). Ce vendredi soir de début juin, le chanteur a convié sa famille, son petit garçon à qui il dédie la chanson Les silences, ses nombreux amis, et moi qui a priori n’a pas grand-chose à faire là (même si je sens que les Landes m’ont adoptée). Mais la sauce prend. Le groupe tâtonne un peu, les enfants sautent sur les sièges au fond de la salle, et Tom Frager, visiblement content de se retrouver parmi tout ce petit monde, présente un avant-goût de ce nouveau projet. « J’avais envie que cet album propose quelque chose de plus complet, plus riche, 22 musiciens ont joué dessus. Si je devais qualifier ma musique, je dirais que c’est de la chanson world. Ça reste de la chanson française, mais je vais aussi chercher dans les musiques du monde, reggae, blues, soul, rock, c’est un album métissé », analyse-t-il, citant au passage aussi bien Cabrel, Jack Johnson que Ben Mazué.

Et ça parle de quoi, Au large des villes ? De voyages, d’amour, de paternité, de fraternité, mais aussi d’écologie (1 % des ventes de l’album sera d’ailleurs reversé à la Surfrider Foundation pour sauver les océans). « Je ne fais pas de la musique pour plaire aux médias mais parce que j’aime ça, j’ai des choses à raconter, des messages à faire passer, j’aime profondément ça », explique-t-il.

« J’ai fait surfer une copine »

Et le surf dans tout ça ? Quand on pense que certains arrivent à peine à jouer de la flûte à bec, Tom quant à lui est chanteur, musicien, mais aussi surfeur, il est d’ailleurs champion de France Grand Master 2018. Eh oui, on n’est pas tous égaux face à cette grande aventure qu’est l’existence. Au lendemain d’une soirée riche en rires, bière basque et cœurs de canard (vous avez bien lu), il était donc temps d’affronter les éléments. Car c’est ça le surf, se frotter à l’océan, défier la houle et les vents, se sentir vivant… Et surtout se prendre des grosses claques dans la gueule. Et retenter sa chance.

« La musique et le surf font tous deux appel à une forme de fluidité. Un chanteur écoute et chante sur la musique, un surfeur beau à regarder est à l’écoute de ce que les vagues lui proposent », philosophe Tom. Bon. Concrètement, quand on commence, on ne danse pas la rumba sur les vagues, mais l’inverse.

Tom Frager.
Tom Frager. - C.WEICKERT

Baby surfeuse, titulaire d’une « Première mousse » (un peu l’équivalent surf du « flocon » en ski, sauf que j’ai 31 ans), j’ai donc eu la chance de surfer avec Tom Frager. Ou plutôt, j’ai eu la chance que Tom Frager me pousse sur mon surf géant de débutante (qui s’apparente plus à un paddle, voir à un catamaran), dans les mousses, à dix mètres du sable. A la base, je m’imaginais voler sur des vagues de trois mètres, telle une naïade, la peau et les cheveux dorés par le soleil. En réalité, je me suis fait latter par l’océan atlantique, la morve au nez, ressemblant plus à une algue non comestible qu’à une sirène. Mais croyez-le ou non, Tom a dit que « j’avais le truc ». Il m’a pris par la main (oui j’ai tenu la main de Tom Frager), m’a appris à sauter sous les vagues, « en canard » (encore oui), et m’a donné mille trucs pour ne pas mourir en mer. Apogée de ma carrière et de ma vie non-instagramable : « j’ai fait surfer une copine », a répondu Tom à l’un de ses potes de Capbreton, croisé après notre « session de surf ». Je n’aurais pas pu en espérer tant.

Conclusion de cette histoire : et si on ouvrait une nouvelle locale 20 Minutes dans les Landes ?

 

Tom Frager sera en concert à Mérignac, Toulouse et Seignosse cet été, et le 11 octobre prochain à la Boule Noire à Paris.