Changement climatique: «Notre génération sera affectée. Et on essaye de limiter la casse», explique Vipulan Puvaneswaran, 15 ans

INTERVIEW Invité du Festival Futur.e.s. ce jeudi pour parler des nouvelles mobilisations, cet adolescent marche dans les pas de la Suédoise Greta Thunberg

Laure Beaudonnet

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Vipulan Puvaneswaran pendant le festival Futur.e.s organisé à la Manufacture des Gobelins le 13 juin à Paris.
Vipulan Puvaneswaran pendant le festival Futur.e.s organisé à la Manufacture des Gobelins le 13 juin à Paris. — L. BEAUDONNET / 20 MINUTES
  • Futur.e.s a ouvert ses portes ce jeudi et s'est intéressé aux Ville.s durable.s.
  • A seulement 15 ans, Vipulan Puvaneswaran est ambassadeur de Little Citizens For Climate.
  • Comme la Suédoise Greta Thunberg, ce lycéen milite pour le climat.

A seulement 15 ans, Vipulan Puvaneswaran se bat pour faire entendre la voix de la jeunesse révoltée qui n’hésite pas depuis plusieurs mois à sécher l’école pour dénoncer l’inaction climatique des Etats. Invité du Festival Futur.e.s. ce jeudi pour parler des nouvelles mobilisations, cet élève de seconde aux positions bien tranchées marche dans les pas de la figure des mouvements des lycéens, la Suédoise Greta Thunberg, à peine plus âgée que lui. Il raconte à 20 Minutes comment son engagement se traduit au quotidien et quelle vision il se fait du monde de demain.

Vipulan Puvaneswaran à Futur.e.s organisé à la Manufacture des Gobelins le 13 juin 2019.
Vipulan Puvaneswaran à Futur.e.s organisé à la Manufacture des Gobelins le 13 juin 2019. - L. BEAUDONNET / 20 MINUTES

Quels sont les leviers de la génération Z, qui ne peut pas voter, pour peser dans les débats sur le climat ?

La sensibilisation, d’abord. C’est important parce qu’il y a un vrai manque d’information. Beaucoup de gens ne savent pas ce qu’est, concrètement, le réchauffement climatique. Une augmentation de 2°C, ce n’est pas simplement passer de 36°C à 38°C ou de 0°C à 2°C, c’est tout le système climatique qui est bouleversé. Il y aura plus de catastrophes naturelles, plus de migrants climatiques, l’effondrement de la biodiversité… C’est catastrophique. Tout ça, on ne nous l’apprend pas dans le système éducatif.

La grève de l’école est-elle un levier suffisant pour mettre la pression ?

Avec les grèves pour le climat, nous voulons mettre la pression sur le gouvernement pour faire en sorte que les choses changent. C’est aussi une façon de sensibiliser. Les gens voient les jeunes manifester dans la rue, les médias en parlent. Ils se disent : « Ok, quelque chose ne va pas ». Partout dans le monde, le même jour, les jeunes se mobilisent pour une même cause, c’est du jamais vu. Le 15 mars, 1,8 million de jeunes faisaient la grève dans le monde entier, le 24 mai, ils étaient plus d’un million. C’est énorme. Il y a aussi d’autres modes d’action : les occupations. En France, Youth For Climate France en organise une le 28 juin.

Quelles sont vos revendications concrètement ?

Le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat] dit qu’on a jusqu’à 2030 pour tout changer. Ça ne veut pas dire qu’on a jusqu’à 2030 pour commencer à inverser la tendance. Pourtant, nos émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter,même en France. On ne respecte même pas l'Accord de Paris. Le président, Emmanuel Macron, a appelé à ne pas signer d'accord commercial avec les pays qui ne respectent pas l’accord de Paris sur le climat. Ça veut dire qu’on ne devrait même pas traiter avec nous-mêmes. On est dans une situation assez catastrophique.

Tu participes à la conférence sur « Les nouvelles mobilisations signées génération Z ». Comment définirais-tu la génération Z ?

C’est la génération qui va vivre ces changements, qui va en être affectée. Même si on arrête tout, tout de suite, il y aura des répercussions sur notre avenir parce qu’il y a des effets de bombe à retardement. Notre génération sera affectée. Et on essaye de limiter la casse.

Comment ton engagement se manifeste-t-il dans ton quotidien ?

Depuis tout petit, j’ai noué un lien particulier avec la nature et les animaux. Et en 2016, j’ai perdu mon père, ça a été un déclic. J’ai commencé à m’investir individuellement, à manger bio, local. Je suis devenu végétarien… Ma mère aussi a été convertie au végétarisme.

Quelle est ton image du futur, es-tu optimiste ?

J’espère que les choses vont bouger. Je n’ai pas envie d’être pessimiste mais parfois, les informations que je vois passer m’angoissent. Je me dis qu’on va y arriver car on a une mobilisation historique. On va y arriver parce qu’on doit y arriver.

Comment décrirais-tu le futur souhaitable, celui dans lequel tu aimerais vivre ?

C’est un futur où chacun trouverait sa place dans la société, où les minorités ne seraient pas discriminées, où tout le monde serait traité de la même manière. On a besoin d’une justice climatique parce que les peuples ne seront pas affectés de la même manière par les changements qui nous attendent. J’aimerais une société où chacun peut vivre normalement.

Quel regard portes-tu à la génération de tes parents ? Les tiens-tu pour responsables de cette situation ?

C’est dommage qu’il n’y ait pas eu ce sursaut plus tôt. Il y a eu un manque de sensibilisation. La société a poussé à consommer toujours plus, à voyager toujours plus loin, à polluer toujours plus. Il n’y a pas eu de vrai mouvement qui s’est mis en place avant. Je ne leur en veux pas. Si je dois en vouloir à des gens, c’est aux hommes politiques qui se sont succédé et qui n’ont rien fait. J’ai envie de dire aux générations précédentes : « maintenant que tout est établi, rejoignez-nous ».