Marseille: «On fait des efforts pour recruter des mecs», Marsatac un festival aux accents féminins

FESTIVAL Organisatrices, équipes de production, artistes, le festival Marsatac met un point d’honneur à mettre en avant les femmes dans le domaine de la culture et de la musique

Adrien Max

— 

De gauche à droite, Laurence Chansigaud, Béatrice Desgranges et Caroline Varrall, aux manettes de Marsatac.
De gauche à droite, Laurence Chansigaud, Béatrice Desgranges et Caroline Varrall, aux manettes de Marsatac. — Marsatac
  • La 21e édition du festival Marsatac se déroule ce week-end au parc Chanot de Marseille.
  • Créé par la gente féminine, il met un point d’honneur à mettre en avant les femmes dans le domaine de la culture et de la musique.

Même à l’heure de la pause déjeuner sur la table extérieure, les femmes sont en force. Depuis le début de l’aventure Marsatac, en 1998, elles occupent une place de choix dans l’organisation du festival. A l’aube de cette 21e édition, qui se déroule ce week-end, Béatrice Desgranges est toujours à la tête de ce rendez-vous festif de la planète Mars. « Tout part d’une envie de jeunes, qui avaient envie d’écouter de la musique, de danser et de faire la fête alors qu’il n’y avait pratiquement rien sur Marseille. Ça n’a pas été si compliqué de monter un tel événement en tant que femmes, c’est plutôt la scène musicale du rap qui était éminemment masculine », se remémore-t-elle.

Si la place croissante des femmes s’est faite naturellement au fil de l’aventure, « une réflexion consciente est menée depuis 12 ans environ », explique Béatrice Desgranges, directrice de la communication et des partenariats. « On est des filles donc a voulu laisser encore plus de place aux femmes avec une démarche volontariste. Et dans notre public, la représentation est égalitaire, donc vous trouverez des femmes aux quatre coins du festival », précise Laurence Chansigaud.

« Nous ne disposons pas d’autant de modèles »

Et ce, notamment dans les équipes techniques. « C’est difficile d’atteindre la parité dans ce milieu qui est assez physique. Mais nous avons des femmes hypervolontaristes qui amèneront d’autres femmes à apprendre ces métiers à travers la question de l’inspiration et du modèle. Cette vigilance est partagée au sein de toutes les équipes qui travaillent sur le festival », explique Caroline Varrall, administratrice de production.

Côté artiste aussi, les femmes s’imposent davantage. « De plus en plus d’artistes féminins émergent que ce soit sur la scène hip-hop, comme électro. C’est super-important de donner de la place à ces minorités pour montrer qu’elles en ont bien une », se réjouit Laurence Chansigaud.

A l’image de Kampire, écrivaine et DJ Ougandaise programmée dimanche après-midi sur la plage du Roucas Blanc. Après avoir aidé des amis pour la première édition du festival ougandais Nyege Nyege en 2015, l’un d’eux lui suggère de mixer. « Ça s’est tellement bien passé que j’ai eu l’impression d’avoir toujours fait ça. Pour nous les femmes, devenir DJ n’est pas un choix aussi évident que pour certains hommes. Ils peuvent se sentir plus à l’aise pour explorer certains hobbies, parallèlement à leur métier. Alors que dans le même temps nous ne disposons pas d’autant de modèles, ni autant de liberté », confie-t-elle.

« Je ne sais pas s’il y en a moins, ou si elles se l’interdisent »

Une (r) évolution qui semble ne pas encore avoir atteint la scène musicale marseillaise, à en croire la programmation de la scène « La Frappe » mettant à l’honneur les artistes locaux. « On avait le souci d’avoir des filles mais nous n’avons quasiment pas reçu des réponses de femmes à notre appel à projet, il n’y en aura qu’une. Je ne sais pas s’il y en a moins, ou si elles se l’interdisent », regrette Béatrice Desgranges. « C’est plus accepté qu’un homme parte plusieurs semaines en tournée contrairement à une femme », pointe Caroline Varral.

Les trois compères se félicitent que la question de la représentation des femmes dans la culture, et plus généralement dans la société, soit enfin abordée. « Dommage que ce sujet n’arrive sur la table qu’en 2018 et nous espérons qu’il ne sert pas d’alibi aussi. Nous, on fait des efforts pour faire rentrer des mecs », en plaisantent-elles.