«Black Mirror», saison 5: La fiction d'anticipation est-elle devenue une série comme les autres?

GAME OVER Les trois derniers épisodes de l’anthologie de Charlie Brooker ont un terrible manque de panache

Benjamin Benoit

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Miley Cyrus, au coeur de la seule proposition artistique et scénaristique de cette cinquième saison.
Miley Cyrus, au coeur de la seule proposition artistique et scénaristique de cette cinquième saison. — Netflix

Les fans de Black Mirror  sont un peu paumés. La cinquième saison de l’anthologie d’anticipation de Charlie Brooker en a déçu beaucoup. A 20 Minutes, les avis sont partagés. Mais de l’avis général, cette cinquième saison restera peut-être comme la moins excitante de la série.

Black Mirror a toujours fait preuve d’inconstance. Chaque saison offrait de grands épisodes et d’autres plus mineurs, mais la plupart avaient la capacité de se transformer en véritable sujet de société. Télésurveillance, vie numérique après la mort, e-réputation… Black Mirror interroge les dérives du monde d’aujourd’hui en imaginant le futur.

Fin 2018, Black Mirror avait su créer l’événement avec Bandersnatch et son concept de scénario interactif. Cette commande de Netflix voulant tester ce format pour de nouveaux programmes, a été très commentée mais a divisé les spectateurs. Certains ont été emballés, d’autres ont jugé le scénario caricatural, et le procédé interactif inutile et mou.

C’est donc avec une anticipation fébrile que les fans ont attendu ce mercredi pour découvrir les trois nouveaux épisodes de cette cinquième saison. Verdict ? Si on en croit la presse spécialisée : la déception l’a emporté. Le magazine spécialisé Vulture a classé ces trois épisodes dans les cinq pires épisodes de la série. Le Point, rigolard, titre «Black Mirror saison 5, sauvée par Miley Cyrus (c'est dire)».

Un épisode sur trois, et encore

Quel est le problème ? (On va se défendre de trop spoiler, mais attention, on va tout de même parler des thématiques abordées dans ces trois heures). Les histoires déroulées par Striking Vipers, Smithereens et Rachel, Jack and Ashely Too n’ont pas le mordant des meilleurs moments de la série.

  • Dans Striking Vipers, deux hommes vont se découvrir un lien inattendu en jouant à un jeu de combat en réalité virtuelle. Un postulat intéressant, mais l’épisode a vite été relégué comme un sous-San Junipero, qui racontait une histoire queer avec bien plus de finesse et de bienveillance.
  • Smithereen, à l’inverse de la plupart des épisodes, se passe dans le temps présent. Le personnage d’Andrew Scott (Sherlock, Fleabag), complètement rincé par la vie, se lance dans une entreprise suicidaire pour, paradoxalement, retrouver un peu de sérénité. Il s’engage dans une prise d’otage qui sonne très « Don Quichotte contre Twitter ». L’épisode – poignant par moments – ne surprend jamais et a l’impression d’assister à une sorte de parodie, façon mission de Grand Theft Auto.
  • Enfin Rachel, Jack and Ashely Too est le fameux épisode avec Miley Cyrus, très mis en avant par Netflix, et le seul à avoir une véritable structure et une proposition scénaristique originale. Cette histoire de célébrité, d’identité et de numérisation rappelle fort Le Congrès, d’Ari Folman. Sympathique ? Bien sûr. Marquant ? Un peu moins. Mais on retrouve un peu le peps des meilleurs moments de la série.

Le bilan est donc assez terne.

La faute à Bandersnatch

Qui est le responsable ? Le tournage de Bandersnatch, qui a « pris autant de temps que pour une saison entière » ? On peut aussi déplorer un gros manque d’inventivité de Charlie Brooker, créateur de la série, dont la noirceur et la cruauté font ici défaut. Cette cinquième saison donne l’impression d’être un simple produit de commande : une nouvelle saison coincée entre la précédente et la suivante. Comme n’importe quelle autre série Netflix en somme.

Aujourd’hui, Black Mirror n’est plus une anthologie, dont chaque épisode, indépendant les uns des autres, est un sujet en lui-même. Après avoir créé un genre, et sa propre mythologie avec des épisodes cultes, dont parlent aussi des gens qui ne les ont pas vus (« tu sais, l’épisode avec le cochon » ou « ça fait penser à l’épisode où tout le monde se note tout le temps »…), Black Mirror semble condamnée à reprendre ses propres codes, et donc se répéter, et décevoir.

Après avoir imaginé le futur, Black Mirror doit réinventer le sien.