Kong Sang-ho dans «Parasite» de Bong Joon-ho
Kong Sang-ho dans «Parasite» de Bong Joon-ho — The Jokers/Les Bookmakers

CARTON

De la Corée à la France, le succès infectieux de «Parasite», la Palme d'or 2019

Qu’est-ce qui fait le succès mondial du grinçant « Parasite » ?

La Palme d’or 2019 est promise à un bel avenir. Parasite, de Bong Joon-ho, fait l’unanimité dans la presse et réalise un très beau premier jour dans les salles françaises : un peu moins de 55 000 spectateurs, (nombreuses) avant-premières incluses. Sur une semaine, il peut donc atteindre 250 000 spectateurs, soit toucher du doigt le score de Snowpiercer, le dernier film du réalisateur à être sorti au cinéma (en 2013).

De l’Orient à l’Occident, un succès bactérien

Un succès qui reflète le carton du film à domicile : en Corée du sud (51 millions d’âmes), le film a largement dépassé les 4 millions d’entrées en six jours. Un tel démarrage pourrait potentiellement faire de Parasite la Palme d’or la plus prolifique sur les écrans français pour ces dix dernières années. Le top cinq est actuellement composé de :

- La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (2013, 1 037 000 entrées)

- Moi, Daniel Blake (2016, 955 000 entrées)

- The Tree of life de Terrence Malick (2011, 873 000 entrées)

- Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda (2018, 778 000 entrées)

- Amour de Michael Haneke (2012, 767 000 entrées)

Le record absolu étant détenu par le Salaire de la Peur, primé en 1953, et ayant fait un peu moins de sept millions d’entrées.

Le cinéma coréen enfin mainstream ?

Après la victoire japonaise d’Une Affaire de famille, l’Asie reste à l’honneur avec la première Palme coréenne. Mais Parasite a su profiter d’un bon alignement des planètes, comme l’explique David Tredler, programmateur du Festival du Film Coréen à Paris. Contacté par 20 Minutes, il fait état de l’énorme succès du film en Corée, où il est presque immanquable dans les 2000 écrans du pays. « La part de marché est énorme (…) Depuis Memories Of Murder, le public coréen vénère Bong Joon-ho et le cinéma de genre. Son nom à lui tout seul génère un intérêt grandissant du public, et le retentissement de la Palme d’Or a été énorme » explique-t-il. Il est en bonne voie de battre son record local, avec The Host et ses 13 millions de spectateurs coréens.

Le bon film sorti au bon moment

Pour David Tredler, « le film va partir sur des bases plus hautes que Mademoiselle (de Park Chan-wook) ou Dernier Train pour Busan. » Un potentiel coup de boost définitif pour un cinéma coréen ayant déjà bien trouvé ses marques en France. « Parasite pourrait être le film qui dépassera les cercles de cinéphiles » analyse-t-il. « C’est un vrai film de genre, intelligemment vendu. On sait qu’il ne faut pas trop en savoir avant de le voir, ça attire la curiosité. » En somme, une Palme d’Or qui marie cinéma politique, sociétal, et cinéma d’auteur, le tout mâtiné de rigueur formelle : tout le monde, même les plus jeunes (mais pas trop, le film verse un petit peu dans le gore).

C’est aussi une affaire de bon timing. Son distributeur, The Jokers, a su placer sa sortie juste après le festival de Cannes, une excellente caisse de résonance après un potentiel couronnement. « Et c’est très malin. Les films asiatiques sont très sujets au téléchargement illégal », s’amuse David Tredler. En effet, on peut penser aux productions indépendantes américaines distribuées par – entre autres – A24, qui sortent en salles françaises plusieurs mois après la diffusion d’origine, et sont donc disponibles au piratage.

Attention, tout film coréen n’aura pas automatiquement le succès de Parasite. Tous n’ont pas la même chance : l’incroyable Battleship Island de Ryoo Seung-wan, sorti l’année dernière, a été projeté dans… une salle. Amis distributeurs, vous savez quoi faire.