Mylène Farmer en concert: Avant-garde, sexe et poésie... Retour sur les tournées de la star

MUSIQUE Alors que la chanteuse remonte sur scène ce vendredi, «20 Minutes» retrace avec l'équipe du podcast de «Mylène Farmer: Histoires de...» les précédents concerts de la star

Fabien Randanne

— 

Mylène Farmer aux NRJ Music Awards, le 26 janvier 2013.
Mylène Farmer aux NRJ Music Awards, le 26 janvier 2013. — NIVIERE/NMA13/SIPA
  • Mylène Farmer lancera ce vendredi une série de neuf dates à la Paris La Défense Arena.
  • La chanteuse ne s’était pas produite sur scène depuis la tournée « Timeless » en 2013.
  • « 20 Minutes » revient sur les précédents concerts de l’artiste et a recueilli les témoignages des membres du podcast « Mylène Farmer : Histoires de… »

Six ans que ses fans​ attendent ça. Mylène Farmer remonte sur scène à partir de ce vendredi pour une série de neuf concerts à la Paris La Défense Arena. « Ce sera un show extraordinaire jamais fait en Europe, construit pour un stade fermé », a promis au Progrès son manager Thierry Suc. Si le spectacle fait l’événement, c’est aussi parce que la chanteuse ne suit pas le rythme un album/une tournée auxquels sont habitués la plupart de ses homologues. Depuis le début de sa carrière, il y a trente-cinq ans, en 1984, elle n’a livré que six séries de concerts. 20 Minutes vous propose de replonger dans ces shows bouillants en compagnie des membres de l’équipe du podcast Mylène Farmer: Histoires de... (voir encadré) qui racontent leurs souvenirs de spectateurs.

  • Un Tour 89 « à l’avant-garde »

C’est le 11 mai 1989, soit cinq ans après la sortie de son premier single, Maman a tort, et avec deux albums studio à son actif, que Mylène Farmer se lance dans la toute première tournée de sa carrière. Soit quarante-sept concerts donnés en France, mais aussi en Suisse et Belgique. « L’attendant au tournant (…), [la critique] fond sur Mylène en prétendant qu’elle ne sait pas chanter, que le spectacle est glacial, que c’est la première et dernière fois que la chanteuse monte sur scène », écrit Benoît Cachin dans Mylène Farmer, au fil des mots (Gründ). Le public, lui, est au rendez-vous : en tout, quelque 300.000 personnes applaudiront l’artiste, alors âgée de 28 ans, au fil de cette tournée ambitieuse nécessitant 5 semi-remorques, 38 tonnes de matériel et une cinquantaine de techniciens. Jusque-là indisponible, la captation du concert donné à Bruxelles (Belgique) a été éditée, pour la première fois, en DVD et Blu-ray, fin mai.

Ludovic, de Mylène Farmer : Histoires de… : « J’ai découvert ce concert si singulier sur Laserdisc. Plutôt qu’un concert, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat (son réalisateur/compositeur), vont imaginer un décor de stèles, qui n’est pas sans rappeler un cimetière, et faire grandir son personnage en transposant l’ambiance des clips sur une scène. C’est captivant. On peut passer d’un moment d’émotion (Ainsi soit je…, Je voudrais tant que tu comprennes), à d’autres beaucoup plus fous et légers (Maman a tort, Déshabillez-moi, Sans contrefaçon) en étant en symbiose dans son univers : brillant ! C’est un spectacle ambitieux, que j’adore, qui reste à l’avant-garde de ce qui se faisait en France en 1989 avec une cohérence théâtrale, la rigueur du corps de ballet, et la dynamique d’une première fois. »

  • Le « très sexe » Tour 96

Même si, en 1991, Mylène Farmer a cartonné avec son album L’autre – dont le single Désenchantée s’est écoulé à lui seul à plus de 1.3 million d’exemplaires – la chanteuse n’est pas partie en tournée dans la foulée. Elle avait d’autres idées en tête, dont celle de concrétiser son rêve de cinéma. Hélas, Giorgino, le film de Laurent Boutonnat dont elle tient le rôle principal, relèvera plutôt du cauchemar : sorti à l’automne 1994, il fait un flop en salle. Coup dur pour Mylène Farmer qui part alors se ressourcer en Californie. Elle y trouve l’inspiration pour son album Anamorphosée avec lequel elle fera son retour médiatique fin 1995. C’est donc une chanteuse à un tournant de sa carrière, désireuse, peut-être, de se rassurer sur l’affection que lui porte le public, qui se lance dans sa deuxième tournée en 1996, lumineuse, enjouée, énergique.
 


Sylvain de Mylène Farmer : Histoires de… : « J’avais 16 ans et ce fut un choc. Sans le savoir, ma sœur m’avait offert pour mon anniversaire bien plus qu’un simple billet de concert. Ce 14 décembre 1996, je suis dans la fosse et ce qui me choque le plus c’est cet immense écran devant. A l’époque, ce n’était pas si fréquent d’en voir un, même si c’est devenu la base de tous les shows aujourd’hui. Et puis, d’un coup, pour la première fois, elle apparaît en face de moi. Vêtue – presque dévêtue – de blanc. Une vraie icône. C’est irréel ! Je garde le souvenir d’un show très… sexe ! Electrique et envoûtant. Que ce soit sur Que mon cœur lâche, Libertine et surtout Sans Contrefaçon, elle est sexy, sexuée, et elle le fait savoir ! Les danseurs habillés en drag-queens sur Sans Contrefaçon, vingt-cinq ans avant que les drag-queens aient une vraie place aux yeux du grand public, c’était énorme ! Là, Mylène Farmer assumait d’avoir une chanson plutôt revendicatrice. Il y a aussi eu ce souvenir mémorable : la première fois que Désenchantée a été interprétée sur scène. C’est forcément l’événement. C’est forcément émouvant. Et c’est forcément LE moment fort du show ! Les premières notes retentissent. La version n’est pas exactement identique à celle de l’album. La chorégraphie est parfaite. Et le premier refrain part. La chanson ne lui appartient plus désormais. Elle le dira : « Cette chanson est la vôtre, chantez-la avec moi » et c’est vrai. On sent que ce texte, cette musique, c’est plus qu’un tube. C’est un hymne et c’est sûrement à partir du Tour 96 que Mylène Farmer en aura vraiment conscience. »

  • Un « Mylenium tour », « majestueux et poétique »

Au tournant du nouveau millénaire, de septembre 1999 à mars 2000, Mylène Farmer transporte en France, en Belgique, en Suisse et aussi en Russie (à Moscou et Saint-Pétersbourg) un show pharaonique. Durant une quarantaine de dates, la chanteuse entre en scène chaque soir en s’extirpant, telle une apparition, d’une statue d’Isis haute de 9 mètres. Dans la foulée du premier show, donné à Marseille, Le Figaro écrit qu’il flottait au Dome, « comme l’odeur de la sacristie d’un culte new age, entre avatars de l’incarnation, lueurs blanches de la cristologie, rêveries karmiques et célébration du sexe ». Libération préfère blasphémer : « La foule sort, exténuée de fièvre morose, édifiée par cette séance de nietzschéisme disco de 270 à 530 F la place ».

Clément de Mylène Farmer : Histoires de… : « Le Mylenium Tour, c’est le premier concert de Mylène Farmer auquel je suis allé. J’avais 18 ans et tout est intense à 18 ans, aussi je reste très attaché à ce spectacle. Lorsque j’assiste enfin à une représentation, en février 2000, je connais déjà tout du spectacle et, outre le plaisir de voir Mylène sur scène, je suis attentif à tous les détails qui font un spectacle vivant. De ce show, je retiens évidemment la scénographie, à la fois majestueuse et poétique, tellement plus riche que ce qui sera gravé en film ([la captation du concert éditée en DVD] qui, par essence, va à l’essentiel) mais aussi l’audace de la setlist qui met en avant des chansons plutôt confidentielles. Tout cela créait un vrai contraste : un répertoire pointu au service d’une mise en scène imposante. Le souvenir que je garde en mémoire, c’est son interprétation de Souviens-toi du jour : placée en fin du spectacle, les couleurs chaudes qui habillent la scène, la force de la chanson et l’énergie de Mylène et la troupe créent un véritable tourbillon, à tel point que, une fois la chanson finie, là où la chanteuse reprend d’ordinaire le refrain avec le public, elle décide de reprendre la chanson du début, portée par toute la salle. »

  • « Avant que l’ombre… à Bercy », où « la technologie s’efface derrière la poésie »

Treize concerts et puis s’en va. En janvier 2006, Mylène Farmer investit le Palais Omnisports de Paris Bercy pour un spectacle annoncé comme si imposant qu’il serait impossible de le transporter en tournée. Les fans vivant loin de la Tour Eiffel n’ont donc pas d’autre choix que de se déplacer jusqu’à la capitale pour applaudir leur icône. Ils en auront pour leur argent. La chanteuse fait son entrée depuis les airs, enfermée dans une espèce de sarcophage futuriste dont elle sort, semblant s’éveiller après un long sommeil. Le show est « fourre-tout » pour Libération, qui le décrit comme « entre Chantal Goya et La dame aux camélias ». Le Figaro reste emballé par ce « retour gagnant » tandis que Le Monde met en avant l’ambition du spectacle en titrant « fantasmagorie à Bercy ».

Thibaud de Mylène Farmer : Histoires de… : « Cette résidence, Avant que l’ombre… à Bercy, ce sont avant tout des retrouvailles, après une absence scénique de six ans ! J’ai d’abord le souvenir d’être arrivé dans une salle totalement baignée dans une lumière rouge, puis de la découverte de cette scène centrale en forme de croix et de ces immenses portes qui dissimulaient la scène principale. Mais le plus beau souvenir reste cette sortie de scène incroyable ! Probablement la plus belle mise en scène que j’ai pu voir. Avec, d’un côté, cet impressionnant rideau d’eau, puis des portes qui se referment sur la chanteuse à la fin du morceau. Un moment qui frôle le sublime, où la technologie s’efface derrière la poésie et la dramaturgie. S’il ne faut garder qu’une image de Mylène Farmer sur scène, je garderai celle-là. »

  • N°5 on Tour : « Faut que ça bouge ! »

Marilyne Monroe avait son Chanel N°5, Mylène Farmer a eu son N°5 on Tour. Soit trente-six concerts qui ont occupé cinq mois de son année 2009. Là encore, la chanteuse est passée par la Suisse, la Belgique et la Russie. La nouveauté, c’est qu’elle a rempli le Stade de France deux soirs de suite : elle est à ce jour la seule chanteuse française à avoir accompli cette prouesse. Et parmi les artistes tricolores, seuls Johnny Hallyday, Yannick Noah et Indochine – ainsi que ceux qui ont participé au show « Stars 80 » – se sont également produits dans l’enceinte. Mylène superstar.

Bastien de Mylène Farmer : Histoires de… : « Mylene Farmer avait prévenu dans sa chanson Dégénération : "Faut que ça bouge !". Et cela a été le cas durant toute cette tournée électrique de 2009 à laquelle j’ai assisté deux fois, une fois à la Halle Tony Garnier de Lyon et une fois au Stade de France. J’ai vécu cette tournée comme un cadeau fait au public par son côté best-of avec la présence de presque tous ses tubes réorchestrés pour l’occasion, mais également pour ses véritables surprises, comme « A quoi je sers » qu’elle a chanté vingt ans après sa seule et unique interprétation sur scène. Je retiens bien sûr, cette célébration qu’a été le Stade de France. Un moment magique où toutes les générations étaient présentes. Cela m’a marqué. Je me souviens de ces 80.000 personnes qui se sont levées toutes ensemble, d’un seul coup, sur la chanson XXL. Dingue ! Je me souviens de cette maman et de son garçon, qui devait avoir 7 ou 8 ans, s’amuser comme des fous en dansant sur Sans contrefaçon tout au fond de la fosse. C’était vraiment beau. »

  • « Timeless », « l’exploration de l’espace »

Timeless, c’est-à-dire « intemporel », est le titre de la tournée farmerienne de 2013. Le temps de 39 dates – dont une à Minsk, capitale de la Biélorussie – Mylène Farmer se projette dans une ambiance futuriste (il y a même des robots qui dansent !). Le Monde applaudit le « show pop et techno (…) tourné vers la joie amoureuse », la « complicité rieuse » et le « tournoiement de lumières ». « Etonnant, théâtral et glaçant », a résumé 20 Minutes. A l’époque, la rumeur fait trembler les fans : Et si Timeless était la toute dernière de leur idole ? Ils peuvent se rassurer, elle remonte sur scène ce vendredi.

Ludovic de Mylène Farmer : Histoires de… : « Timeless est un spectacle que j’ai beaucoup aimé parce qu’il va de la sobriété au spectaculaire. L’entrée en scène en est caractéristique. La scène nue se transforme peu à peu, par la force technologique de blocs d’écran et de lumières mobiles, par une structure gigantesque avec une imagerie inédite chez Mylène Farmer : l’exploration de l’espace. La mise en scène est excellente ! Des robots s’invitent le temps de quelques chansons sur scène et vont même suivre la chorégraphie de C’est une belle journée ! Le final est le moment qui m’a le plus touché. Souvent, les sorties de scènes partent dans le gigantisme. Là, c’est l’inverse. Mylène Farmer choisit Rêver, interprétée de manière acoustique, pour disparaître sous des trombes de fumées : sobre, doux, poétique. »

« Mylène Farmer : Histoires de... »

Lancé en avril, Mylène Farmer : Histoires de... est le premier podcast entièrement consacré à la chanteuse. Autour du micro : cinq passionnés qui, à chaque épisode et pendant une heure, passent en revue un album ou un concert de la star. Le résultat est ludique, riche en anecdotes et en informations, et accessible au plus grand nombre : ceux qui ne sont pas fans ne seront absolument pas largués. A ce jour, quatre numéros sont disponibles, dont un sur la tournée de 1989. Rendez-vous sur histoiresdemf.com