«X-Men: Dark Phœnix»: Comment la frêle Strange Girl du comics est devenue la redoutable Dark Phœnix

COMICS A l'occasion de la sortie en salle de « X-Men : Dark Phœnix », (re) découvrez les différentes évolutions d’une des super-héroïnes les plus puissantes jamais créées

Olivier Mimran

— 

Dark Phœnix toute feu, toute flamme
Dark Phœnix toute feu, toute flamme — © MARVEL 2019 (Panini Comics pour la VF)
  • Avant de devenir le personnage central du film « X-Men : Dark Phœnix », Jean Grey a connu de multiples évolutions dans les comics.
  • D’abord faire-valoir de ses collègues X-Men, la jolie rousse a fini par les éclipser dans le cœur des lecteurs de la série mythique.
  • Jean Grey doit son surnom de Phœnix – un oiseau mythologique qui renaissait de ses cendres – au fait qu’elle est morte plusieurs fois.

Si les lecteurs de comics connaissent bien le personnage de Jean Grey, les spectateurs de la saga cinématographique X-Men n’en savent presque rien. Bien sûr, ils ont perçu le potentiel de la rouquine jusqu’ici incarnée par la belle Famke Jannsen (et désormais par Sophie Turner – oui, la Sansa Stark de Game of Thrones) ; mais savent-ils qu’avant de devenir l’une des plus puissantes mutantes que le monde ait jamais connues, elle fut d’abord un personnage secondaire d’une fameuse série de comics ?
Afin de mieux comprendre les enjeux du film X-Men : Dark Phœnix, 20 Minutes vous rappelle, par le détail, les origines de celle qui commença sa « carrière » sous le sobriquet de… Strange Girl ! Suivez-le guide…

À l’origine était… Strange Girl, potiche de service

C’est en septembre 1963 que le regretté scénariste Stan Lee (et le non moins regretté dessinateur Jack Kirby, auquel la Biennale du 9e art de Cherbourg consacre actuellement une exposition), créa la série The X-Men. On y découvrait, supervisée par le Professeur Xavier, un télépathe, une équipe de jeunes mutants aux incroyables pouvoirs : Cyclope, le Fauve (The beast en VO), Angel, Iceberg (Iceman en VO) et… Strange Girl (Marvel Girl en VO). Cette dernière, alors seulement douée de pouvoirs télékinétiques, apparaissait comme une sorte de « caution féminine » qu’aujourd’hui on taxerait sûrement, ne fût-ce qu’en raison de sa minijupe verte, d’un peu sexiste.

Au fil des épisodes, pourtant, Strange Girl – Jean Grey dans le civil – prend de plus en plus d’importance au sein des X-Men. Son pouvoir, auquel s’adjoint bientôt un don pour la télépathie, s’affirme davantage lors de chaque affrontement avec des super-vilains. Le professeur Xavier ne s’y trompe pas qui, devinant que sa protégée est bien plus puissante qu’elle ne l’imagine elle-même, « bloque » psychiquement ses capacités afin de la préserver…

Des libertés narratives dans l’univers des comics

On vous épargne les incessants rebondissements de la série pour sauter directement en 1976 : dans le comics Uncanny X-Men numéro 101 (scénarisé par le légendaire Chris Claremont et dessiné par Dave Cockrum), Jean Grey/Strange Girl est exposée à des radiations théoriquement mortelles alors qu’elle est aux commandes d’une navette spatiale. Heureusement, la Force Phœnix, une entité cosmique mystérieuse, sauve notre héroïne et la plongeant dans une sorte de coma réversible. Après que son vaisseau se fut abîmé au large de New York, Jean Grey repose donc dans un cocon futuriste à plusieurs dizaines de pieds de profondeur. Oups !

Vous trouvez ça tiré par les cheveux, vraiment ? Alors attendez la suite : pour le monde entier, Strange Girl a survécu et voit même ses pouvoirs décuplés puisqu’elle maîtrise désormais la puissance énergétique du Soleil et qu’elle est alors capable se transformer en une sorte d’oiseau de feu (oui, maintenant, elle vole aussi)… d’où son nouveau surnom de Phœnix ! Sauf qu’en fait, Phœnix n’est pas Jean Grey (toujours dans le coma au fond de l’océan, on vous le rappelle) mais l’entité cosmique qui l’a sauvée. Et qui pense sincèrement, tant qu’on y est, être vraiment Jean Grey. Mouais… Si vous suivez, vous méritez un Nobel de concentration.

Le début de la « saga dark Phœnix »

Enfin, vous l’aurez compris, c’est à partir de cet événement – très improbable, on est d’accord, mais rien n’est interdit en matière de comics – que Strange Girl cède définitivement sa place à Phœnix… laquelle ne tardera pas à « évoluer » en Dark Phœnix (celle que vous vous apprêtez à retrouver au cinéma). Pourquoi ? Bah, pour faire court, Phœnix, qui a rallié ses (supposés) potes X-Men, est victime du Club des Damnés, un groupe de super-vilains vraiment peu recommandables dont le chef d'alors la manipule psychiquement pour en faire sa « Reine noire ».

Complètement chamboulée, Phœnix se rebaptise donc Dark Phœnix et s’autorise une petite virée en solo dans l’espace interstellaire. Chemin faisant, elle transforme une étoile en Supernova ce qui a pour conséquence – oups ! – d’éradiquer des milliards de vies extraterrestres alentour. Pour le coup, la belle se fait une flopée d’ennemis très dangereux, même s’ils vivent à des centaines de milliers d’années-lumière de la Terre.

Une première… et une seconde mort

La vengeance est un plat qui se mange parfois chaud. La surpuissante Garde Impériale Shi’ar débarque donc rapidement sur la planète bleue et, mettant tout le monde dans le même plat, capture les X-Men (dont Dark Phœnix, bien sûr) pour les juger. Devançant l’inéluctable, Jean/Dark Phœnix décide de se suicider pour sauver les habitants de la Terre… et Cyclope, dont elle est amoureuse depuis quelques années. Ou plutôt qu’elle croit aimer puisqu’elle pense être vraiment Jean Grey et que… Ouhlala, ça commence à faire mal aux cheveux, cette histoire !

Bon, ben cette fois, Jean semble vraiment morte aux yeux du monde. Mais ne voila-t-il pas que les Avengers retrouvent la VRAIE Jean dans sa capsule immergée. Sortie de son coma, celle-ci retrouve les X-Men (et Cyclope, qui s’est marié entre-temps) et meurt une seconde fois au cours d’une nouvelle sortie spatiale en compagnie de Wolverine. Sauf que déjà habitée par le pouvoir de Phœnix, Jean ressuscite et ressuscite aussi Wolverine, tant qu’à faire… avant d’être tuée une nouvelle fois, en 2004 dans le comics New X-Men numéro 150, d’une décharge statique par un certain Xorn (qui s’avéra être Magnéto ; puis pas du tout, mais l’histoire serait trop longue…).

De mystères en incohérences, le mythe se perpétue

Ok. Bon. Mais alors qui est cette Dark Phœnix dont on nous rebat les oreilles alors que 1) Jean Grey/Phœnix est morte (plusieurs fois, même) et 2) Dark Phœnix est supposée s’être suicidée ?
Et bien figurez-vous qu’après avoir disparu des écrans radar pendant treize ans, la flamboyante rouquine est réapparue en 2017 dans la mini-série Phœnix Resurrection. On y a appris que l’esprit de Jean avait été conservé dans une sorte de linceul psychique par l’entité Force Phœnix (évoquée plus haut, dans le troisième paragraphe). Réussissant à s’en libérer, Jean aurait rejoint ses coéquipiers historiques avant de prendre la tête d’une nouvelle équipe de mutants dans la série X-Men Red (écrite par Tom Taylor et dessinée par Mahmud A. Asrar)…

Finalement, on est un peu largués, non, quand on ne s’en tient qu’aux différents arcs des comics X-Men. Mais sachez que des éléments de réponse ont déjà été apportés dans les précédentes adaptations cinématographiques sorties. Indice : Wolverine tient un rôle central dans la révélation de la véritable identité – et des intentions – de Phœnix. Vous avez donc deux choix pour y voir plus clair : revoir les films de la franchise avant d’aller découvrir X-Men : Dark Phœnix au cinéma OU oublier tout ce que vous venez de lire – c’est le plus judicieux – et vous extasier devant le nouveau long-métrage sans tenir compte des énormités narratives qui en sont à l’origine.

 

20 Minutes de contexte

Il va sans dire que cet article a été rédigé en occultant volontairement des centaines de rebondissements apparus entre 1963, date de la « naissance » de Jean Grey, et 2019, alors que sort un long-métrage autour de Dark Phœnix, son incarnation la plus célèbre.

En aucun cas son auteur ne prétend présenter un résumé exhaustif de la « carrière » du personnage ; et en aucun cas il ne s’absout d’éventuels erreurs et/ou oublis. Il prie donc, par avance, son lectorat le plus expert de lui témoigner un peu d'indulgence :)