VIDEO. Gamers de 7 à 77 ans: «"Warcraft" m'a donné envie de jouer à plein de jeux, et de les rendre accessibles à tous», explique Kousha, 32 ans

JE JOUE DONC JE SUIS (4/7) A l'occasion de l'E3, la grande messe du jeu vidéo, «20 Minutes» a rencontré les joueurs et joueuses de 7 à 77 ans pour savoir à quoi ils jouaient, comment et pourquoi

Propos recueillis par Vincent Julé

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Kousha Kazemzadeh, 32 ans, est un joueur en situation de handicap et co-fondateur de l'association CapGame
Kousha Kazemzadeh, 32 ans, est un joueur en situation de handicap et co-fondateur de l'association CapGame — Kousha Kazemzadeh

Dis-moi à quoi tu joues, et je te dirais qui tu es. Alors que l'E3, la grande messe du jeu vidéo, s’ouvre mardi à Los Angeles, 20 Minutes a décidé de s’intéresser non pas aux machines ou aux jeux, mais aux joueurs. Selon le bilan annuel du marché français du jeu vidéo publié par le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs, 51 % des Français jouent ainsi régulièrement, et 74 % occasionnellement. Avec un âge moyen de 39 ans, le joueur régulier est à 53 % un homme et 47% une femme, mais il est intéressant de voir par tranche d’âge, avec par exemple 97 % de joueurs chez les 10-14 ans, contre 88 % chez les 25-34 ans et quand même 55 % chez les plus de 55 ans.

20 Minutes a été à la rencontre de ces « jeunes de 7 à 77 ans » pour reprendre le célèbre slogan du journal Tintin, avec un joueur ou joueuse par génération, et c’est au tour de Kousha Kazemzadeh, 32 ans, gamer en situation de handicap et cofondateur de l’association CapGame.

Quel est votre premier souvenir lié au jeu vidéo ?

J’ai eu la chance d’avoir accès à l’outil informatique très jeune, et je suis arrivé aux jeux vidéo par là. Je me rappelle avoir eu la Gameboy, mais la vraie révélation a été Warcraft 2. J’étais en centre de rééducation, suite à une opération, et un patient l’avait installé sur son ordinateur. Le jeu m’a ouvert à l’univers Warcraft, donné envie de jouer à plein de jeux, mais aussi de les rendre accessibles au plus grand nombre. Au départ, j’arrivais à y jouer « normalement », mais comme j’ai une maladie évolutive, une myopathie, j’ai eu de plus en plus de mal au fil des années. Cela m’a poussé à trouver des solutions, et à les partager.

Quel est votre jeu préféré et pourquoi ?

C’est World of Warcraft. Le jeu est arrivé dans ma vie à un moment pas forcément évident pour moi. A l’école, vous avez des contacts avec les autres personnes, vous tissez des liens. Mais une fois la scolarité terminée, tout devient compliqué, avec les problèmes de santé, un quotidien de plus en plus dur… Or, le jeu vidéo est un bon moyen de faire abstraction de tout ça, de s’amuser, de tisser d’autres liens, virtuels mais tout aussi forts. Je ne dirais pas que je suis un hardcore gamer, il faut que je sois passionné pour jouer à un jeu, mais toutes mes activités aujourd’hui sont en rapport de près ou de loin avec le jeu vidéo.

Et une frustration ou un mauvais moment passé sur un jeu ?

On va dire que ma situation est une frustration en soi, et m’a donné envie de chercher des solutions. A la naissance, j’avais toutes les capacités d’un bébé, et jusqu’à la vingtaine, on arrive encore à bouger les bras et les mains. Mais après, j’ai commencé à ne plus pouvoir jouer, et c’était très frustrant, je n’avais plus le niveau, et les autres joueurs commençaient à se moquer, car ils n’avaient pas forcément conscience de qui il y avait de l’autre côté.

L’association CapGame est née de là, on existe depuis 2013 et je m’occupe plus particulièrement de la partie « solutions ». Pour faire simple, il s’agit de trouver comment faire contact. Le joueur lambda, lui, n’a qu’à appuyer sur son clavier, sa souris ou sa manette. Mais pour le joueur en situation de handicap, ce n’est pas toujours possible, donc il faut recréer ce contact, avec la voix, les yeux, toutes les parties du corps. C’est beaucoup de « Do-it-yourself », de technologies, comme le « eye tracking », détournées pour le jeu vidéo.

Vous jouez à quoi en ce moment ?

WoW et Forza en majorité. J’ai joué dernièrement à Assassin's Creed Origins, essentiellement à la voix et avec quelques boutons déportés, mais c’était plus pour tester des solutions jeu. Non, j’attends surtout la sortie de World of Warcraft Classic en août pour les quinze ans du jeu. Je vais pouvoir y rejouer comme à l’époque, mais avec les outils modernes à ma disposition. Il y a eu beaucoup de progrès, surtout ces cinq dernières années.