«Cher corps»: Comment la célèbre chaîne YouTube sur le corps des femmes est devenue une BD

BD Léa Bordier, créatrice du Vlog à succès « Cher corps », présente en exclusivité pour «20 Minutes», un des récits graphiques tirés sur le rapport des femmes à leur corps

Olivier Mimran

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La couverture du recueil « Cher corps » et Léa Bordier, sa créatrice
La couverture du recueil « Cher corps » et Léa Bordier, sa créatrice — Image + photo © éditions Delcourt 2019
  • Très suivi sur YouTube, le Vlog « Cher corps » sort ce jeudi, adapté en bande dessinée.
  • Créée en 2016 par Léa Bordier, l’émission propose les témoignages filmés de femmes exprimant le rapport qu’elles entretiennent à leur corps.
  • Léa Bordier, qui n’a pas dessiné la BD mais l’a coordonnée, raconte aux lecteurs de « 20 Minutes » comment le projet s’est concrétisé.

Malgré 65.000 abonnés et plus de 4,5 millions de vues cumulées par sa chaîne Cher corps, Léa Bordier n’est pas une superstar de YouTube… Cette jeune réalisatrice indépendante s’en moque complètement : elle n’est pas présente sur la plateforme américaine pour faire sa propre promotion mais afin de permettre à des femmes de parler librement du rapport qu’elles entretiennent à leur corps.
Un concept qui a si bien pris que, trois ans après avoir lancé son projet, celui-ci devient ce jeudi un album de bande dessinée, également titré Cher corps. Les éditions Delcourt en offrent, en exclusivité pour les lecteurs de 20 Minutes, un des douze récits qu’il compile. Profitez-en !

De reprises en inédits

Si la chaîne que Léa Bordier a lancée en 2016 compte désormais 63 vidéos, le recueil de BD Cher corps en présente douze. « Dix récits qui reprennent des vidéos déjà réalisées, précise Léa Bordier à 20 Minutes, et deux témoignages inédits : celui de Sophie, présente le 13 novembre 2015 au Bataclan et qui a des balles dans le corps, et celui de Léna, 14 ans, parce que je n’ai pas encore de témoignages de mineures sur la chaîne YouTube. »

Dessinés par douze auteures différentes, les récits révèlent des témoignages entiers, toujours touchants – et parfois poignants – dans lesquels des femmes, de tous âges et de tous milieux socioculturels, y dévoilent la délicate cohabitation avec leur enveloppe charnelle : celle-ci parle de son anorexie, celle-là de son surpoids, une telle évoque les affres de l’endométriose, telle autre son handicap, etc. On découvre même l’histoire de Blaise, un(e) représentant(e) du troisième genre.

« Le rapport au corps féminin est complexe »

Justement, selon quels critères les témoignages proposés deviennent-ils des vidéos ? « Au départ, c’était surtout une question d’intérêt du témoignage, mais aussi de feeling par rapport aux mails de "candidature" que je recevais, concède Léa Bordier. Et puis, au fur et à mesure, j’ai pris en compte le fait qu’après plusieurs dizaines de vidéos publiées, il me fallait varier pour éviter les redites – même si un même thème raconté par deux personnes distinctes produit deux témoignages très différents. Ceci dit, le rapport au corps féminin est complexe et il reste énormément de sujets à traiter. »

Une variété graphique très éloquente

Léa Bordier n’avait jamais pensé à décliner ses vidéos en bande dessinée. « C’est une éditrice de chez Delcourt qui m’a contactée et qui me l’a proposé, reconnaît Léa Bordier. J’ai vite accepté et on a travaillé plusieurs mois pour élaborer quelque chose de solide avant que les dessinatrices ne se mettent à l’ouvrage ». De Karensac à Ève Gentilhomme (qui a réalisé la couverture) en passant par Mirion Malle, Lucile Gomez, Daphné Collignon et bien d’autres, toutes ont produit des récits aussi uniques dans leur propos que dans leur identité graphique. Cette variété de styles fait admirablement écho à celle des problématiques exprimées par les femmes qui s’y racontent.

Fille de libraires, Léa Bordier confesse être une grande lectrice de BD. « Pour autant, avoue-t-elle, avant que les récits ne soient dessinés, j’avais du mal à en imaginer le résultat. Après coup, je trouve que ça apporte vraiment une richesse incroyable aux témoignages. Et malgré la variété des styles, l’ensemble est très homogène. Il y a un lien indéfinissable entre tous les récits, un peu à l’image de cette "chaleur" que j’essaie de transmettre dans mes vidéos. Bref, le livre est magnifique. Je n’aurais pas pu espérer mieux. »

Certains témoignages aident au passage à l’acte

Si ce premier volume rencontre le succès (qu’il mérite et qu’on lui souhaite) et qu’on lui propose d’en produire un second, Léa Bordier n’exclut pas d’y intégrer davantage de témoignages inédits. « Ceci dit, je pense qu’il est important que certaines vidéos soient reprises en BD, comme celle du témoignage d’Emma, qui évoque son viol et qui parle d’homophobie. C’est typiquement le genre de récit qui, les commentaires sur YouTube l’attestent, a aidé beaucoup de spectatrices de la vidéo à porter plainte… Je trouve qu’il serait dommage d’en priver les lectrices de la BD. »

D’ici-là, la jeune femme espère qu’à l’instar de ses vidéos, « cet album aidera des femmes – et des hommes, qui sait ? – à mieux appréhender leur corps et ses éventuels problèmes physiques. » Ses conseils, qui font tout le sel des vidéos, se retrouvent aussi clairement énoncés dans la BD.

« Cher corps » – Collectif – éditions Delcourt, 19,99 euros