Dans l'édition 2020 du «Petit Robert», on fait un «gâté» aux «personnes amitieuses»

LANGUE FRANCAISE Pour mieux communiquer en arpentant l’Hexagone, prenez votre dictionnaire sous le bras

Marie-Laetitia Sibille

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Amitieux. Qui se montre aimable, affectueux.
Amitieux. Qui se montre aimable, affectueux. — M.-L.S.
  • La nouvelle édition du Petit Robert a fait entrer dans ses pages une trentaine de régionalismes.
  • Ils représentent la diversité de la langue française et permettent aux lecteurs de découvrir cette richesse en dehors de leur région d’origine.
  • Certains mots se sont popularisés et étendus sur tout le territoire.

Allez-vous « faire votre épicerie » (vos courses) en emportant un sachet, une poche ou un cornet ? Pour s’y retrouver dans les différents usages linguistiques régionaux ou francophones, le Petit Robert a intégré quelques nouveautés dans son édition 2020.

Comme le substantif « gâté », indiqué comme synonyme de « câlin » et que le dictionnaire localise dans le sud de la France. « Les données de notre enquête montrent qu’on peut aussi entendre le mot en Belgique, notamment dans l’expression "faire un gâté" », précise Mathieu Avanzi, linguiste et auteur, dans son blog Français de nos régions, carte à l’appui.

L'enquête menée par le blog Français de nos régions donne la localisation du mot gâté.
L'enquête menée par le blog Français de nos régions donne la localisation du mot gâté. - Français de nos régions

Une fonction de décodage

Ainsi, chaque année, certains régionalismes se retrouvent officiellement référencés dans la langue française (cinq environ, une trentaine si l’on intègre les régions de la francophonie), pour la plus grande fierté de leurs usagers (voir la polémique autour de la chocolatine ou pain au chocolat). Mais il est des régions plus prolifiques que d’autres. A Paris et en Ile-de-France, par exemple, le français est plus neutre, alors que des villes comme Marseille, Toulouse et Montpellier fournissent plus d’exemples.

« Plus on s’éloigne du centre, plus les régions ont de particularités de langage », souligne Edouard Trouillez, lexicographe qui a contribué à la sélection de ces mots. « Ils sont choisis avec la même méthode que pour les autres. Intégrer les régionalismes les plus courants permet de représenter la diversité de la langue, ce qui est un point important de notre ligne éditoriale. Cela fait partie aussi de la fonction de décodage du dictionnaire : un locuteur du français peut ainsi découvrir le sens et la provenance d’un mot courant dans une région, mais inconnu dans sa région d’origine ».

L’expansion de cagole et tancarville

Avec les réseaux sociaux, des mots locaux peuvent connaître un développement fulgurant. « Il y a 30 ans, le mot "cagole" était très peu connu en dehors de Marseille », souligne Mathieu Avanzi. Toute la France connaît désormais le sens de ce terme, qui a été ajouté en 2013 au Robert. L’humoriste et YouTubeuse Laura Calu en a fait l’un de ses personnages phares de ses sketchs (les vidéos où elle interprète Mélanie la Cagole dépassent régulièrement les 2 millions de vues). « Tancarville », en plus d’être une commune de Normandie et un nom commun signifiant une forme complexe à plusieurs étages (inspiré de la forme du pont suspendu de Tancarville), est devenu une marque de séchoir à linge et, par extension, l’objet lui-même partout en France.

A l’inverse, certains termes restent très localisés. Le patois ardennais « beuquer », qui signifie regarder derrière une porte, ne passe celle de Charleville-Mézières. A noter que toutes les formes régionales ne sont pas issues du patois, il y a parfois des créations locales. Par exemple, « mérander », qui signifie goûter, a disparu en patois, mais « faire le quatre-heures » apparaît dans l’édition 2020 du Robert. Ce dernier localise l’expression en Suisse romande.

Allez, assez vaché, nous on va jober.