Eurovision: Qu'est-ce que l'Electronicore, genre musical du groupe islandais, Hatari?

METAL Le groupe de metal islandais se distingue aussi par ses costumes de scène BDSM

Benjamin Chapon

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Le groupe Hatari, représentant de l'Islande à l'Eurovision 2019.
Le groupe Hatari, représentant de l'Islande à l'Eurovision 2019. — RUV

Parmi la foule de performances incroyables, et incroyablement variées, qu’offre l’Eurovision 2019 à Tel-Aviv, celle des Islandais de Hatari n'est pas passé inaperçue. Sanglés de cuir pour leur morceau tonitruant, hurlé sur un mode Death Metal, les membres du groupe peuvent être satisfaits de leur petit effet. L’air de rien, leur performance va faire causer d’eux, mais aussi du genre musical qu’ils défendent :  l’electronicore.

Mais c’est quoi l’electronicore.

La  grande encyclopédie du metal n’entre pas dans le détail mais, si on veut simplifier on peut dire que « l’electronicore utilise les mêmes instruments que le post-hardcore, du metalcore, et y adjoint des instruments numériques comme des claviers ou des séquenceurs, et est accompagné d’un chant scream. En cela, il y est un sous-genre du synthcore, avec lequel il est souvent confondu. » Vous n’avez rien compris ? Ce n’est pas grave. L’important est de retenir que le metal compte de nombreux sous-genres et que parmi ceux-ci, les genres en « -core » se caractérisent par des rythmiques très variées, enchaînées de manière très marquée.

La grande famille du metalcore utilise différent instrument. Ça ne se voit pas trop sur la scène de l’Eurovision, où jouer d’un instrument est interdit par le règlement, mais l’electronicore de Hatari réclame des guitares, des batteries, et beaucoup de boucles numériques. Usant de la douceur, relative, de l’electronica, les musiciens adeptes du genre, peuvent aussi aller piocher dans tous les BPM de la techno ou de la trance. Au risque, alors, de verser dans le post-hardcore (si ça va trop vite) ou le crunkcore (si la voix se perd)…

Un genre méconnu

Aurélien Jabot, ex-journaliste spécialisé dans le metal, reconverti dans la finance et secrètement fan de l’Eurovision, explique que les connaisseurs de metal eux-mêmes ont du mal à bien distinguer les différents styles : « Je ne crois pas qu’il y ait une frontière très nette entre les différents sous-genres du metal. C’est vraiment subtil… Ce que le grand public voit, et entend distinctement, c’est le rythme, assez particulier, le chant hurlé et les costumes, bien sûr. »

L’exposition médiatique internationale que permet l’Eurovision pourrait un coup de boost à l’electronicore, selon notre spécialiste. « Ce n’est pas un genre très populaire mais pourtant assez riche et créatif. Les groupes d’electronicore ont souvent à la fois une grande culture metal, une très bonne technicité et un bon sens du spectacle. » C’est le cas de Hatari qui a créé l’événement à Tel-Aviv grâce à ses performances. « Le metal n’est pas souvent représenté à l’Eurovision mais quand c’est le cas, c’est souvent des bons crus. Je pense que les fans de metal apprécient cette exposition parce qu’ils apprécient toutes les expositions de la musique qu’ils aiment. »

Outrageusement déguisés en adeptes du BDSM, les membres d’Hatari se sont également signalés par leurs prises de position iconoclaste contre Israël et le capitalisme. Là encore, pas de quoi choquer les fans de metal. « Je sais que la communauté gay apprécie beaucoup l’Eurovision donc je vais tenter un parallèle, ose Aurélien Jabot. Les travestis et les excentriques servent la cause LGBT à leur manière, par leur visibilité. Les groupes de metal déguisés ou BDSM sont également utiles parce qu’ils attirent l’attention, ils font le show. Bien sûr, il faut que musicalement ça suive, sinon c’est ridicule. »