F8: Pourquoi Secret Crush, la nouvelle fonctionnalité de Facebook, crée déjà le malaise

MALAISE On va pouvoir savoir qui de nos amis a un petit béguin pour nous

L.B.

— 

Le nouveau lofo de Facebook a été présenté à la conférence F8 le 30 aveil 2019.
Le nouveau lofo de Facebook a été présenté à la conférence F8 le 30 aveil 2019. — Yichuan Cao/Sipa USA/SIPA
  • Mark Zuckerberg a ouvert un « nouveau chapitre » qui passe par le fait d’encourager ses 2,37 milliards d’utilisateurs à se rencontrer en chair et en os, voire plus si affinités.
  • Sur Facebook Dating, Secret Crush permet de sélectionner dans son réseau d’amis ceux qu’on aimerait connaître intimement.
  • La fonctionnalité qui fait beaucoup penser à Bang with friends inquiète pour les dérives qu’elle laisse déjà entrevoir.

On va pouvoir choper nos amis grâce à Facebook. Mark Zuckerberg a fait le plein d’annonces lors de la conférence F8. Outre une nouvelle version de son application – qui perd au passage son célèbre bandeau bleu situé en haut de page –, Facebook s’invite dans l’intimité de ses utilisateurs.

Sur Facebook Dating, Secret Crush (béguin secret), de son petit nom, permet de sélectionner dans son réseau d’amis ceux qu’on aimerait connaître intimement. Alors que le géant du Web a présenté mardi cette fonctionnalité, la presse anglophone n’a pas caché son scepticisme.

Concrètement, Secret Crush vous permet de dire à certains de vos proches que vous ne seriez pas contre vous faufiler entre leurs draps. Facebook marchait déjà sur les plates-bandes de Tinder et autres Meetic avec son appli de Dating, testée dans plusieurs pays, aujourd’hui elle recycle la vieille idée du poke avec un peu moins de subtilité.

Une « liste secrète » de neuf amis

« Vous avez rencontré quelqu’un en soirée » qui vous intéresse, a expliqué mardi Fidji Simo, nouvelle responsable de l’application Facebook. L’utilisateur va pouvoir placer cette personne « sur une liste secrète » contenant jusqu’à neuf « amis ». Si – et seulement si – cette personne « vous a aussi mis sur sa liste », les deux personnes en seront averties. Facebook s’inspire grossièrement de Tinder : le secret reste secret tant que la réciproque n’existe pas.

Avec Secret Crush, on a comme une impression de déjà-vu. Rappelons qu’avant de créer TheFacebook, puis Facebook tout court, Mark Zuckerberg avait lancé le mini-site Facemash sur le modèle « Hot or not » (sexy ou non) qui permettait aux étudiants de noter le physique des autres. Quinze ans après, la boucle est bouclée. « Dès l’université, Zuckerberg a compris que les gens veulent savoir qui est célibataire », a expliqué au Telegraph Matt Navarra, consultant en médias sociaux.

Le problème des données personnelles

A peine présentée, la fonctionnalité soulève déjà des inquiétudes. D’abord, c’est un remake de l’appli « Bang with friends » (littéralement, « Baiser avec des amis ») qui fonctionnait sur le réseau social avec le même principe. Elle avait révélé une faille assez gênante : il était en fait assez facile de découvrir qui, parmi nos amis, avait un coup de cœur pour nous.

Comme l’a souligné dans le même article du Telegraph Clémentine Lalande, présidente de Pickable, une appli de rencontre spécialisée dans le respect de la vie privée des femmes : « Une application qui vous informe qu’un(e) ami(e) a un faible pour vous, ne voyez-vous pas toutes les façons dont ça pourrait déraper ? » Et Wired confirme : « Il est assez facile d’imaginer comment Secret Crush pourrait mal tourner. Vous pouvez facilement blaguer ou intimider quelqu’un en l’ajoutant à votre liste de coups de cœur sous de fausses raisons ». Détourner le concept pour le plaisir de découvrir qui a le béguin pour nous et retourner ces informations contre nos admirateurs… Sans compter le problème assez évident lié aux données personnelles.

« Tout ce qui se passe sur Facebook Dating reste sur Facebook Dating »

Jusqu’ici Facebook n’avait pas réussi à obtenir des données fournies sur ce domaine de la vie privée. « Quels sont leurs habitudes et leurs goûts. C’est une nouvelle source de revenus qu’ils n’ont pas encore explorée », affirme Matt Navarra. Mais le réseau social tient à rassurer tout le monde : il ne se servira pas de ces données pour faire de la publicité ciblée. « Tout ce qui se passe sur Facebook Dating reste sur Facebook Dating et ne sera pas partagé à l’extérieur, a insisté un porte-parole du réseau social », cité par Wired.

Dating a été étendue à 14 nouveaux pays depuis mardi dernier (essentiellement en Asie et en Amérique du Sud). L’appli arrivera aux Etats-Unis d’ici la fin de l’année. Et pour la France, pas de nouvelle pour le moment…