VIDEO. Marseille: «Marsiglia», la web-série archi réaliste sur les bandes criminelles marseillaises

WEB-SÉRIE Un nouvel épisode de la saison 3 est diffusé pour la première fois au cinéma à Marseille, avant la pause pour écrire un pilote… pour la télévision cette fois.

Caroline Delabroy

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Marsiglia, web-série tournée dans les cités de Marseille
Marsiglia, web-série tournée dans les cités de Marseille — Armand Production
  • Imaginée en prison en 2015, la web-série «Marsiglia» sur le banditisme à Marseille totalise en deux saisons près de 4,8 millions de vues.
  • Jouant la carte du réalisme, elle est tournée dans les cités, avec beaucoup d’acteurs qui ont fait eux-même de la prison.
  • Le réalisateur prépare un pilote pour la télévision.

Une série réaliste, une vraie, sur Marseille ? Oubliez Netflix et autres Plus belle la vie, cap sur les cités marseillaises où se tourne «  Marsiglia », plongée 100 % vécue dans le milieu du banditisme. En deux saisons de six épisodes, cette web-série totalise près de 4,8 millions de vues. Elle s’apprête ce vendredi soir à passer un nouveau cap : la diffusion du dernier épisode de la saison 3 à L’Alhambra, cinéma des quartiers nord tout juste auréolé du titre de salle préférée des Français. « Si on passe sur grand écran, c’est que c’est possible au niveau du son, du cadrage, de la qualité, on est devenus plus pros », s’enthousiasme Marcantonio Vinciguerra, l’auteur (et acteur) de cette web-série imaginée en prison.

« J’ai été arrêté alors que j’avais l’occasion de jouer dans une grosse série télé connue, je me suis pris une grosse peine, j’avais des remords, je me suis mis à écrire un petit scénario », raconte aujourd’hui ce trentenaire, avec la voix libérée du repenti. « Je voulais parler du côté obscur de Marseille, montrer que ce qui se passe dans les cités, cette violence qu’on lit et voit dans les journaux, cela s’explique », poursuit-il. Au début de Marsiglia, le personnage principal sort comme lui de prison. Sa famille, d’origine italienne, a du mal à payer les fins de mois. La maman est morte, il commence à faire ses « premières grosses bêtises ». « D’un petit business, il commence à se mettre tous les gens à dos », continue Marcantonio Vinciguerra.

 

« Quand on met un pied de dedans, c’est cuit »

Trafics de drogue, braquages, évasion de prison… Les ingrédients du film de bandits sont posés, incarnés par une troupe d’une quarantaine d’acteurs, tous bénévoles. « Dans ma série, il y a 80 % des acteurs qui ont tous fait de la prison, deux y sont encore, ce qui nous a obligés à anticiper sur la suite du scénario », assume le co-réalisateur, avec Anthony Lopez, de cette web-série. Quand ils tournent dans des cités, il entend parfois un minot lui lancer : « Tu as vu, ce que tu as fait, j’ai fait les mêmes conneries là, au même endroit ! ».

Pas de quoi faire rougir Marcantonio Vinciguerra. « Je ne suis pas le grand frère des cités, prévient-il. Je sais qu’ils n’ont pas attendu la série pour faire des conneries. Gomorra, French Connection… Les films de voyous, cela existe depuis des millénaires ! » Et dans tous les cas, il n’y a guère de malentendu possible : « On montre que la morale de tout ça, c’est on finit mort, ou on finit en prison. Il n’y a pas d’échappatoire, ce n’est pas un jeu. Quand on met un pied de dedans, c’est cuit ».

« Marseille est une ville caricaturale »

Pour Philippe Pujol, qui a écrit La Fabrique du Monstre sur le trafic de drogue dans les cités marseillaises, et a participé au scénario de la saison 2 de Marseille pour Netflix, cette web-série a avant tout les qualités du réalisme : « Ils racontent les vrais lieux, les faits réels, là-dessus ils sont très bons. Chacun rêve de faire le The Wire marseillais, eux ils l’ont fait. Après, je regrette que cela reste assez conventionnel. Il faudrait monter au créneau, être plus punk, plus créatif, comme de façon générale dans les quartiers populaires ».

Pour William Benedetto, qui a programmé Marsiglia dans son cinéma, cette web-série « dit quelque chose de Marseille », une ville qu’il considère comme « la plus cinématographique ». « Les gens vivent des vies qui ne sont pas normales, observe-t-il. On va dire que c’est cliché, caricatural, mais Marseille est une ville caricaturale en elle-même. »

Voir programmer Marsiglia à L’Alhambra, c’est pour Marcantonio Vinciguerra une émotion forte, c’est « passer dans le cinéma de notre enfance, où on allait avec l’école. » Après cette projection, il va mettre la saison 3 sur pause. Le temps d’écrire et tourner le pilote qu’une grande chaîne lui a commandé pour une série, à la télévision cette fois. L’inspiration n’a pas tari. Il a déjà tous les éléments en place, et sa même galerie de personnages « arabes, noirs, gitans » qui l’accompagnent. « Marseille c’est ça, dit-il, la diversité des gens, des origines, des religions, des voyous et des jeunes travailleurs. »