Où est «Salvator Mundi» de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher du monde?

ENIGME Il doit être exposé au Louvre en octobre. Mais depuis sa vente aux enchères fin 2017, il n'est jamais réapparu en public et nul ne sait où il se trouve

Marie-Laetitia Sibille

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Une œuvre tout de mystère auréolée.
Une œuvre tout de mystère auréolée. — Pete Summers/Shuttersto/SIPA
  • Depuis la vente aux enchères du Salvator Mundi en novembre 2017 à New York, la localisation de ce tableau de Léonard de Vinci reste mystérieuse.
  • Son exposition au Louvre Abu Dhabi en septembre 2018 a été reportée. Sa présence dans celle qui doit avoir lieu en octobre prochain au Louvre parisien reste hypothétique.
  • Certains spécialistes voient l’origine de ce mystère dans les doutes sur la paternité de l’œuvre. D’autres avancent des raisons religieuses.

Sur 65 cm par 45 cm, on y voit le Christ sur fond ténébreux, bénissant d’une main le monde tout en tenant un globe transparent dans l’autre. Le Salvator Mundi, tableau attribué à Léonard de Vinci, est auréolé de mystère. Jusqu’à ses dernières aventures : après avoir été vendu en novembre 2017 chez Christie’s, à New York, pour plus de 400 millions d’euros – ce qui en fait le tableau le plus cher du monde –, il a, depuis, disparu.

Un propriétaire « en retrait »

Alors que la France et l’Italie vont commémorer jeudi 2 mai les 500 ans de la mort du génie italien, et à quelques mois de la grande rétrospective Léonard de Vinci prévue cet automne au Louvre, qui espérait faire venir l’œuvre du maître sous sa pyramide, sa localisation reste une énigme. Et « ce mystère, on n’arrive pas à l’éclaircir. C’est en tout cas une drôle d’histoire », explique, à 20 Minutes, Jacques Franck, spécialiste international de la technique picturale de Léonard de Vinci.

Lors de la vente aux enchères du 15 novembre 2017, à New York.
Lors de la vente aux enchères du 15 novembre 2017, à New York. - Julie Jacobson/AP/SIPA

Car aujourd’hui encore, on ignore officiellement qui a acheté cette œuvre. « Le propriétaire reste très en retrait. On pense à un prince d’Arabie saoudite », poursuit Jacques Franck. Selon le Wall Street Journal, l’acheteur serait en effet le prince saoudien Badr ben Abdallah, agissant au nom du puissant prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, lequel n’a jamais confirmé ni démenti.

« Seulement 5 à 10 % de la main de Léonard »

Salvator Mundi devait être exposé en septembre 2018 au Louvre Abu Dhabi. Or le musée émirati a annoncé, à la surprise générale, le report de l’exposition. Puis, pour son événement à venir, « le Louvre a demandé au Département de la culture et du tourisme d’Abu Dhabi le tableau en prêt », a confié le musée parisien à l’AFP. Mais « nous n’avons pas encore la réponse », ajoute-t-il.

Sur la localisation actuelle du tableau, les experts sont partagés et certains estiment qu’il n’est jamais arrivé au Louvre Abu Dhabi, évoquant même « un musée, à Genève ». « Le passage en Suisse, je n’y crois pas trop, précise Jacques Franck. Pour moi, il est au Louvre Abu Dhabi. » Selon le spécialiste, il faut voir l’origine de tous ces mystères dans le doute quant à la paternité de l’œuvre, qui pourrait avoir été réalisée par des élèves de Léonard de Vinci.

« Certains détails ne trompent pas », comme la mauvaise exécution d’un doigt, « anatomiquement impossible », affirme Jacques Franck. « Je n’y vois que 5 à 10 % de la main de Léonard de Vinci. » Or, sans la certitude que le maître a bien signé cette toile, il est possible que son propriétaire rechigne à prêter le tableau tant que les experts ne se sont pas entendus.

Jésus représenté en Dieu

« Le Louvre Abu Dhabi est un musée récent et donc très moderne, qui dispose de techniques de pointe et d’appareils scientifiques très performants. Sans doute le tableau est-il examiné là-bas », s’avance Jacques Franck.

Selon Artprice, leader mondial des banques de données sur la cotation de l’art, les oulémas (théologiens) de l’université Al Azhar du Caire ont déconseillé à Mohammed ben Salmane de s’afficher avec le tableau pour des raisons religieuses : Jésus est considéré comme un prophète, mais le tableau le représente en tant que sauveur du monde, donc Dieu, représentation impossible en islam.

D’autres sources, notamment des historiens des religions, corroborent cette opinion. D’ores et déjà, le musée parisien annonce que l’exposition d’octobre consacrée à Léonard de Vinci ne sera accessible que sur réservation, en raison d’une affluence exceptionnelle des visiteurs. Le Christ s’y trouvera-t-il ? Mystère.