«Kingdom»: Bilal Hassani révèle son premier album queer et pop

MUSIQUE Mercredi soir à l’Hôtel de ville de Paris, Bilal Hassani a révélé les quinze titres de son premier album qui sort ce vendredi

Fabien Randanne

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Bilal Hassani, représentant de la France à l'Eurovision 2019.
Bilal Hassani, représentant de la France à l'Eurovision 2019. — Eric VERNAZOBRES - FTV
  • Ce vendredi, Bilal Hassani sort « Kingdom », son premier album.
  • Le chanteur de 19 ans a présenté mercredi dans le salon de l’Hôtel de ville de Paris les quinze chansons de ce disque, qu’il a coécrit avec des artistes tels que Madame Monsieur ou Lili Poe.
  • Les différents morceaux dessinent le portrait d’un jeune gay qui n’est « pas dans les codes », comme il le chante dans « Roi », la chanson avec laquelle il représentera la France à l’Eurovision le 18 mai.

Durant deux heures, mercredi soir, la Mairie de Paris a été son royaume. Après que la maire, Anne Hidalgo, l’a adoubé de son soutien dans son bureau, Bilal Hassani a présenté son premier album, Kingdom, dans le salon de l’Hôtel de ville. Face à lui, des journalistes, des artistes (Kiddy Smile, Joyce Jonathan…) et des fans, heureux de le voir en chair, en os et en perruque, tandis que des milliers d’autres admirateurs et admiratrices suivaient l’événement en direct via YouTube.

Le jeune chanteur de 19 ans a dévoilé un à un les quinze titres de ce disque qui sort ce vendredi. Chantant et dansant sur une petite scène installée au milieu de la salle, il improvisait de brefs préambules à ces morceaux. Poison parle ainsi de « quelque chose qu’on a tous déjà vécu avec la nourriture, dans les relations ou sur Internet : ces petites addictions dans lesquelles on ne peut s’empêcher de foncer même si on sait que c’est mal pour nous. »

« All we want is fantasy »

Qui cala ? parle des pisse-froid. « Je pense que ça va être un hymne pour pouvoir faire son parcours seul sans calculer les autres », prophétise Bilal. Dans la liste, le public est déjà familier de Roi, la chanson avec laquelle il représentera la France à l' Eurovision en mai. Il connaît aussi ses deux autres singles révélés fin mars, Jaloux, réponse à ses détracteurs les plus virulents, et Fais beleck, dans lequel il s’adresse à un garçon qui n’assume pas son désir pour lui.

L’ensemble entremêle pop, r’n’b, électro et rythmes ensoleillés et, surtout, dessine le portrait d’un jeune homme gay, Français d’origine marocaine, qui se plaît à ne pas suivre les règles de normativité imposée. Il le clame dans Basic («banal ») : « Aïe, aïe, aïe tout ça m’ennuie, all we want is fantasy ». On ne veut que de l’excentricité, scande le chanteur dans ce morceau qui convoque l’énergie émancipatrice de la scène ballroom. Plusieurs danseurs ne tardent d’ailleurs pas à venir électriser le tableau en enchaînant les mouvements de voguing.

« Bilal a énormément de créativité, donc tout va très vite »

Bilal a coécrit cet album avec Lili Poe, Medelin ou encore Madame Monsieur. Comment met-on sa plume au profit d’un tel tempérament et d’un jeune homme qui veut des textes inspirés de son vécu ?

« On l’écoute, on l’observe, répond d’emblée Emilie Satt de Madame Monsieur à 20 Minutes. C’est assez simple parce qu’il est beaucoup dans le partage. Nous, dans notre manière de composer, on aime bien discuter beaucoup avant. Donc on se saisit de quelques mots au vol en se disant que cela pourrait être intéressant d’aborder tel sujet. Ou alors c’est lui qui propose une idée et on réfléchit à l’angle. C’est hyper simple, pas du tout laborieux. »

Les différents morceaux ont été créés à vitesse grand V à Grandville (Normandie), à la fin de l’hiver, dans la foulée de la victoire de Bilal Hassani à Destination Eurovision. « En une semaine, on avait écrit les deux tiers », poursuit Emilie Satt. Jean-Karl Lucas, autre moitié de Madame Monsieur​, enchaîne : « Ce qui est génial avec Bilal, c’est qu’il a énormément de créativité et donc cela va très vite. Comme il est intelligent, il comprend vite où on veut l’amener et où lui à envie d’aller. Il n’y a pas de tergiversation. »

« Intelligence et maturité »

Kiddy Smile assiste au spectacle le regard bienveillant et le sourire aux lèvres. Le trentenaire, qui se produisait il y a quelques jours au Printemps de Bourges, considère le chanteur comme un « petit frère ». Tous deux s’imposent comme les rares (les seuls) chanteurs à l’identité queer revendiquée sur la scène musicale française.

« Bilal a une intelligence et une maturité que je n’avais pas forcément à son âge. Cela fait plaisir de voir de jeunes artistes ne pas avoir peur de trouver l’espace pour s’assumer eux sans craindre d’affronter le regard des autres, de la société », souligne Kiddy Smile. Quand il a vu le flot de message haineux adressés à Bilal Hassani, il l’a contacté pour savoir comment il vivait tout cela. « Le combat qu’il mène est important, insiste Kiddy Smile. J’aime les valeurs qu’il défend et j’adore le fait qu’il amène la discussion dans plein d’endroits, de familles et de foyers où elle n’aurait pas eu lieu. »

A même pas 20 ans, Bilal Hassani est le porte-voix d’une partie de la jeunesse française mais ne donne pas l’impression d’en avoir conscience. Ce soir-là, entre deux tournoiements de cheveux, il célèbre ses amis et sa maman, la fête et l’importance d’être soi-même. Simple. Mais pas « basic ».