Has been? Ringard? Non, Dick Rivers était dans le cool

HOMMAGE Nombreux sont ceux qui réduisent Dick Rivers à sa banane et à ses santiags ; le rocker, décédé ce mercredi des suites d’un cancer, était pourtant bien plus…

Anne Demoulin

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Le chanteur francais Dick Rivers (de son vrai nom Herve Formeri) en concert a l'Alhambra.
Le chanteur francais Dick Rivers (de son vrai nom Herve Formeri) en concert a l'Alhambra. — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Dick Rivers, un des pionniers du rock’n’roll en France, est décédé ce mercredi à l’âge de 74 ans.
  • L’image d’un rocker un peu ringard, un peu has been, a longtemps collé aux santiags de l’artiste.
  • Le chanteur est pourtant une sorte de Johnny Cash à la française.

L’image d’un rocker un peu ringard, un peu has been, a longtemps collé aux santiags de Dick Rivers, décédé ce mercredi des suites d’un cancer. Un cliché qui doit beaucoup à Didier l’Embrouille, le personnage toute en beauferie et autoproclamé « le plus grand fan de Dick Rivers », créé par Antoine de Caunes dans Nulle Part Ailleurs. Ni vu, ni connu, le troisième parrain du rock’n’roll hexagonal a pourtant bâti, à l’ombre de Johnny Hallyday et d’Eddy Mitchell, au gré de twist, rockabilly, ballades et rock garage, une œuvre bien plus intéressante que ses rivaux du Golf Drouot. Avec une touchante fidélité à l’idéal rock originel. « Tout le monde me connaît mais personne ne sait ce que je fais », s’amusait l’éternel outsider. Et si, à la manière de Johnny Cash aux Etats-Unis, le vieux baryton du rock était en réalité du côté du cool ?

 

« Je n’ai jamais enregistré de la soupe pour être à la mode »

Avec sa voix rauque et son déhanché impeccable, Dick Rivers fait partie de la Sainte Trinité qui a importé le rock’n’roll en France. « Le rock & roll, je serai enterré avec. Malheureusement (ou heureusement) pour moi, je fais partie de ceux qui ont été biberonnés au rock & roll avant le reste des Français. Mais le vrai rock, celui qui nous colle, il est mort le jour où Elvis est parti à l’armée », soutenait-il.

L’artiste a toujours été un franc-tireur. En 1961 déjà, alors qu’il n’est pas en odeur de sainteté au Golf Drouot, le rocker vient poser devant la salle pour des photographes, le poing levé en guise de protestation.

Le parent pauvre du triumvirat national a toujours été intègre, ne se pliant pas aux diktats des modes qui ont aseptisé le rock hexagonal. « Musicalement, j’assume tout ce que j’ai fait. Je n’ai jamais enregistré de la soupe pour être à la mode et je trouve que je continue à évoluer assez honorablement. J’en ai marre d’être sous-évalué, mais on arrive à un moment où cette authenticité devrait finir par payer. Je sens un respect à défaut de véritable reconnaissance », expliquait-il.

« J’ai travaillé avec la quasi-totalité des guitaristes du british rock »

En 1965, Dick Rivers est le seul artiste français à être invité par John Lennon et Paul McCartney pour une émission programmée juste avant Noël The Music Of Lennon & McCartney à Manchester.

Dick Rivers a collaboré avec des guitaristes exceptionnels comme Albert Lee, Steve Cropper, James Burton, Mick Taylor, Jimmy Page, Chris Spedding, Charlie Sexton, François Bodin, ou encore Oli le Baron.

« J’ai travaillé avec la quasi-totalité des guitaristes du british rock. Exceptés Eric Clapton et Jeff Beck. Toutefois, des rangs des Yardbirds, comme eux deux, m’a rejoint Jimmy Page. On l’entend même à l’harmonica, sur le 45T Couleurs, adapté en 1965 d’une chanson de Donovan. Nous avons tourné ensemble plusieurs semaines », pouvait-il s’enorgueillir.

A la fin des années 1960, il enregistre sur une idée de Gérard Manset, alors quasi-inconnu, L’Interrogation, un concept-album enregistré avec un orchestre symphonique. Un album devenu culte. Après, il y a eu la fameuse aventure, au début des années 1970, avec Alain Bashung débutant qui le baptisait « Le Roi ». Entre 1972 et 1974, Alain Bashung compose et coréalise avec lui trois albums et sous le nom de Rock Band Revival, le duo enregistre un album de standards américains, chacun chantant une chanson à son tour. « Depuis toujours, je me suis entouré de gens branchés ou qui allaient le devenir », constatait-il.

« J’ai toujours été, soit un découvreur de talent, soit un utilisateur de jeunes »

« J’ai toujours été, soit un découvreur de talent, soit un utilisateur de jeunes. Je n’ai jamais travaillé ou très peu, avec des gens de ma génération. Je suis quelqu’un qui a besoin de rêver, de construire. Je suis un éternel débutant », disait-il encore.

En 1995, il collabore avec Patrick Coutin sur Plein Soleil que beaucoup considèrent comme l’un des meilleurs albums de country-rock français. Dans les années 2000, ses disques deviennent de plus en plus personnels. Tous les membres de la jeune garde (Matthieu Chedid, Benjamin Biolay, Mickey 3D, Mathieu Boogaerts) deviennent ses partenaires d’écriture.

L’Homme sans âge en 2008 est un petit bijou, le fruit de sa rencontre aux Francofolies avec le compositeur Joseph d’Anvers, enregistré et réalisé à Londres par deux orfèvres, Kevin Bacon et Jonathan Quarmby. Résultat ? 12 joyaux, des odes de vieux cow-boys esseulés portés par une voix royale et une guitare nimbée de réverb' et d’écho. Terrible !

En 2011, Dick Rivers fête dignement ses 50 ans de carrière avec l’album Mister D, concocté par Oli Le Baron, ex-d’Ici Paris et Jean Fauque, le parolier d’Alain Bashung, au son très roots qui transpire les bayous et les grands espaces poussiéreux du Golfe du Mexique.

Le vieux rocker était apparu en 2018 sur l’album de Julien Doré, pour une reprise d’Africa, le tube de Rose Laurens, «  une version chamanique d’un dialogue père/fils ». « Il m’apporte une curiosité neuve », s’amusait Dick Rivers.

« Je ne voulais pas être comme les autres. Et je pense que c’est réussi », se réjouissait Dick Rivers en 2012. Et à ceux qui le trouvaient ringard, il répondait cash : « Je leur dis merde. Je n’oblige personne à m’aimer. » De là à en faire le desperados le plus cool du rock’n’roll français, il n’y a qu’un pas !