VIDEO. Tableaux du Caravage à Cavaillon: Incendie, vol... Comment assurer leur sécurité?

ART Une famille de collectionneurs, à Cavaillon, estime posséder deux tableaux du Caravage. Ils ont dû sécuriser leur maison avant d’annoncer l’existence de ces tableaux, dont la valeur est inestimable

A Cavaillon, Jean Saint-Marc

— 

«Le martyre de Saint Sébastien» et «La Peinture du Pardon» ont été découverts à Cavaillon.
«Le martyre de Saint Sébastien» et «La Peinture du Pardon» ont été découverts à Cavaillon. — Famille Morand
  • Achetés pour 120.000 francs en 1991, deux tableaux qui appartiennent à Christian Morand pourraient avoir une valeur inestimable : selon ce collectionneur, ce sont des œuvres du Caravage.
  • Christian Morand a dû sécuriser sa maison. Un cambriolage ou un incendie sont ses principales craintes.

Le clair-obscur à contre-jour. Deux tableaux attribués au Caravage trônent dans une maison bourgeoise de Cavaillon (Vaucluse), de chaque côté d’une fenêtre. Deux tableaux désormais bien protégés :  fin mars, les Morand, leurs propriétaires, ont décidé d’annoncer au monde (en tout cas aux médias) qu’ils étaient les heureux propriétaires de deux tableaux du Caravage​.

Depuis que l’affaire est médiatisée ? « C’est la mer** », lâche Christian Morand dans un rire. Tout a changé pour les deux tableaux que cet ophtalmo cavaillonais possède depuis 1991. Ils étaient alors attribués à Louis Finson, un des propagateurs du caravagisme en Europe. Un peintre renommé, mais pas un grand maître. « J’ai découvert ces tableaux en 1978 à Marseille et j’ai été hypnotisé, frappé, raconte Christian Morand. J’ai réussi à les acheter et, depuis, on a établi un dialogue. »

120.000 francs en 1991, des centaines de millions aujourd’hui ?

Un dialogue facilité par l’érudition de ses deux fils, Guilhem et Olivier, qui ont conclu que ces tableaux, Le Martyre de Saint-Sébastien et La Peinture du Pardon seraient en fait des œuvres du Caravage lui-même. Ce qui, évidemment, les fait changer de dimension.

« J’ai acheté les deux tableaux 120.000 francs, en 1991 [soit environ 18.000 euros], raconte Christian Morand. Aujourd’hui, les propriétaires d’un Caravage découvert à Toulouse en réclament 150 millions d’euros ! » Mais les Morand ne comptent surtout pas vendre les tableaux : « On souhaite qu’ils restent en Provence et qu’ils soient visibles, mais ça peut devenir très compliqué si le Caravage de Toulouse est bien vendu pour 150 millions », ajoute Guilhem Morand, son fils aîné.

Compliqué, notamment, pour les assurances : les deux tableaux sont pour l’instant assurés à leur prix d’achat. Leur valeur a peut-être été multipliée par 8.000, entre-temps. Et même plus selon Christian Morand, qui estime que La Peinture du Pardon est « le testament philosophique » du Caravage.

Chaudière anti-feu et diffuseurs de brouillard

Selon Christian Morand, le peintre voyou, banni de Rome après un meurtre, aurait conçu cette œuvre comme un quadruple autoportrait, pour présenter des excuses au pape. Un portrait mêlant les traits du Caravage lui-même, ceux de Saint-Jérôme en train de se flageller, ceux de Saint-François et l’oreille d’un satyre, créature mythologique lubrique.

Une œuvre inestimable, qu’il a fallu protéger avant de révéler son existence au grand public. « On a longuement réfléchi, on a fait venir Françoise Nyssen quand elle était ministre de la Culture, la commission sécurité nous a aussi dit tout ce qu’il fallait éviter comme bêtises », explique Christian Morand.

« Ils ont failli faire une crise cardiaque en voyant qu’on avait mis des multiprises sous les tableaux, sourit Guilhem Morand. C’est la cause numéro 1 d’incendies dans les musées. » Pour protéger les chefs-d’œuvre – et pour ouvrir au public quatre salles supplémentaires de leur demeure du XIIe siècle –, la famille Morand investit près de 200.000 euros, avec l’aide du département et du ministère de la Culture.

Les tableaux seront visibles à partir du 18 juillet

« Il a fallu installer une chaudière spéciale, anti-feu, mettre des portes blindées, différents types d’alarmes, des techniques de brouillard qui suppriment la visibilité dans une pièce », reprend Christian Morand. Les policiers de Cavaillon ont, évidemment, été prévenus : « L’idée, c’est de gagner le maximum de temps en cas de vol, en mettant les tableaux le plus loin possible dans la maison », précise Guilhem Morand.

Ce qui ne signifie pas qu’ils seront cachés. Pour les Morand, ces deux tableaux sont des « biens publics provençaux ». Ils les montreront au grand public cet été, à partir du 18 juillet. Les Morand publieront aussi, chez Actes Sud, la correspondance de Pereisc, propriétaire des tableaux au XVIIe siècle. Les lettres de cet homme, qui s’est fait enterrer entre les deux tableaux, prouveraient, selon eux, qu’il s’agit bien d’œuvres du Caravage. Les historiens débattront longuement pour authentifier – ou non – les deux tableaux. Qui, en tout cas, sont bien gardés.