VIDEO. Incendie de Notre-Dame: La nouvelle loi pour la reconstruction de la cathédrale fait débat

POLEMIQUE L’animateur Stéphane Bern et les conservateurs du patrimoine sont inquiets

Marie Leroux, avec AFP

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Cathédrale Notre Dame de Paris après l'incendie de la toiture et la destruction de la flèche. L'édifice est en attente pour le début des travaux.
Cathédrale Notre Dame de Paris après l'incendie de la toiture et la destruction de la flèche. L'édifice est en attente pour le début des travaux. — MASTAR/SIPA
  • Un projet de loi pour la reconstruction de Notre-Dame autoriserait le gouvernement à contourner les lois de protection du patrimoine.
  • L’objectif affiché par Emmanuel Macron de reconstruire la cathédrale en cinq ans est perçu comme un « caprice » par un historien de l’art.
  • Les conservateurs du patrimoine, mais aussi Stéphane Bern, sont inquiets de la tournure que prend ce projet de reconstruction.

Un projet de loi a été présenté mercredi pour la restauration de Notre Dame de Paris, donnant « la possibilité au gouvernement de prendre par ordonnance les mesures d’aménagement ou de dérogation » nécessaires pour faciliter la réalisation des travaux, selon le compte rendu du Conseil des ministres. Ce projet de loi, qui vise à permettre une restauration en cinq ans, objectif fixé par le président Emmanuel Macron, devrait permettre au gouvernement d’ Edouard Philippe de passer outre à des obligations en matière de marchés publics et de lois de protection du patrimoine.

L’animateur Stéphane Bern, chargé d’une mission patrimoine par le président Emmanuel Macron, s’est dit « inquiet » d’une « loi d’exception » et craint « les précédents » que pourrait faire naître la loi. « Il y a beaucoup de précipitation. Les lois d’exception, ça m’angoisse toujours », a déclaré l’animateur de télévision.

Un caprice

« L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est un drame pour tous les Français », a affirmé Franck Riester, ministre de la Culture, rappelant la nécessité de reconstruire au plus vite ce monument. Néanmoins, cette reconstruction rapide semble poser problème, notamment aux architectes et défenseurs du patrimoine historique français.

Alexandre Gady, professeur d’histoire de l’art à Paris Sorbonne, a signé une tribune dans Le Figaro pour dénoncer cette précipitation, la qualifiant de « caprice ». L’historien de l’architecture dénonce les délais trop courts qui sont accordés à la reconstruction de ce monument historique qui, il le rappelle, date du XIIe siècle, et réclame donc l’intervention de spécialistes de l’architecture médiévale et pas nécessairement des grands noms de l’architecture contemporaine. « On est dans une société de la surconsommation et de l’immédiateté, déplore Alexandre Gady sur  France info. Si on commence par dire " Il faut se dépêcher d’aller vite et de changer la loi", alors là, on est sûrs qu’on est mal partis. »

Au-delà d’Alexandre Gady, d’autres professionnels n’approuvent pas cette loi, reprochant à l’exécutif de ne pas avoir consulté les spécialistes du patrimoine.

Les conservateurs et restaurateurs exclus du débat

Dans un communiqué, les professionnels de la Fédération Française de Conservation-Restauration regrettent amèrement d’avoir été exclus des débats autour de cette loi pour la reconstruction de Notre Dame de Paris, alors même que leurs compétences sont uniques et indispensables pour déceler les dommages postérieurs au sinistre.

« Les conservateurs-restaurateurs ont des connaissances théoriques et pratiques sur les conditions de conservation, la portée historique, artistique ou symbolique des œuvres et observent une déontologie dont l’objectif est de stabiliser l’état des œuvres en respectant leur authenticité », signalent-ils en notant que le terme de « conservation-restauration » est totalement absent des discours politiques autour du projet de reconstruction de la cathédrale.

Des règles fiscales plus avantageuses

Face à la profusion de dons, le Premier ministre avait déjà souhaité, le 17 avril, la mise en place d’un nouveau projet de loi pour donner un nouveau cadre légal aux dons des particuliers ainsi qu’aux dons des entreprises en faveur de la reconstruction de Notre Dame de Paris. Désormais, les dons s’élevant jusqu’à 1.000 euros seront défiscalisés à hauteur de 75 %. Au-dessus de 1.000 euros, les particuliers bénéficieront d’une réduction fiscale de 66 %, contre 60 % pour les entreprises.

En quelques jours, plus d’un milliard d'euros a été récolté par les quatre organismes en charge de recueillir officiellement les dons : la Fondation de France, la Fondation du Patrimoine, la Fondation Notre Dame de Paris et le Centre des Monuments Nationaux.

Le but de cette loi mécénat est d’encadrer les dons et ainsi lutter contre les cagnottes frauduleuses. C’est aussi, comme l’a rappelé le Premier ministre sur Twitter, une façon d’encourager les gens à participer en leur offrant des règles fiscales plus avantageuses et en promettant une transparence et une bonne gestion des dons pour la reconstruction rapide de la cathédrale.