Eurovision: «Il rayonne!», «Il transpire le "star power"»... Bilal Hassani vu par ses adversaires

MUSIQUE Plusieurs des artistes qui feront face à Bilal Hassani en finale de l’Eurovision le 18 mai à Tel-Aviv ont confié à « 20 Minutes » ce qu’ils pensaient de l’artiste français

Fabien Randanne

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Bilal Hassani au centre et, de haut en bas et de gauche à droite : Miki, John Lundvik, Mahmood, Duncan Laurence, Eliot, Katerine Duska.
Bilal Hassani au centre et, de haut en bas et de gauche à droite : Miki, John Lundvik, Mahmood, Duncan Laurence, Eliot, Katerine Duska. — Valery HACHE / AFP - José Irún – Sotarn - Attilio Cusani- Paul Bellaart - Wouter Struyf - Efi Gousi
  • La finale de l’Eurovision 2019 se tiendra à Tel-Aviv (Israël) le 18 mai.
  • A un mois de l’événement, « 20 Minutes » a demandé à quelques-uns des candidats étrangers leurs avis sur le représentant français Bilal Hassani.
  • Plusieurs d’entre eux apprécient la personnalité du chanteur de « Roi » et le fait qu’il assume qui il est.

« On sait que c’est un concours, mais je n’ai jamais perçu la musique comme un objet de compétition. On est là pour gagner, bien sûr, comme les autres candidats, mais tout le monde ici s’amuse et se tape dans la main. Et c’est vraiment cool. » Croisé ce samedi à la London Eurovision Party, le DJ finlandais Darude résume, pour 20 Minutes, ce qu’est l’esprit de l’Eurovision du côté des artistes. « Et puis, ils rentrent tous dans leur chambre d’hôtel et répètent, en se regardant dans le miroir : “Je dois gagner ! Je dois gagner ! Je dois gagner” », enchaîne, caustique, le chanteur Sebastian Rejman, qui l’accompagnera sur scène.

La vérité se situe sans doute entre les deux déclarations. Lorsque l’on suit les artistes côté coulisses, on constate que des amitiés – dont certaines ne dureront que la saison du concours – se nouent. En 2016, Amir avait sympathisé avec l’Espagnole Barei. L’an passé, Madame Monsieur avait bien accroché avec le duo suisse Dzibz et la Britannique SuRie

En dehors de ces élans sincères, il convient d’avoir un langage diplomatique et respectueux pour ne froisser personne. L’Arménien Aram MP3 l’a appris à ses dépens en 2014. Annoncé comme grand favori, sa cote a dégringolé après qu’il a déclaré espérer que l’équipe autrichienne aiderait Conchita Wurst « à décider si elle veut être un homme ou une femme. » Puis il avait ajouté que lorsqu’il passait en voiture dans le quartier gay d’Erevan, il préférait accélérer. Des « plaisanteries », avait-il plaidé. Mais malgré l'indulgence exprimée par Conchita Wurst, Aram MP3 avait perdu de sa superbe et avait dû se contenter d’une quatrième place.

En demandant aux candidats de l’édition 2019 ce qu’ils pensaient de Bilal Hassani et sa chanson « Roi », on s’attendait donc à recueillir des formulations polies et passe-partout. Certains, cependant, ne se sont pas contentés de banalités et ont étayé leur point de vue. A un mois de la finale de l’Eurovision, qui se tiendra le 18 mai à Tel-Aviv (Israël) voici donc ce que la concurrence pense du représentant tricolore.

 

  • Miki – Espagne : « On est amis »

Samedi, au concert pré-Eurovision de Londres, Bilal Hassani a rencontré son acolyte ibérique Miki Nuñez pour la première fois « en vrai » et ils en ont profité pour enchaîner les selfies. « On est amis, nous confiait le chanteur espagnol une semaine plus tôt. On échange des messages privés sur Twitter et Instagram, et on s’envoie des vidéos. » Fin mars, Miki avait tweeté le clip de Roi en citant les paroles : « Je suis free, oui j’invente ma vie. » « Le message de ce morceau est un peu semblable au mien [ La Venda] : il faut s’aimer soi-même, ne pas subir la pression de la société, être ce que l’on veut être », explique le représentant espagnol pour qui la chanson de Bilal est « l’une des meilleures » de cette édition de l’Eurovision.

  • Duncan Laurence – Pays-Bas : « Il assume qui il est et j’adore ça »

Bien qu’il soit depuis plusieurs semaines vissé sur un piédestal car annoncé comme le grand favori pour remporter l’Eurovision avec Arcade, Duncan Laurence ne regarde pas sa concurrence de haut. Le Néerlandais aime « Roi » car « elle a quelque chose d’accrocheur » et il respecte Bilal Hassani « parce qu’il est authentique, il assume qui il est, il est qui il est, un point c’est tout, et j’adore ça. J’ai toujours apprécié les gens qui ne trichent pas avec ce qu’ils sont. »

  • Mahmood – Italie : « Il peut paraître fabriqué mais on se rend compte qu’il est lui-même »

Les polémiques, Mahmood, y a aussi eu droit après avoir été désigné pour représenter l’Italie à l’Eurovision. Tout comme le Français, le Transalpin mélange les sonorités pop, R&B et rap dans sa musique. De quoi envisager un duo. « Peut-être, qui sait ? », sourit celui qui fait partie des favoris de cette édition. Mahmood « aime la personnalité » de Bilal Hassani : « Il donne libre cours à son art qui, à première vue, peut paraître fabriqué, mais en écoutant ses chansons, on se rend compte qu’il est lui-même, qu’il parle à la première personne. Ses morceaux sont très personnels. »

  • Eliot – Belgique : « Ce qu’il vit ne doit pas être facile »

Le cœur du candidat belge balance entre les chansons de deux de ses concurrents frontaliers. Eliot dit aimer la chanson des Pays-Bas et celle de la France, dont il « aime bien le message et la mélodie ». Le jeune Wallon de 18 ans, francophone, est au courant du harcèlement en ligne subi par Bilal Hassani : « Je pense qu’il faut le soutenir, ce qu’il vit ne doit pas être facile. Il est un artiste, un être humain avant tout. »

  • John Lundvik – Suède : « Il rayonne ! »

« C’est dingue comme il rayonne ! Et il est tellement humble », applaudit John Lundvik. Lorsque  le chanteur a remporté le MelFest, la sélection suédoise pour l’Eurovision, début mars, Bilal Hassani était dans les parages, à Stockholm. « Depuis, on s’est beaucoup contactés sur Instagram, révèle John Lundvik, il est toujours si positif et il chante avec ses tripes. » Leonora, la candidate danoise, a fait la connaissance du Français le même soir. « Il est adorable et sa chanson et jolie », déclare la jeune femme qui, chante, dans la langue de Molière que « l’amour est pour toujours et pour tout le monde ». A l’en croire, « Roi » est l’une de ses chansons préférées avec celle des Pays-Bas et de la Suède.

  • Michael Rice – Royaume-Uni : « Il va devenir une star »

Michael Rice fait mentir les préjugés sur la Perfide Albion. Le représentant du Royaume-Uni qui ne se départit jamais de sa bonhomie « adore tout le personnage » de Bilal. Il en est certain : « Il va devenir une star. » Kate Miller-Heidke, la candidate australienne, est d’accord : « Bilal transpire le star power. Il mange l’écran : quand il apparaît, vous ne pouvez pas détacher vos yeux de lui ! »

  • Serhat – Saint-Marin : « Il va très bien s’en sortir sur scène »

« Je n’ai jamais commenté les chansons avant de les voir aux répétitions, sur scène. Pour le moment, on a surtout vu des clips, ce qui est une chose bien différente. L’Eurovision n’est pas une compétition vidéo », rappelle Serhat qui représente cette année Saint-Marin pour la deuxième fois après un baptême du feu en 2016. Cependant, le chanteur turc qui est « particulièrement intéressé par la musique française », a un avis sur Bilal Hassani : « Il est très jeune, je trouve qu’il se débrouille bien. Il suit son chemin, j’ai le sentiment qu’il va très bien s’en sortir sur scène. »

  • Katerine Duska – Grèce : « Une chanson centrée sur l’humain »

Née à Montréal où elle a vécu jusqu’à ses 16 ans, Katerine Duska maîtrise bien la langue française. La représentante de la Grèce dit trouver Bilal « génial ». Et d’ajouter : « Je suis heureuse d’avoir le sentiment de vivre à une époque où les gens sont de plus en plus à l’aise avec ce qu’ils sont. Il y a encore beaucoup de harcèlement, de brimades, c’est triste, mais c’est beau d’avoir des chansons centrées sur l’humain, comme celle de Bilal ou la mienne [Better Love], avec un message à délivrer. »