Incendie à Notre-Dame de Paris: «La cathédrale a été notre référence pour tout ce qu’on a construit ensuite», explique le producteur d’Assassin’s Creed

INTERVIEW Antoine Vimal du Monteil a supervisé la construction de Notre-Dame pour le compte du jeu « Assassin’s Creed Unity », sorti en 2014

Propos recueillis par William Pereira

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La cathédrale de Nôtre-Dame, dans Assasin's Creed Unity
La cathédrale de Nôtre-Dame, dans Assasin's Creed Unity — Ubisoft

Lundi soir, alors que les flammes consument la flèche de Notre-Dame, des images circulent sur les réseaux : celles d’un homme encapuché courant à grandes enjambées sur la toiture de la cathédrale. Il n’est ni pyromane, ni pompier. Plutôt révolutionnaire. La scène ne se passe pas à notre époque. Elle ne se passe pas tout court, car issue de la partie d’un joueur  d’Assassin’s Creed Unity (AC Unity) dont la cathédrale est le point central.

Pour préserver l’intégrité d’un monument voué à être amoché par le feu, beaucoup de gamers se sont réfugiés dans le Notre-Dame de la révolution française (période à laquelle se déroule jeu). De quoi émouvoir les bâtisseurs virtuels de ce chef-d’œuvre architectural, dont Antoine Vimal du Monteil, producteur du jeu pour Ubisoft à Montréal et contacté par 20 Minutes.

Qu’avez-vous avez ressenti devant les images qui rendaient hommage à la cathédrale de Notre-Dame avec des vues du jeu Assassin’s Creed ?

Ça m’a surpris. Evidemment j’ai d’abord vu des images du désastre et en fait je n’ai absolument pas pensé à Assassin’s Creed Unity, j’ai seulement pensé au désastre en lui-même. Ensuite j’ai vu sur Reddit et Twitter toutes les images de nos joueurs. Ça m’a vraiment touché de voir ça.

Il y a eu le Colisée avant Unity, la bibliothèque d’Alexandrie après… Pourquoi la cathédrale parisienne est-elle aussi culte aux yeux des joueurs d’Assassin’s Creed ?

Je pense que c’est lié au monument lui-même. Nous, c’était la période et la ville qu’on voulait explorer, c’est un monument millénaire apparu dans plein d’œuvres différentes de littérature, de films, de série. C’était normal qu’à un moment donné Notre-Dame apparaisse dans un grand jeu vidéo. La raison pour laquelle les touristes l’adorent et pour laquelle on a vu toutes les réactions depuis lundi c’est les mêmes qui ont généré les émotions des gamers qui ont pu la découvrir grâce au jeu.

Que ressent-on en tant que « bâtisseur » de la cathédrale quand on la voit partir en fumée ?

C’est tragique, parce qu’effectivement on a passé trois ans sur ce projet. Notre-Dame, c’est le premier monument qu’on a décidé de construire, en fait. On savait qu’on allait développer Paris tout autour avec l’île de la Cité avec Notre-Dame. La cathédrale était au cœur de tous nos développements. Elle a été notre référence pour tous les monuments qu’on a construits par la suite. C’était le cœur du jeu.

Vous avez un peu échangé avec les artistes du jeu, comme Caroline Miousse, dont le travail a justement été de modéliser Notre-Dame ?

On s’est appelé ce matin [mardi]. Elle, comme tout le monde, pense que c’est tragique. J’ai reçu plein de messages, de mails de différentes personnes qui ont travaillé dessus… Caroline a travaillé sur Notre-Dame pendant plus d’une année mais on était 1.000 dans le monde à avoir travaillé sur le sujet, dont 450 rien qu’à Montréal. C’est le monument qui nous a demandé le plus d’efforts. Et puis la rosace c’est un monument en soi, les deux tours sont un monument en soi, la porte d’entrée, tous les bas-reliefs sont des monuments en soi, la flèche, c’est un monument en soi…

S’approprie-t-on le monument quand on le reproduit même dans un univers virtuel ? Est-ce qu’on se dit « maintenant Notre-Dame fait partie de mon histoire personnelle » ?

Complètement. J’ai travaillé trois ans sur ce projet. Caroline Miousse aussi. Ça devient représentatif d’une période de notre vie et ça nous marque forcément d’une manière ou d’une autre. Je ne regarde plus Paris de la même manière depuis que j’ai contribué à ce jeu. Déjà j’en ai une connaissance plus grande en termes d’histoire, d’architecture… Mais au-delà de ça il en naît un attachement émotionnel.

Une autre vue de Nôtre-Dame, dans Assassin's Creed Unity
Une autre vue de Nôtre-Dame, dans Assassin's Creed Unity - Ubisoft

Comment s’est passé votre premier face-à-face avec la cathédrale après l’avoir terminée pour Assassin’s Creed Unity ?

Je m’en souviens très bien, c’était le jour de la sortie du jeu et c’était le jour où je répondais aux questions des journalistes. Et donc j’ai eu la chance de répondre à une interview de France Télévisions en haut des tours dans un espace qui est habituellement fermé au public. C’est une dame qui nous a ouvert cet endroit-là, elle avait une grosse clé, comme dans Notre-Dame de Paris !

La vue aérienne vous a paru fidèle à ce que vous aviez produit pour le jeu ?

Oui bien sûr (rires) ! Avec Notre-Dame, c’était la première fois qu’on faisait des bâtiments aussi grands et aussi proches de l’échelle 1 telle qu’elle est dans la réalité. « In game » c’était intéressant.

Vous appréhendez de constater l’étendue des dégâts de la vraie cathédrale ?

Oui. On a tous envie de voir dans quel état est la rosace, dans quel état est la peinture, dans quel état est la grande porte, les bas-reliefs, les statues. On a hâte de savoir comment la flèche pourra être reconstruite… Est-ce qu’on va aller chercher les meilleurs ouvriers pour faire ça ? Combien de temps ça va durer ?

Peut-on considérer que les artistes qui ont travaillé sur Notre-Dame dans le jeu sont légitimes pour aider à la reconstruction ?

Peut-être. Je ne suis pas capable de répondre à cette question. Je pense qu’il y a des spécialistes de l’architecture, des spécialistes de Notre-Dame de Paris, c’est un des monuments les plus visités au monde. Il y a certainement des banques gigantesques de photos qui sont prises, il y a des conservateurs qui travaillent dessus. Je ne suis pas du tout en train de dire que nos artistes ne sont pas légitimes, mais d’autres spécialistes dont c’est le métier sont beaucoup plus légitimes. Après, c’est sûr que si on nous sollicite d’une manière ou d’une autre [pour la reconstruction] et qu’on peut aider, c’est évident qu’on le fera.