Incendie à Notre-Dame de Paris: «Les églises de Paris ne sont pas entretenues, s’effondrent, il est aussi là le drame»

PATRIMOINE Selon l'historien de l'art Jérôme Delaplanche, la politique patrimoniale de l'Etat n'est pas du tout adaptée et manque de moyens

Propos recueillis par Vincent Julé

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Notre Dame de Paris en flamme
Notre Dame de Paris en flamme — AFP

L'incendie de Notre-Dame de Paris , dans la nuit de lundi à mardi, laissera des images marquantes dans tous les esprits ( cette croix de feu), en plus d’en évoquer d’autres, à commencer par  le roman de Victor Hugo mais aussi ses différentes adaptations : le film avec Anthony Quinn, le dessin animé de Disney et même la comédie musicale de Luc Plamandon et Rochard Cocciante. C’est pour mieux cerner la place de la cathédrale dans l’histoire des arts, et donc dans nos vies, que 20 Minutes a contacté Jérôme Delaplanche. Sauf que pour l’historien de l’art, il est moins temps de parler de Victor Hugo que de patrimoine, et de sa destruction par des incendies et par un manque d’entretien et de moyens.

 

Quelle place a la cathédrale Notre-Dame dans l’histoire des arts, de Victor Hugo à Assassin’s Creed ?

Vous avez le mauvais réflexe, c’est très français. Vous me parlez de Notre-Dame comme source d’inspiration, mais ce n’est pas de ça dont il s’agit ici, il s’agit de destruction patrimoniale. De la matière, de l’authenticité, un patrimoine que l’on ne parvient pas à entretenir. Depuis hier, je suis profondément choqué par les politiques, les commentateurs, les journalistes. Victor Hugo ? Excusez-moi, mais qu’est-ce qu’on en a à faire ? C’est n’avoir aucun sens du patrimoine, ne pas savoir ce qu’est l’histoire de l’art.

Bien sûr, Notre-Dame est un monument emblématique de Paris, bien sûr, les catholiques sont tristes, mais là, on parle de l’histoire de l’humanité, à l’instar d’un site comme Pétra. Toutes proportions gardées, l’incendie de Notre-Dame rappelle la destruction des cités de Palmyre, Ninive et Hatra par l’État islamique.

Quand Emmanuel Macron promet de « rebâtir la cathédrale », qu’en pensez-vous ?

Parler de reconstruction, de rebâtir… Sauf que non, on ne refait pas, on en fait un autre. La nouvelle toiture sera une toiture du XXIe siècle. Elle sera peut-être très bien, attention, mais nous parlons d’une charpente qui avait plus de 800 ans, l’une des plus anciennes de la capitale. Les bois abattus et utilisés à l’époque, au XIIe siècle, pouvaient même avoir 300 ou 400 ans. C’est de cette épaisseur du temps, de cette authenticité, dont il faut parler.

Et faire de Notre-Dame un « Trésor national » pour collecter des dons ?

Le trésor de Notre-Dame, ce sont aussi les oeuvres qu'elle abrite, de l’orfèvrerie de la qualité de Versailles ou du Louvre, des vitraux exceptionnels, sans oublier les Mays [d’immenses toiles offertes chaque année le 1er mai entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres]. Il faut déjà savoir l’état de ce patrimoine, et rappeler qu'au-delà des dons, la politique de l’Etat, et dans ce cas de la municipalité, n’est pas du tout adaptée aux besoins. Les églises de Paris ne sont pas entretenues, s’effondrent, il est aussi là le drame.