Roméo Elvis: «Je n’arrive pas à me sentir crédible dans cet esprit de domination du "j’ai baisé autant de meufs"»

INTERVIEW Vendredi, le rappeur sort son premier album solo, Chocolat

Propos recueillis par Clio Weickert

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Roméo Elvis sort son album «Chocolat».
Roméo Elvis sort son album «Chocolat». — Straussphere
  • Roméo Elvis sort son premier album Chocolat vendredi.
  • A quelques jours de la sortie de son album, le rappeur a pris le temps de se poser, et de répondre, en solo, aux questions de 20 Minutes.

« Il ne faut pas avoir peur du changement ». Voilà comment Roméo Elvis, serein et tout sourire malgré son programme promo chargé, philosophe sur la sortie vendredi de son premier album Chocolat. Premier album ? Et quid de Morale 2, sorti en 2017 et réédité l’année suivante ? Chocolat est un « album solo », précise l’artiste à 20 Minutes, expliquant s’être affranchi pour un temps de son comparse Le Motel (un Morale 3 n’est pas inenvisageable…). Soit.

Ce premier album vient conclure une année riche en succès pour Roméo Elvis, et en collaborations. Si certains suivaient le rappeur belge de près depuis ses premiers cartons en 2016, d’autres auront peut-être fait connaissance avec sa voix caverneuse et son humour décapant (vraiment) lors de son feat 1000°C avec son pote Lomepal, ou grâce au tube de la non moins connue Angèle (la petite sœur de Roméo), Tout oublier. A quelques jours de la sortie de son album, Roméo Elvis a pris le temps de se poser, et de répondre, en solo, aux questions de 20 Minutes.

Pourquoi avoir intitulé ton album « Chocolat » ?

Pour la saveur. Le chocolat belge est un truc dont on est méga fier en Belgique, c’est hyper réputé dans le monde. Le chocolat libère les endorphines quand tu en manges beaucoup, ça rend heureux, ça plaît à tout le monde. Plus je réfléchis et plus je me rends compte que l’album est comme une boîte de chocolats avec plein de goûts différents, des surprises, des « oh il y a de l’alcool je suis moins fan », et des « ça j’adore » ! C’est cet esprit-là.

Du chocolat qu’on peut fumer aussi…

Bien sûr, il y a d’ailleurs un morceau dans lequel je parle de ça, « faut pas fumer du chocolat », mais c’est plus large que ça. Sinon j’aurais mis de la beuh et un mec défoncé sur la pochette, et ce n’est pas du tout le cas. Je plaisante.

La pochette de l'album «Chocolat».
La pochette de l'album «Chocolat». - Straussphère

Sur cette pochette justement, tu ne te montres pas forcément à ton avantage, quel est ton rapport à ta propre image ?

J’ai un public qui s’intéresse à mon image, à ce que je suis derrière, au personnage derrière la musique, parce que j’ai une forte personnalité et que je me représente beaucoup sur les réseaux sociaux. Cet album a été un tournant et la pochette est la pièce maîtresse, c’est sa façade. Je voulais aller dans l’humour, parce que c’est ce qui me caractérise. Je suis très porté sur ça, j’ai beaucoup de second degré, donc c’est ce que j’avais envie de donner et d’apporter avec cette image. Je n’aurais pas senti de faire un truc sérieux, je n’aurais pas assumé, partout dans la rue, en affiche… Je passe beaucoup de temps à ne pas me prendre au sérieux, je prends très au sérieux l’idée de ne pas se prendre au sérieux.

Ou un manque de confiance en soi ?

Je n’ai pas totalement confiance en ce que je fais, ce que je suis, je me remets en question, ça s’entend dans l’album. C’est pour ça que je travaille en groupe, avec plein de gens. Je ne serais pas confiant si je montrais une image un peu plus « beau gosse ». Je joue déjà beaucoup de ça sur scène, je me mets torse nu, je sais que je plais aux meufs, je le vois, à mes concerts il y en a plein devant. Mais je me dis peut-être que si je vais trop dans ce sens-là, je vais être catégorisé truc de minettes. C’est important de montrer ce que tu es vraiment derrière. C’est ce que je disais à Angèle au tout début quand elle me demandait encore des conseils et qu’elle commençait dans le game. Le seul truc que je pouvais lui dire, – parce qu’elle était déjà trop forte, qu’elle chantait trop bien et qu’elle jouait déjà trop bien du piano –, c’est d’être la plus drôle possible parce qu’elle l’est. Montre ça aux gens. Ça fait méga partie de son personnage et ça fait partie du mien aussi, c’est très important. Si je commence à trop me prendre au sérieux, mon public qui est là depuis le début va m’en vouloir et être dégoûté.

Certains ont justement pu craindre que tu t’éloignes un peu du rap, qu’en penses-tu ?

Le public qui m’écoute depuis longtemps parce que je fais du rap, a commencé à se poser des questions à la fin 2018, parce qu’il y a eu une année faste en radio où j’ai fait Hit Sale [un feat avec Therapie Taxi], 1000°C et Tout oublier. J’ai été découvert par plein de gens par ça, et je suis rentré dans une autre sphère. Les gens se sont posé des questions mais moi je n’ai jamais changé, je suis toujours aussi rap et street dans mon esprit ! Mais mon image en 2018 a peut-être pris le dessus sur ce que je faisais avant. Et il y a peut-être un dernier truc : après avoir sorti ces trois méga morceaux, j’ai sorti Malade et j’ai annoncé Chocolat avec mon morceau le plus pop. Les gens se posent la question mais au final cette électricité me plaît, mine de rien. Tout se mélange mais ça m’excite énormément.

Ce qui n’a pas changé, c’est ton fort penchant pour l’egotrip…

Je suis très fervent de ça, comme mes compagnons Caballero, JeanJass, Lomepal… ça fait partie de notre école aussi. L’egotrip est une figure de style dans le rap. Comme parler de cul ou le virilisme.

Que toi tu exploites moins dans tes textes…

Si ! Moi je dis que j’ai un gros zizi pour rigoler. Mais je ne parle pas de « baiser des meufs », non. Mais moi j’ai été puceau jusqu’à 20 ans, je suis un « puceau cramé » comme je dis dans le titre Chocolat. Toute ma vie je resterai un peu incertain avec la « queutardise », et tout ce délire-là. Ce serait impossible pour moi d’écrire là-dessus parce que je n’arrive pas à me sentir crédible dans cet esprit de domination du « j’ai baisé autant de meufs »… Alors que de dire que j’ai un zizi comme ça [il lie le geste à la parole], c’est vraiment un truc que tous les mecs veulent essayer de faire croire.

Sans transition, quel rapport entretiens-tu avec les réseaux sociaux ? Tu peux donner l’impression de les aimer autant que tu les détestes…

C’est tellement un truc large les réseaux sociaux aujourd’hui, il y a autant de choses positives et utiles qui en émanent que des choses sombres et régressives. Oui, je les utilise énormément, c’est avec ça que je me suis fait valider. C’est grâce à ça que je me fais signer chez Barclay, que les marques se sont intéressées à moi, j’ai un million de followers… Mais c’est aussi à cause de ça que je me dis que ça pue la merde. Certains ont pour objectif d’avoir un million de followers. Ça veut dire quoi ? Ça a un impact mais c’est triste d’avoir cet objectif-là. Les gamins, dans la street, me demandent de les marquer pour avoir des followers. Leur but est de percer, d’avoir 10K, 20K, et c’est un truc qui me dégoûte.

Dans ton album, tu parles du succès, en disant notamment dans Solo, « des fois je suis jaloux du succès des autres ». De celui de ta petite sœur par exemple ?

Moi je l’appelle plus ma « petite grande sœur ». Désormais on s’influence vraiment tous les deux. Mais c’est vraiment difficile de ressentir de la jalousie quand c’est ta sœur. Génétiquement, je crois que c’est presque impossible. Au contraire, ça me motive, quand je vois tous ses Zenith remplis, ça me coupe le souffle pendant deux secondes, et ça me chauffe trop de faire pareil. Je me dis qu’il faut que je la rejoigne pour faire la fête à deux. Par contre, avec Lomepal, on nous compare tellement tout le temps, que je vais peut-être plus me dire « est-ce que je suis aussi fort que lui » ? « Est-ce que je vaux autant que Lomepal » ? Alors que c’est débile ! On est vraiment de très bons amis, et lui ressent un peu le même truc.

Tu en as marre de cette comparaison ?

En même temps, on est frérots, on est tout le temps ensemble, on se ressemble physiquement, on a la même coupe de cheveux, la même mentalité… Quand je l’écoutais et que j’étais fan de lui, je savais qu’on avait tout en commun. Je me disais : « ce gars-là si je le rencontre c’est sûr qu’on va s’entendre ! » C’est normal que les gens nous assemblent, on le fait tous par automatisme. Ce qui fait le plus mal à entendre c’est le côté « ça ressemble », « vous faites la même chose », parce que quand on écoute nos musiques, on est grave différents.

 

20 secondes de contexte

Nous avons choisi le tutoiement pour retranscrire au mieux la spontanéité du moment.