Mort d'Agnès Varda: Nouvelle vague, féminisme, documentaires... Cinq facettes de la réalisatrice

CINEMA Agnès Varda expliquée à ceux qui ne connaissent pas grand-chose de son œuvre

Fabien Randanne, avec AFP

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Agnès Varda en 2008 au Festival de Venise.
Agnès Varda en 2008 au Festival de Venise. — Alberto PIZZOLI / AFP
  • Agnès Varda est décédée dans la nuit de jeudi à vendredi d’un cancer.
  • Pionnière de la Nouvelle vague, elle s’est illustrée également dans le documentaire.
  • Agnès Varda était aussi une artiste engagée, notamment en faveur des droits des femmes.

Avec sa coupe de cheveux si singulière et sa malice en bandoulière, elle ne passait pas inaperçue. Si bien qu’elle était familière même de ceux qui n’auraient vu aucun de ses films. Agnès Varda, décédée dans la nuit de jeudi à vendredi à 90 ans, était une figure majeure du cinéma français, à plus d’un titre.

Une pionnière de la Nouvelle vague

La Nouvelle vague, ce courant informel qui a révolutionné le cinéma dans les années 1950 et 1960 en rompant avec les conventions des films « à la papa », c’est François Truffaut, Jean-Luc Gordard ou Eric Rohmer, mais c’est aussi Agnès Varda. La réalisatrice a signé l’un des films les plus marquants de l’époque : Cléo de 5 à 7.

L’histoire d’une journée de la vie d’une femme qui redoute d’être atteinte d’un cancer et qui, en attendant les résultats médicaux, flâne dans Paris pour tromper son angoisse. Sorti en 1962, cinq ans après son premier film La pointe courte, il était en compétition pour la Palme d’or cette année-là. Au cours de sa carrière, Agnès Varda a réalisé douze longs-métrages de fiction, dont L’une chante, l’autre pas (1977) ou encore Sans toit ni loi (1985), Lion d’or au festival de Venise.

L’âme sœur de Jacques Demy

En 1958, Agnès Varda rencontre Jaques Demy. De leur union naîtra Mathieu en 1972. Le réalisateur a aussi adopté Rosalie, la fille d’Agnès née d’une précédente relation. Une profonde complicité et une émulation artistique ont nourri leur relation. Après que Jacques Demy est mort du sida en 1990, Agnès Varda entretient sa mémoire sans relâche. Elle raconte sa jeunesse dans Jacquot de Nantes (1991) et lui consacre deux documentaires Les demoiselles ont eu 25 ans et L’univers de Jacques Demy en 1995.

Féministe jusqu’au bout

Tout au long de sa vie, Agnès Varda s’est engagée pour les droits des femmes, via ses films ou en se mobilisant – elle est l’une des signataires du Manifeste des 343, la pétition demandant la légalisation de l’IVG en 1971. « Il faut redonner aux hommes la place qu’ils ont dans la vie des femmes, c’est-à-dire pas la première place. C’est un peu dur à avaler… On peut peut-être le dire gentiment, mais je crois que la vie des femmes est faite de beaucoup d’autres choses que la vie des hommes », déclarait-elle en 1977 au moment de la sortie de L’une chante, l’autre pas.

« Encore aujourd’hui, j’ai honte qu’il y ait dans ce monde des femmes excisées, battues, violées. Ça me révolte profondément. Ça ne se tasse pas avec l’âge. J’ai refusé tout un tas de choses par conviction. Je n’ai jamais fait de pub par exemple. J’aurais gagné beaucoup d’argent mais j’ai mis un point d’honneur à dire non. Ça fait un peu bique entêtée. J’assume », affirmait-elle à Gala en 2014. L’an passé, à Cannes, entourées de quelque 80 actrices et productrices, elle avait plaidé pour l'« égalité salariale » dans le cinéma.

Vedette américaine​

En 2017, Agnès Varda a reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. « Je suis un gadget cinématographique pour Hollywood, qu’est-ce que vous voulez, je ne suis pas "bankable" » Il n’empêche, l’aura de la réalisatrice est importante de l’autre côté de l’Atlantique où elle a des fans parfois inattendus, comme Madonna qui, fan de Cléo de 5 à 7, avait un temps envisagé de tenir le rôle-titre dans un remake. Agnès Varda connaissait bien les Etats-Unis, où elle a vécu de 1968 à 1970. Installée à Los Angeles, elle a réalisé Lions Love, faux docu sur les hippies.

Réalisatrice de documentaires

Agnès Varda a réalisé près d’une vingtaine de documentaires dont Les glaneurs et la glaneuse centré sur les pauvres qui récupèrent dans les champs ou sur les marchés les légumes abîmés ou invendus, particulièrement remarqué à sa sortie en 2000. Dans Les plages d’Agnès, autoportrait sorti en 2008 et César du meilleur documentaire, elle rend une nouvelle fois hommage à Jacques Demy, le « plus chéri des morts » et aux plages qui ont marqué sa vie, celles de la Belgique où elle est née à celles de la Californie, en passant par Sète et Noirmoutier.

En 2017, c’est Visages, villages, coréalisé avec l’artiste JR, qui lui vaut une nomination aux Oscars. Le duo avait sillonné la France à la rencontre des habitants des campagnes pour un projet photographique retracé dans le film. Cette année, la réalisatrice présentait au festival de Berlin, Varda par Agnès, qu’elle présentait comme « une façon de dire au revoir ». Ce documentaire doit sortir prochainement en France.