«Le retour à la terre»: Ferri commente quatre strips du 6e tome signé avec Larcenet

BD Le scénariste Jean-Yves Ferri dévoile pour « 20 Minutes » la teneur du nouvel album à travers quelques-uns de ses strips

Olivier Mimran

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Détail de couverture de la BD Le retour à la terre t6
Détail de couverture de la BD Le retour à la terre t6 — © J.-Y. FERRI, M. LARCENET & éd. DARGAUD 2019
  • « Les métamorphoses », qui sort ce vendredi, est le sixième tome de la série Le retour à la terre.
  • Après cinq volumes en six ans, la série a été interrompue pendant plus d’une décennie.
  • Avec ce nouveau tome, Le retour à la terre devrait totaliser près d’un million de ventes, ce qui est exceptionnel en bande dessinée.

Cela faisait au moins dix ans qu’on n’avait plus de nouvelles de la série Le retour à la terre. Ses cinq premiers volumes relataient les tribulations bucoliques de Manu Larssinet, natif de banlieue parisienne parti s’installer, avec sa petite famille, en pleine campagne. Ce récit, qui a vu le jour en 2002, était clairement inspiré de la propre expérience de Manu Larcenet !
Ses auteurs avaient-ils fini par s’en lasser? Nullement, car voilà qu’un sixième tome, sous-titré Les métamorphoses, sort enfin !

Un gaulois très accaparant…

Interrogé par 20 Minutes, le scénariste Jean-Yves Ferri justifie le long délai écoulé depuis le tome 5 : « Ça n’était pas dû à de la lassitude, non. On s’était même lancés, il y a deux ou trois ans, sur un nouveau tome, mais ce n’était pas le bon moment. Pour ma part, il fallait que je tienne l’ambiance générale et les deux ou trois pistes qui allaient me motiver vraiment », précise celui qui, entre-temps, a également repris les rênes d’Astérix (avec Conrad au dessin) – activité ô combien chronophage.

Dans ce sixième volume, donc, on retrouve avec bonheur tous les personnages qui ont fait le succès de la série : Manu, bien sûr, qui part à la recherche de son père sur Internet et décide d’arrêter la bande dessinée ; Mariette, sa compagne, qui attend un deuxième enfant ; la vieille madame Mortemont, qui a appris à utiliser un Samsong ® et envoie des émojis énigmatiques. Mais aussi Philippe, un éditeur adjoint qui se lance dans un voyage téméraire en direction des Ravenelles…

L’explication par l’image

Histoire d’en savoir plus, on a demandé à Ferri de se prêter à une « étude de cases », c’est-à-dire de commenter quelques-uns des passages les plus éloquents de l’album. Retrouvez ses analyses et ses révélations à la suite de chacun des quatre strips ci-dessous…

« Dans ce strip, on voit que tout a empiré. Larssinet fait l’impasse complète sur la nouvelle grossesse de Mariette. Et plus loin dans l’album, quand Mariette part aux urgences, on constatera que tout n’est pas encore vraiment clair pour lui. C’est un peu la marque du Retour à la terre où la communication entre les personnages est souvent brouillée. Le sommet étant la communication impossible entre Manu et madame Mortemont… »

« Ici, on découvre la réception des pages chez l’éditeur Dargaud. C’est évidemment moi qui m’amuse de la noirceur supposée de l’album dessiné par Larssinet – pardon, Larcenet ! En réalité on m’a assuré chez Dargaud avoir adoré Plast – pardon, Blast (une série plutôt sombre réalisée par Larcenet en solo). Si j’ai effectivement bossé sur Astérix ces derniers temps, l’augmentation pour retravailler sur Le retour... est juste une suggestion subliminale de ma part à destination de l’éditeur. »

« Encore la communication qui se brouille… On pouvait penser qu’en adoptant le smartphone, madame Mortemont et Larssinet trouveraient un terrain d’entente. Mais pas forcément. La Mortemont va même utiliser une gamme d’émojis totalement inédite : 3 petites bêches, qui vont le terrifier ! »

« Entre deux périodes de tension, la vie bucolique reprend aux Ravenelles. La nature, telle que l’idéalise Larssinet, est ici symbolisée par un couple de mésanges. C’est dans l’observation des oiseaux qu’il tentera – en vain – de trouver un modèle rassurant pour assumer sa propre paternité... Les fleurs, les oiseaux, Monsieur Henri, à bien y regarder le monde tourne rond aux Ravenelles. Mais qu’est-ce qui fait que Larssinet s’inquiète autant ?!? »

Nouvel album, nouvelle technique

Ça donne envie de découvrir le reste, non ? D’autant que les plus observateurs auront remarqué le dessin plus « lâché » de Larcenet, qui a récemment troqué les outils traditionnels (crayons et pinceaux) pour une tablette graphique. « Ça me paraît une bonne chose car on ressent une impression de nouveauté sans que ça chamboule tout, apprécie Jean-Yves Ferri. On notera au passage que le Larssinet de l’album lui, dessine encore avec crayons et pinceaux ! Preuve que tout ça est inventé – par le Ferri de l’album, celui qui scénarise Le retour a la terre dans Le retour à la terre... Vous me suivez ? (rires) »

Enfin, lorsqu’on lui dit notre angoisse d’éventuellement devoir attendre une nouvelle décennie avant le prochain tome du Retour à la terre, Ferri se garde bien de promettre quoi que ce soit : « Difficile à dire. Manu et moi devons être disponibles tous les deux, or nous travaillons l’un et l’autre sur des projets exigeants. Mais on a déjà parlé d’un tome un peu " hors-série " qui pourrait se passer loin des Ravenelles… ». Ça n’apaise pas notre angoisse, mais ça a le mérite d’attiser notre curiosité.

Le retour à la terre tome 6 : « Les métamorphoses », de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet - éditions Dargaud - 12 euros