Edouardo, l'interprète de «Je t'aime le lundi», privé de concerts dans le métro par la RATP, est en colère

WTF Eduardo Pisani, l’interprète de « Je t’aime le lundi », a reçu une lettre de refus de la RATP qui l’a énervé et à laquelle il a réagi sur Facebook  

Claire Barrois

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Le chanteur Eduardo Pisani est en colère contre la RATP qui refuse de lui accorder le droit de chanter dans le métro.
Le chanteur Eduardo Pisani est en colère contre la RATP qui refuse de lui accorder le droit de chanter dans le métro. — Capture d'écran / Facebook
  • Edouardo, l’interprète de « Je t’aime le lundi » n’a pas été retenu comme musicien officiel du métro.
  • En colère, le chanteur a publié une lettre sur Facebook.
  • Il nous a expliqué le fond de sa pensée, à laquelle la RATP a répondu.

« Moi Edouardo, on m’a refusé l’accréditation pour chanter dans le métro de Paris ». C’est par cette phrase, dans laquelle on sent toute sa révolte, qu’Eduardo Pisani​, plus connu sous le nom d’Edouardo, l’interprète de Je t’aime le lundi, a entamé un coup de gueule sur Facebook, accompagné de la lettre de refus de la RATP pour l’intégrer aux Musiciens du métro. « Pour moi cette lettre c’est une insulte », nous a-t-il confié.

Contactée par 20 Minutes, la RATP s’est dite « très surprise » d’être sollicitée à ce sujet. Et pour cause, « la sélection des musiciens du métro, n’a rien de fantaisiste, et la frustration d’Eduardo Pisani est assez banale pour tout artiste passant des castings, selon la régie. Ça fait 21 ans que nous avons instauré un processus de sélection des musiciens. Avant, dans le métro, il n’y avait pas vraiment d’organisation, les gens jouaient où ils voulaient, comme ils voulaient et ce qu’ils voulaient. »

« On voulait que les gens qui ont un vrai talent puissent être découverts »

« Nous voulions que les gens qui ont un vrai talent puissent être découverts, poursuit la RATP. Nous faisons des castings tous les six mois qui permettent aux gens de s’accréditer pour les six mois suivants, renouvelables. 300 personnes sont accréditées chaque année, ce qui correspond grosso modo au nombre de stations du réseau. Le jury du casting mélange à la fois des gens de la RATP de tous métiers sur la base du volontariat, les personnes qui s’occupent des musiciens du métro (deux dont le directeur artistique) et c’est occasionnellement ouvert aux voyageurs qui veulent y participer. » Un jury qui n’a visiblement pas été convaincu par la prestation d’Eduardo Pisani.

« D’habitude, ils sont plusieurs dans le jury. Pour mon casting, le 13 mars, il n’y avait que le directeur artistique, Antoine Naso, raconte le chanteur de 64 ans. Mais dès qu’il m’a vu, j’ai eu la sensation qu’il ne pouvait pas me saquer. Il était tout seul, et d’entrée il m’a dit : "Ça ne sera qu’un morceau." Ils m’ont dit deux morceaux trois ou quatre fois par courrier avant, donc j’ai compris que quelque chose n’allait pas. A la fin, j’ai dit que j’étais le chanteur de Je t’aime le lundi dans la discussion. Je n’avais pas l’intention de chanter cette chanson parce que ça me fait passer pour un ringard. »

« Je n’en ai rien à foutre, je vais les faire chier »

Il ajoute : « Comme je ne joue d’aucun instrument, je me suis acheté un petit tambourin demi-lune, ça marche pas mal. Il m’a dit : "Vous êtes un personnage", mais en sous-entendant je ne sais pas quoi. Il m’a dit que d’autres gens devaient voir la vidéo, et qu’ils me contacteraient ensuite. J’étais un peu merdique avec le tambourin, mais j’ai quand même une prestance, j’ai de jolies chansons. » Mais difficile pour cette gloire éphémère du milieu des années 1990 d’accepter la lettre de refus qu’il a reçue en guise de réponse, d’autant plus qu’il serait au bout de ses droits de RSA, selon ses dires.

« Il m’a envoyé une lettre bateau, il se fout de ma gueule ! On ne va pas me faire croire que dans le métro il y a 300 personnes qui chantent mieux que moi, qui ont des chansons meilleures que les miennes, s’énerve le chanteur. Je n’ai pas candidaté à The Voice non plus ! Je suis le chanteur le plus connu des inconnus et le chanteur le plus inconnu des connus, et on ne veut pas de moi. » Et de préciser que « s’ils me donnent quand même l’accréditation, je ne la prendrai pas, je n’en ai rien à foutre, je vais les faire chier. »

« Le jury a une grille d’évaluation avec des critères objectifs »

Pour la RATP, ça ne peut pas être une affaire personnelle. « Le jury a une grille d’évaluation avec des critères objectifs et chaque juré fait ses retours par la suite, nous précise-t-on. Le but c’est de représenter toutes les musiques. Classique, rap, musique world, chœur instrumental… C’est très varié. Ça fonctionne plutôt bien parce que plusieurs artistes ont été repérés. En ce qui concerne l’emplacement, ils se mettent d’accord avec les autres musiciens. Une fois qu’ils ont l’accréditation, ils jouent la durée qu’ils veulent. Tant qu’ils ne gênent pas la circulation et que le réseau est ouvert, ils font ce qu’ils veulent. »

Restent deux critères importants : « On ne peut pas jouer sur les quais et dans les rames pour ne pas gêner les flux, précise la RATP. L’idée c’est que les gens qui veuillent s’arrêter le fassent mais pas que les gens soient captifs dans leur rame pendant leur trajet avec quelqu’un qui ne leur plaît pas. On distingue bien les musiciens accrédités et ceux qui sont en infraction. » Et Edouardo fera désormais partie de la deuxième catégorie.

« C’est une méchanceté, il va vous dire que je ne vaux rien, que ce que je chante c’est de la merde, s’énerve Edouardo. Il n’y a pas assez de place pour quelqu’un qui, il y a 22 ans, a chanté J’ai perdu ma carte orange ? Pour quelqu’un qui a fait la pub pour la carte orange ? Je n’en ai rien à foutre des amendes dans le métro parce que je suis insolvable de toute façon. » A la RATP, on se permet de soulever le fait que, égérie ou non d’une publicité pour la carte orange, ça n’a pas de rapport avec son talent artistique.