Préhistoire: Pourquoi l’homme de Néandertal n’était pas si bête qu’il en a l’air

EXPOSITION A l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée à Montpellier, « 20 Minutes » dresse le portrait de cet intrigant homme préhistorique

Nicolas Bonzom

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Une illustration d'Emmanuel Roudier, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives.
Une illustration d'Emmanuel Roudier, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • « C’est vrai, son physique ne joue pas en sa faveur. Mais en revanche, il a un cerveau très développé », confie Anne-Marie Moigne, paléontologue au musée de Tautavel (Hérault) à propos de l’homme de Néandertal.
  • Pendant des centaines de milliers d’années, cet homme a « su s’adapter à son environnement », raconte Sylvie Desachy, la coordinatrice de l’exposition.
  • Ultime signe d’intelligence, l’homme de Néandertal était doté du gène de la parole.

L’homme de Néandertal n’est pas le demeuré que l’on croit. C’est même tout le contraire. A l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée à Pierresvives à Montpellier,20 Minutes dresse le portrait de cet homme préhistorique pas si bête qu’il en a l’air.

« Il est particulièrement robuste, il a de beaux muscles mais il n’a ni menton ni front, et il a de gros bourrelets au-dessus des yeux, confie Anne-Marie Moigne, paléontologue au musée de Tautavel (Pyrénées-Orientales). C’est vrai, son physique ne joue pas en sa faveur. En revanche, il a un cerveau très développé ! » Ce lointain cousin de l’homme a vécu au Paléolithique, de -350.000 à -35.000 avant J.C, entre l’Eurasie continentale et le Proche-Orient.

« Il lui arrivait de se parer de bijoux »

Pendant ces centaines de milliers d’années, l’homme de Néandertal a « su plusieurs fois s’adapter à son environnement », raconte Sylvie Desachy, la coordinatrice scientifique de l’exposition. Il était brun, les yeux foncés, mais pas seulement. Il y avait dans les tribus des blonds, des roux et des individus aux yeux plus clairs. Côté popote, il n’était pas difficile. L’étude du tartre retrouvé sur des dents de Néandertaliens a permis de définir que le bonhomme avait une alimentation très variée. Des mollusques, des crustacés, des champignons ou des pignons de pin… Et surtout, de la viande. De la bidoche, qu’il chassait à coups de lances pointues ou de boules attachées par des lanières en cuir.

Une reproduction d'un enfant néandertalien, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives.
Une reproduction d'un enfant néandertalien, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives. - N. Bonzom / Maxele Presse

Mais ce rustre chasseur, contemporain du mammouth, n’en était pas moins coquet. « On sait qu’il lui arrivait de se parer de bijoux, et qu’il était un gros collectionneur d’ossements, indique Sarah Crapart, médiatrice au sein de l’exposition de Pierresvives. On sait aussi qu’il utilisait de la poudre d’ocre pour réaliser des tatouages ou des peintures corporelles. L’homme de Néandertal ne se contentait pas de survivre, il avait aussi des pensées symboliques. » Cet homme préhistorique, dont nous avons hérité de 2 à 4 % des gènes, enterrait d’ailleurs ses morts. Pas tous. Certains les mangeaient.

Il était doté du gène de la parole

Et parfois, l’homme de Néandertal tombait malade. « Il marchait énormément, et avait des blessures liées à son mode de vie : de l’arthrose dans les jambes et le dos. Mais aussi des maladies parodontales, indique Sarah Crapart. Il va rapidement chercher à se soigner, en utilisant des plantes ou des écorces de peupliers, qu’il prenait comme une aspirine, ou des champignons. Il perçait ses abcès avec des petits bouts de bois. On sait qu’il prenait bien soin des membres de son groupe. » Bien que nomade, l’ancêtre construisait de temps en temps des cabanes pour mettre les siens à l’abri. « On est capable de voir qu’il mettait en place des zones d’apprentissage, où les plus jeunes apprenaient à fabriquer des outils, un peu comme une école », reprend la paléontologue Anne-Marie Moigne.

Une reproduction d'une femme néandertalienne, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives.
Une reproduction d'une femme néandertalienne, à découvrir à l'exposition Néandertal à Pierresvives. - N. Bonzom / Maxele Presse

Ultime signe d’intelligence, l’homme de Néandertal était doté du gène de la parole. Pas de quoi se lancer dans une compétition d’éloquence, mais bien assez pour se faire comprendre. Il prononçait un grand nombre de sons, dont toutes les voyelles. Mais malgré ses muscles et son gros cerveau, il a fini par disparaître. La faute à l’arrivée de l’Homo Sapiens, peut-être, qui l’aurait exterminé ou fait fuir. Mais rien n’est prouvé.

A découvrir jusqu'au 13 juillet à Pierresvives à Montpellier. Informations ici.