«Maïdan love»: Amour contrarié entre un flic et une manifestante pendant les émeutes de Kiev

PREVIEW BD Découvrez, en exclusivité, les premières pages d'une love story bouleversée par la révolution ukrainienne de 2014, commentées par le scénariste Aurélien Ducoudray

Olivier Mimran

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Détail de la couverture de la BD Maïdan love
Détail de la couverture de la BD Maïdan love — © Aurélien DUCOUDRAY, Christophe ALLIEL & éd. Grand Angle 2019
  • La BD «Maïdan love» a pour toile de fond la « révolution de la dignité » qui a eu lieu en Ukraine, en 2014.
  • Le scénariste Aurélien Ducoudray y raconte la délicate histoire d’amour d’un policier antiémeute et d’une manifestante.
  • Bien qu’il s’agisse d’une pure fiction, l’album s’appuie sur des faits historiques qui lui confèrent une vraie valeur documentaire.

Rappelez-vous 2014 sur la place du Maïdan, à Kiev. Les manifestations y ont fait 82 morts et 622 blessés avant que le peuple ukrainien, excédé par la corruption du président pro russe Viktor Ianoukovitch et son mépris pour l’Union européenne, ne finisse par renverser le pouvoir...

Le scénariste Aurélien Ducoudray a été si marqué par cette violence qu’elle lui a inspiré… une histoire d’amour ! Résultat : le premier volume de Maïdan love, dont les éditions Grand Angle ont la gentillesse de présenter, en exclusivité, les premières planches aux lecteurs de 20 Minutes. Régalez-vous !

De quoi ça parle ?

Février 2014. À Kiev, les actes de violence se multiplient sur la place du Maïdan. La « révolution de la dignité », comme l’ont baptisée les manifestants, semble bien partie pour durer… Pendant les événements – qui feront 82 morts et 622 blessés et entraîneront la crise ukrainienne entre la Russie et le reste de l’Europe –, Bogdan tente de retrouver sa petite amie Olena. Le souci, c’est que Bogdan est un « berkout », un flic antiémeute, et qu’Olena fait partie des manifestants. Une simple histoire d’amour peut-elle résister au vent de l’histoire ?

Une capitale à feu et à sang, c’est a priori un drôle d’endroit pour vivre une histoire d’amour. Pourtant, c’est précisément ce qui a intéressé Aurélien Ducoudray qui, interrogé par 20 Minutes, confie qu’il a commencé à penser à ce récit « alors même que se déroulaient les événements ukrainiens. Comme tout le monde, j’ai découvert cette fronde, très différente du « printemps arabe », devant mon écran ; elle a fortement piqué ma curiosité, mais m’a surtout fortement impressionné tant les images étaient dignes d’une fiction apocalyptique : ces manifestants avec leur look de Mad Maxsous une neige qui tombait à gros flocons, c’était digne d’une superproduction hollywoodienne ! »

Un récit très documenté

Pour « ne pas relater cet épisode comme un prof d’histoire, sans émotions et de façon linéaire, factuelle », l’auteur de La faute aux chinois et Clichés de Bosnie (éditions Futuropolis) a choisi de raconter une « petite histoire » (l’histoire d’amour entre Bogdan et Olena) dans une « grande histoire » (les événements ukrainiens de février 2014).

« L’avantage de la fiction, c’est qu’elle me permet de m’approcher au plus près des sentiments des protagonistes pour essayer de faire ressentir au lecteur une "possible interprétation" de la vérité… on reste néanmoins dans une fiction basée sur des informations réelles… »

Car le scénariste et Christophe Alliel, son (excellent) dessinateur, se sont évidemment documentés avant de se lancer dans ce projet : « On a consulté de nombreux recueils de témoignages écrits après coup, revu les informations télévisées de l’époque, étudié des documentaires plus tardifs comme ceux de Sergei Loznitsa, précise Aurélien Ducoudray. C’est un cinéaste ukrainien que je trouve très strict dans sa façon d’aborder les choses, et qui nous « lance » au milieu des événements sans explication, sans jugement, nous poussant à ressentir des sensations brutes ; c’est d’ailleurs ce que j’ai essayé de faire avec l’histoire de Bogdan qui est, comme la plupart des acteurs de l’époque, un peu perdu au milieu d’événements qui le dépassent. »

De fait, aucun des personnages figurant dans l’album n’apparaît absolument « gentil » ou « méchant », ce serait trop manichéen. « En prenant comme héros un berkout – l’équivalent d’un CRS en Ukraine –, j’essaie d’entrée de jeu de faire craqueler l’armure de la répression, je cherche à créer un personnage parcouru par des lignes de force et d’émotions contradictoires… car sans contradictions, il n’y a pas de récit crédible ! »

Un récit implacable mais inclassable

Hyperrythmé, captivant du début à la fin, ce premier volume d’une série qui en comptera deux (« le dernier volume paraîtra en 2020 », nous a confié Aurélien Ducoudray) mêle habilement scènes d’affrontement, courses-poursuites, parenthèses sentimentales et références strictes aux événements de 2014.

Cette profusion d’éléments scénaristiques confère à Maïdan love un côté inclassable, plus proche de la fiction documentaire que du pur récit d’aventure. Son unique aspect contrariant, finalement, c’est le fait qu’il va falloir patienter un an pour en connaître le dénouement.

« Maïdan love » tome 1 : Oléna, d’Aurélien Ducoudray et Christophe Alliel - éditions Grand Angle - 14,90 euros

En librairie le 27 mars 2019

 

La vraie (et belle) histoire des « amoureux de Maïdan »

Si le récit d'Aurélien Ducoudray est une fiction, il rappelle furieusement une réalité : celle vécue, en février 2014, par une jeune manifestante et un policier ukrainiens. À l'époque largement rapportée par la presse – par exemple, et entre autres, par nos confrères de L'Obs –, l'improbable romance entre Lidia, alors étudiante en journalisme, et Andrei, un jeune policier, n'a toutefois que peu à voir avec celle d'Olena et Bogdan qui, dans Maïdan Love, se fréquentent depuis longtemps lorsqu'éclatent les événements...