Kim Kardashian: Une BD raconte son braquage rocambolesque et «old school» à Paris

BD Dans «Les bijoux de la Kardashian», deux grands reporters dévoilent les dessous du vol de bijoux dont la star de téléréalité américaine fut victime en 2016 à Paris

Olivier Mimran

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Couverture de la BD Les bijoux de la Kardashian & portrait de Kim Kardashian
Couverture de la BD Les bijoux de la Kardashian & portrait de Kim Kardashian — © F. VIGNOLLE, J. DUMOND, G. MARDON & GLÉNAT 2019 / photo © D.SHANKBONE [CC3.0]
  • La «BD-reportage» Les bijoux de la Kardashian dévoile tout ce que l’on sait du braquage de Kim Kardashian, dans la nuit du 3 octobre 2016 à Paris.
  • L’un de ses coscénaristes et son dessinateur racontent la genèse de l’album.
  • Pour eux, ce fait divers dit beaucoup de la société contemporaine.

Ça vous dirait de revivre le spectaculaire braquage dont fut victime Kim Kardashian alors qu’elle se trouvait à Paris pour la fashion week 2016 ? Et bien ça va être possible par bande dessinée interposée : coécrite par les journalistes François Vignolle (directeur de la rédaction de RTL) et Julien Dumond (grand reporter pour le magazine Sept à Huit de TF1) et dessinée par Grégory Mardon (Le fils de l’Ogre, Cycloman etc), Les bijoux de la Kardashian racontent en effet en détail comment des malfaiteurs ont réussi à braquer la callipyge star de téléréalité, influenceuse sur les réseaux sociaux et femme d’affaires dans sa suite parisienne, en pleine nuit, avant de la délester de neuf millions de dollars de bijoux.

«Bigger than fiction»

Très rythmée et sobrement –mais efficacement– mise en images, cette « BD reportage » se dévore comme un bon polar traditionnel… sauf qu’il ne s’agit plus d’une fiction. Il faut dire que « L’affaire Kardashian », par sa nature et son exécution, était en elle-même du pain béni pour des auteurs. Julien Dumond révèle d’ailleurs à 20 Minutes que François Vignolle et lui s’en sont emparés « peu de temps après les faits, que nous avions traités pour nos médias respectifs. L’idée est de François et elle m’a immédiatement emballé, car l’affaire dépasse le fait divers et les protagonistes sont éminemment graphiques. La BD se prêtait donc parfaitement au récit de cette histoire hors du commun ! »

Le gros atout des scénaristes, c’est qu’ils sont journalistes. Ils n’ont donc eu aucune difficulté à se documenter et à croiser les témoignages pour coller au vrai déroulé des faits : « Nous avons pu prendre connaissance de l’intégralité de l’enquête policière pour la retracer au plus près dans la bande dessinée, avec plusieurs détails inédits, précise Julien Dumond. Mais nous avons aussi rencontré plusieurs acteurs du dossier pour obtenir "la chair et l’ambiance" qui n’apparaissent pas forcément dans des rapports de police. »

Un travail d’investigation très poussé

Le dessinateur Grégory Mardon a également tiré profit du très riche dossier compilé par Julien Dumond et François Vignolle : « ils m’ont servi toute cette documentation fournie et dense sur un plateau. C’était nouveau pour moi et ça m’a beaucoup aidé à retranscrire de manière réaliste l’univers des enquêteurs comme celui des braqueurs. Mon travail a été d’en faire une synthèse et d’en tirer l’essentiel. De plus, j’ai eu l’occasion de visiter le mythique 36 quai des orfèvres sur l’île de la cité avant qu’il ne déménage pour rencontrer les enquêteurs ! »

Rassurons les lecteurs et lectrices fans de « Kim K » que n’intéresserait que sa présence dans la BD : la reine d’Instagram et de Twitter est « suivie » des toutes premières à la dernière planche. Mais pas seulement elle : les braqueurs, puis les enquêteurs de police deviennent aussi, tour à tour et au gré de l’importance du rôle qu’ils jouent dans l’affaire, des personnages centraux du récit.

On ressent, du coup, de l’empathie pour toutes les parties, ce dont Julien Dumond se réjouit : « Nous ne voulions pas faire de Kim Kardashian l’héroïne de la BD. Mais il était hors de question de la moquer car dans cette affaire, même si certains en ont douté dans les premières heures, c’est une vraie victime avec ses profonds traumatismes. Elle a quand même été sortie du lit par des inconnus cagoulés qui lui ont mis une arme sous le nez ! »

Des braqueurs « Pieds Nickelés »

Les braqueurs, eux, présentent « un côté Pieds Nickelés, ils ne connaissaient pas tous Kim Kardashian, l’un d’eux chute à vélo en prenant la fuite et, confrontés aux preuves réunies par les policiers, plusieurs d’entre eux accepteront de témoigner pour sauver leurs proches également soupçonnés par les policiers… Derrière les a priori sur les "braqueurs", il y a des histoires humaines qui nous intéressaient également, souligne Julien Dumond. Les policiers, eux, ont su assez habilement jongler entre ces deux mondes pour parvenir à leur fin : élucider l’affaire, même s’ils n’ont pas retrouvé les bijoux ! »

Un fait divers qui révèle « les paradoxes de la société »

Finalement, en confrontant une personnalité des réseaux sociaux et des malfrats « old school », ce récit dessiné dit beaucoup de la société dans laquelle nous vivons désormais : « C’est celle de la rapidité, de la transparence, de ses vérités éphémères. Un monde médiatique qui s’emballe, le politique qui n’arrive pas à ne pas s’en mêler… », déplore Julien Dumond.

Pour Grégory Mardon, « c’est la disparition d’un monde et l’avènement d’un autre, c’est la société spectacle qui s’emballe toujours plus en quête de sensations et d’informations. C’est aussi le petit grain de sable inattendu qui révèle les paradoxes de notre société occidentale, et de l’écart toujours plus grand entre riches et pauvres. »

S’il peut s’apparenter à une enquête journalistique, cet album, qui dévoile beaucoup – y compris des détails pas ou peu connus – du braquage, ne risque-t-il pas de tomber sous le coup de la loi (l’affaire n’ayant toujours pas été jugée) ? Julien Dumond assure que son coscénariste et lui ont pris les précautions d’usage : « Kim Kardashian a fait de sa vie privée un business et le vol et la séquestration dont elle a été victime ont été largement médiatisés. Et puis, notre bande dessinée est une œuvre artistique mais aussi une enquête journalistique sérieuse ! Mais parce que l’affaire n’a pas encore été jugée, nous avons décidé "d’anonymiser" les suspects afin de respecter leur présomption d’innocence, même si ceux que nous incarnons principalement ont reconnu les faits… »

« Les bijoux de la Kardashian », de Julien Dumond, François Vignolle & Grégory Mardon - éditions Glénat - 15 euros