Le streaming représente plus de la moitié des ventes de musique en France

MUSIQUE « Le streaming, et surtout le streaming payant, permet depuis trois ans, de compenser la baisse du marché physique », explique le Snep, principal syndicat des producteurs

20 Minutes avec AFP

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A  l'ère du streaming, les artistes appellent à une répartition plus juste des revenus entre artistes et producteurs de musique.
A l'ère du streaming, les artistes appellent à une répartition plus juste des revenus entre artistes et producteurs de musique. — Pixabay

Le marché de la musique peut dire merci au streaming, grâce à lui, il a retrouvé la croissance, et en 2018, il a représenté plus de la moitié de ses revenus. Une première. D’après les chiffres publiés jeudi par le Snep, principal syndicat des producteurs, le marché de la musique enregistrée en France a connu l’an passé une croissance de 1,8 %, inférieure à celles de 2016 (+5,4 %) et 2017 (+3,9 %).

Merci Johnny

Les ventes physiques et numériques ne représentent encore que 40 % du chiffre d’affaires de 2002 (1,4 milliard d’euros), mais le secteur confirme sa reprise pour la troisième année consécutive. « Ce nouvel usage de consommation, le streaming, et surtout le streaming payant, permet enfin, depuis trois ans, de compenser la baisse du marché physique, qui est constante mais pas affolante », a déclaré Olivier Nusse, président du Snep et PDG d’Universal Music France.

Malgré l’engouement grandissant pour le vinyle, dont les ventes ont quintuplé en cinq ans (3,9 millions de disques écoulés en 2018), les ventes physiques ont baissé de 15 %. Outre la transformation structurelle du marché, elles ont été affectées par les manifestations des « gilets jaunes » en fin d’année, la période habituellement faste pour les ventes de CD. Les ventes historiques (1,4 million d’exemplaires) de l’album posthume de Johnny Hallyday, cinquième meilleure vente mondiale d'albums, n’ont pas enrayé la tendance, mais « sans Johnny, le marché physique aurait baissé de 5 % de plus », précise Olivier Nusse.

Les idoles des jeunes

Dans le top 10, derrière « l’idole des jeunes » des années 1960, suivent les idoles des jeunes d'aujourd'hui, sont Maître Gims, Dadju, Orelsan, Damso, Kendji Girac, Soprano, Eddy de Pretto, ainsi que deux poids lourds historiques, Les Enfoirés et Mylène Farmer. Au total ce sont 19 artistes produits en France qui occupent les 20 premières places du classement album. Une vitalité qui s’exporte bien à l’international et concerne tous les genres musicaux : électro (David Guetta, Major Lazer, Carpenter Brut), pop (Jain, Zaz, Louane, Christine & the Queens), musiques urbaines (Aya Nakamura, Niska), rap (MHD, Nekfeu, Damso, Booba), jazz (Gregory Porter, Melody Gardot).

La France compte 5,5 millions d’abonnés payants

Portées essentiellement par le streaming, qui bondit de 26 %, les ventes numériques augmentent de 19 %, tandis que les revenus des téléchargements ou de la téléphonie mobile baissent d’environ 20 %. Les abonnements à des plateformes de streaming, comme Spotify​, Deezer ou Apple Music, représentent plus de 80 % du chiffre d’affaires du streaming. La France compte désormais 5,5 millions d’abonnés payants.

« Il y a une marge de progression, avec une population de 67 millions d’habitants, note Olivier Nusse. Je suis optimiste, même si je ne vois pas de campagnes massives en faveur de l’abonnement. J’aimerais que ce soit plus le cas. » Le reste des revenus du streaming provient des publicités adossées au streaming audio ou vidéo gratuit, sur YouTube par exemple. Ils sont en hausse de près de 40 % sur un an, mais l’industrie n’en récupère qu’une petite partie. « Le streaming vidéo représente plus de la moitié du temps consacré au streaming musical en France, mais ne compte que pour 11 % des revenus du streaming », dénonce le Snep.

Les producteurs et artistes ont baptisé ce phénomène « value gap » : « c’est ce gouffre entre la valeur que ces plateformes retirent de la musique et ce qu’elles payent aux créateurs », selon les mots de l’ex-Beatle Paul McCartney, dans une lettre ouverte adressée au Parlement européen le 3 juillet dernier. Le Snep espère donc que la directive sur le droit d’auteur, qui sera examinée au Parlement européen à la fin du mois, permettra un rééquilibrage.