«Les Pestiférés»: Avant de mourir, Marcel Pagnol avait raconté la fin de l’histoire à son fils, elle sort aujourd’hui en BD

BANDE-DESSINÉE Nicolas Pagnol a confié aux scénaristes les notes de son père, qui révèlent une fin surprenante, au parti pris sombre et politique.

Caroline Delabroy

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Un récit inachevé de Marcel Pagnol trouve sa fin en BD. — S. Wambre/Grand Angle
Un récit inachevé de Marcel Pagnol trouve sa fin en BD. — S. Wambre/Grand Angle — S. Wambre/Grand Angle
  • Récit posthume de Marcel Pagnol, Les Pestiférés a été retrouvé dans ses tiroirs après sa mort, et publié inachevé dans le dernier tome de ses Souvenirs d’enfance.
  • Grand Angle publie une BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Samuel Wambre qui raconte pour la première fois la fin, celle que l’auteur avait racontée à son fils.
  • L’histoire raconte comment un quartier de Marseille s’organise pour survivre à la grande peste qui frappe la ville en 1720.

Des producteurs de cinéma l’avaient d’abord contacté, mais ils voulaient une fin heureuse. « Cela a été non », raconte sans sourciller Nicolas Pagnol, le petit-fils de l’auteur de la fameuse trilogie marseillaise mais aussi des Pestiférés. Ce récit inachevé vient de trouver une adaptation en bande dessinée (et une fin donc, assez sombre, pour ne pas dire très noire). Il nous plonge avec réalisme dans un Marseille hanté par la grande  peste, et bientôt dans une petite communauté qui se bat, ensemble, pour survivre coûte que coûte. Marcel Pagnol n’avait pas eu le temps de le terminer, mais il avait raconté la fin de l’histoire à son fils.

C’est ainsi dans une version inachevée que le texte paraît dans le dernier tome des Souvenirs d’enfance, paru après la mort de l’écrivain. Il détonne du reste de l’ouvrage, plus autobiographique. « C’est un Pagnol historien, qui va inventer une petite histoire pour parler de la grande histoire, relève Nicolas Pagnol. Pour la première fois, il va mettre une touche politique. Il invente une communauté qui survit à la peste grâce à la fraternité. Tous ceux qui vivent dans l’individualisme meurent. »

La fin écrite sur une feuille A4

L’histoire émeut Samuel Wambre qui se souvient, enfant, être parti tous les étés avec ce livre offert par sa grand-mère. « J’adore l’histoire simple de ce petit garçon dans les collines, ça me parlait », dit le dessinateur, originaire de Lille. Le récit un peu à part des Pestiférés le touche plus particulièrement, jusqu’à être allé dans les collines près d’Aubagne voir la grotte des pestiférés, qui existe vraiment, et où le récit de Marcel Pagnol s’arrête. Après une dizaine d’années dans le dessin animé, Samuel Wambre cherche un premier projet de BD. Et repense au livre avec lequel il a grandi. Il entre alors en contact avec Nicolas Pagnol, qui lui donne vite un accord de principe.

« Je suis parti à la recherche de la fin des Pestiférés quand Samuel est venu me voir, poursuit Nicolas Pagnol. Mon père me l’avait écrite sur une feuille A4 que j’ai pu transmettre aux scénaristes pour reconstituer l’intégralité du récit. » La BD s’inscrit dans une collection Marcel Pagnol. Comme pour les autres adaptations, Serge Scotto et Eric Stoeffel n’ont, selon le petit-fils, « pas rajouté un mot ». « C’est 100 % le texte de Pagnol, et lorsqu’on reprend les morts de mon père pour la fin des Pestiférés, le récit passe en voix off », explique-t-il.

« J’avais toujours considéré que c’était une fin ouverte, que la communauté était accueillie à Allauch et était sauvée », s’amuse Samuel Wambre, qui a dû noircir son trait sur les dernières pages. Sans spoiler ladite fin, on dira juste qu’elle pourra surprendre les lecteurs de Marcel Pagnol, ce que conteste toutefois son petit-fils : « Pagnol n’a jamais été léger, Pagnol a un ton léger mais ses histoires ne le sont absolument pas », s’emporte-t-il. Plus encore, Samuel Wambre pointe l’extrême actualité du propos : « Tout se passe dans un quartier de Marseille qui forme une petite communauté et, à la manière d’une ZAD, condamne le système de l’époque, la religion, l’argent ». Toute ressemblance avec des faits réels est, selon la formule consacrée, fortuite.

Les Pestiférés, de Serge Scotto, Eric Stoffel et Samuel Wambre, éditions Grand Angle ; 134 pages, 19,90€.