Arnaud Rebotini: «Je suis un punk à costard»

Interview Un an après son César pour la bande originale du film «120 Battements par minute», l’artiste entame une tournée avec son nouveau groupe, le Don Van Club, et donnera un concert solo le 20 avril lors du festival Inasound à Paris

Propos recueillis par Emilie Cochaud

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Arnaud Rebotini.
Arnaud Rebotini. — Q. Caffier
  • Arnaud Rebotini sera sur la scène du palais Brongniart à Paris, le 20 avril, lors du festival Inasound dont «20 Minutes» est partenaire.
  • Le musicien lance également sa tournée «120 Battements par minute» avec son nouveau groupe, le Don Van Club.
  • Il avait obtenu le César de la meilleure musique pour la bande originale du film «120 Battements par minute».

Un an après son César pour la bande originale du film 120 Battements par minute, Arnaud Rebotini a le cœur qui palpite toujours aussi vite. Loin de se reposer sur ses lauriers, il joue les stakhanovistes et enchaîne les concerts. Le 20 avril à Paris, il électrisera la scène du palais Brongniart lors du festival des cultures électroniques Inasound, dont 20 Minutes est partenaire.

Arnaud Rebotini dans son atelier de travail.

Entre deux « lives solo », il lance aussi sa tournée 120 Battements par minute avec son nouveau groupe, le Don Van Club. Pour en parler, le géant de l’électro nous reçoit dans un appartement du 18e arrondissement, au-dessus de son studio d’enregistrement. Il n’est que 9 h 30, mais la moustache est déjà alerte, le costume ajusté, et la banane, impeccablement bombée. « A la gomina, achetée sur des sites de rockabilly », précise-t-il. Arnaud Rebotini frôle les deux mètres et impressionne. Une force tranquille, tout en retenue, qui cache une énergie impressionnante sur scène. Rencontre avec le plus rock des musiciens électro.

Vous passez votre vie sur scène en ce moment. C’est quoi une performance d’Arnaud Rebotini ?

C’est d’abord un personnage. J’ai un physique particulier, qui se détache du cliché qu’on peut avoir du producteur électronique. Et quand je fais mon live solo, je suis entouré de mes machines. Des installations avec des vieux synthés et des câbles qui tombent de partout… C’est assez anarchique. Il y a une énergie importante qui se dégage de tout ça. Mais en ce moment, je travaille surtout sur la tournée autour de la bande son de 120 Battements par minute. Je serai au synthé avec sept autres musiciens sur scène : violon, violoncelle, flûte, clarinette, harpe, percussions et piano.

Vous en aviez assez d’être seul sur scène ?

Après 120 Battements par minute et les récompenses du film, je ne pouvais pas me contenter de faire des DJ sets. Je n’avais pas envie de faire une tournée « boîte de nuit » avec cette musique-là. Je voulais retrouver ce mélange de musique acoustique et de musique électronique, à l’image du travail que j’ai fait avec Robin Campillo sur les films Eastern Boys et 120 Battements par minute. Et puis c’est vrai que se retrouver en groupe, jouer un peu plus tôt dans la soirée, en mode concert, c’est quelque chose qui me plaît.

D’où vient cette idée de réunir électro et instruments acoustiques ?

J’avais entamé ce processus sur mon premier album en 2000, sous le pseudo de Zend Avesta. Un disque qui n’était pas du tout « club », avec une esthétique à la Debussy ou à la Ravel. C’est Robin Campillo qui m’a redonné envie de composer pour des instruments acoustiques. J’ai vu que ça plaisait encore.

D’ailleurs, après la tournée 120 Battements par minute, il y aura un album à la fin de l’année prochaine ou début 2020. Ce sera un mélange entre Zend Avesta et mes BO pour Robin Campillo. Et comme je vais aussi chanter, cela rappellera mon ancien groupe Black Strobe [fondé avec Ivan Smagghe dans les années 1990].

Sur scène, vous proposez un vrai spectacle. Ne pas se planquer derrière son ordinateur, rester sur de l’analogique, c’est important pour vous ?

J’aime la musique des années 1960-1970 où les groupes ne pouvaient pas tricher à l’époque. La production était assez pure, on avait peu d’effets. Je crois que j’ai envie de retrouver ça d’une certaine manière. Ça me plaît d’avoir cette liberté, de pouvoir improviser avec mes morceaux sur scène pour jouer avec le public. Pour la tournée de 120 Battements par minute, c’est différent, il y a des partitions, tout est écrit. Mais je me suis quand même octroyé quelques petits passages solo !

Vous trouvez que l’électro ne fait pas assez le show ?

Ça dépend. Il y en a qui en font des caisses en tapant dans les mains et en haranguant le public avec ce côté DJ animateur. Et il y en a d’autres qui jouent la retenue. Moi j’ai ce truc un peu rock’n’roll qui ressort assez vite quand je suis sur scène !

Vous dites parfois que vous ne voulez pas monter sur scène en t-shirt.

Après le grunge, les gens ont cru que les mecs de ces groupes s’habillaient de la même façon, à la scène comme à la ville. Mais pas du tout ! Tout ça était très étudié. Le jean, le t-shirt et la chemise à carreaux… Pour eux c’était aussi un vrai costume de scène. Mais les gens n’ont pas compris… Ce que je trouve génial, c’est le look à la Nick Cave. C’est ça mon style, je suis un punk à costard !

Vous avez reçu votre César il y a exactement un an. Vous en tirez quoi comme bilan ?

Ben… Je suis passé à la télé, donc j’ai gagné en notoriété. Donc voilà, principalement ça [il rit]. C’est plus une consécration au niveau personnel.

Le public va découvrir votre quatrième bande originale avec le film « Curiosa » en salles le 3 avril. Pourquoi le cinéma vous aime tant ?

J’essaye de proposer d’autres instrumentations, une autre vision. Il y a des choses que j’entends dans les BO que je ne veux pas faire. Dans le fond, je crois qu’on vient me chercher pour le côté atypique. Par contre, je ne voudrais pas être le compositeur électro de service. Je n’ai pas envie qu’on me réduise à ça !