Arrêtez de rêver, vous ne serez pas moins seul avec la technologie de demain (au contraire)

FUTUR PROCHE La technologie nous aidera-t-elle à trouver l’âme sœur comme dans la nouvelle série Netflix, « Osmosis » ? Probablement pas malheureusement…

Laure Beaudonnet

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Agathe Bonitzer dans «Osmosis», la nouvelle série de Netflix.
Agathe Bonitzer dans «Osmosis», la nouvelle série de Netflix. — NETFLIX
  • La nouvelle série française, Osmosis, est diffusée ce vendredi sur Netflix.
  • Dans cette fiction d’anticipation, une start-up met au point une technologie infaillible capable de trouver l’âme sœur de son utilisateur.
  • En réalité, les applis de dating du futur pourraient avoir l’effet inverse. A force de faciliter la rencontre, elles ne sont plus capables d’aider à trouver l’amour.

Le nombre de divorces et de ruptures prouve bien qu’en matière de sentiments, il vaudrait peut-être mieux se fier à la science qu’à notre instinct. C’est d’ailleurs un peu le postulat d’Osmosis. La nouvelle série française signée Netflix, diffusée ce vendredi, imagine un futur où l’intelligence artificielle, à l’aide de micro-robots implantés dans le cerveau, trouvera notre âme sœur d’un claquement de doigt. Plus besoin de flipper à l’idée de finir nos vieux jours seul devant la télé à mater Bridget Jones pour grappiller un peu de chaleur humaine.

S’il reste quelques progrès à faire en matière d’algorithmes et d’interfaces homme-machine, le pitch de la série portée par Hugo Becker ne paraît pas si loin de notre réalité sauf qu’à l’avenir, il pourrait se produire exactement l’inverse (gardez Bridget au chaud, il pourrait quand même vous servir).

Des relations rapidement sexuelles et de courte durée

La technologie redouble d’ingéniosité pour créer la rencontre : géolocalisation, probabilités de compatibilité, intelligence artificielle et, plus récemment, réalité virtuelle. Mais pour quel résultat ? Les sites et applis de dating ont un rôle important à jouer dans la formation des couples, en particulier pour les deuxièmes unions. « Un peu moins de 9 % des couples se sont formés via ces services », note Marie Bergström, chercheuse à l’Ined et autrice du livre Les nouvelles lois de l’amour (La Découverte). Les sites de dating se placent en cinquième position des lieux de rencontres en France.

« La technologie a permis une accélération des rencontres et une accélération de la mise en couple », reprend la sociologue. Les choses vont beaucoup plus vite, et ce n’est pas lié à Internet. Les gens qui se rencontrent sur les réseaux sociaux, par exemple, prennent plus de temps pour engager un rapport intime. « Le fait d’avoir recours à des services spécialisés accélère le processus d’entrée en relation », explique Marie Bergström avant de mettre au jour une double tendance. « Ce sont des relations qui deviennent rapidement sexuelles et qui sont souvent de courte durée ». Normal, il y a une explicitation des intentions : on sait pourquoi on est là.

Dans le futur, « la rencontre sentimentale, sexuelle et amoureuse sera de plus en plus assistée par des applis, des logiciels », pointe Pascal Lardellier, sociologue spécialiste de la rencontre et auteur du livre Les réseaux du cœur (François Bourin Editeur). Sera-t-on pour autant moins seul ? Rien n’est moins sûr. « Dans une société peuplée d’individualistes connectés, toutes ces fonctionnalités ne font pas baisser le nombre de célibataires », ajoute-t-il. Et, selon Vincent Mangematin, doyen de Kedge et auteur du livre Les business models du célibat (Temporis éditions) : « Plus on va aller vers de la rencontre et moins elle va être amoureuse. L’amour se forge dans le temps et la difficulté de la rencontre ». La technologie a éliminé les ingrédients principaux au sentiment amoureux : les obstacles et le temps.

Retour à la bonne vieille drague

« Les applications sont un facilitant et un fluidifiant. Sur les applis géolocalisées grâce auxquelles on se rencontre très vite, les relations ne sont pas amenées à se développer ni à s’inscrire dans le temps », observe Vincent Mangematin. Et, comme les rencontres en lignes se déroulent à l’extérieur du cercle de sociabilité, elles ne portent pas à conséquence. On prend moins de risque que dans le milieu du travail, par exemple. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le ghosting (faire le mort quand on veut mettre un terme à la relation) est né à l’ère de ces applis car on n’a pas à répondre de nos actes.

« Ces technologies ont ouvert à l’infini des possibilités de rencontre, mais elles ont désenchanté l’idéal romantique et elles ont mis au jour de nouvelles pratiques sentimentales et sexuelles », conclut Pascal Lardellier. Une drague plus pragmatique où le polygaming -l’art « d’avoir délibérément plusieurs partenaires sentimentalo-sexuels »- est roi. A croire que les applis de rencontre se sont perdues en chemin. Au lieu de trouver l’âme sœur, le candidat à l’amour finit avec une collection de conquêtes sexuelles dont il ne sait que faire.

« Récemment, on a vu la plupart des sites et applications de rencontre passer à la création d’événements dans les villes pour permettre aux gens de se rencontrer », note Vincent Mangematin. « Organiser des soirées dans la vraie vie devient un argument de vente », confirme Pascal Lardellier. Une sorte de speed dating organisé autour d’une soirée cuisine ou d’un week-end. « Plus la rencontre se technicise, plus les gens ressentent le besoin de se rencontrer IRL [in real life] », conclut-il. La tendance du futur, c’est peut-être finalement le retour à la bonne vieille drague. Pour l’amour avec un grand A, le futur nous le dira (ou pas).