Une BD qui dépeint Jésus-Christ en karatéka pop crée une polémique

COMICS Une bande dessinée américaine mettant en scène Jésus en superhéros adepte du kung-fu suscite une levée de boucliers aux États-Unis

Olivier Mimran

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la couverture de Jesusfreak (à gauche) et la figurine du héros de la pop culture Buddy Jesus
la couverture de Jesusfreak (à gauche) et la figurine du héros de la pop culture Buddy Jesus — © CASEY, MARRA & IMAGE COMICS 2019
  • Un comics ayant pour héros un Jésus adepte du Kung-Fu sortira bientôt aux États-Unis.
  • La chaîne américaine Fox TV dénonce une œuvre qu’elle apparente à du blasphème.
  • Les auteurs de la BD se défendent d’avoir voulu choquer qui que ce soit.

Le Christ inspire décidément les créateurs de comics américains puisque quelques jours après Second Coming, dont l’un des héros était Jésus en personne, c’est Jesusfreak qui est annoncé… et qui, à son tour, défraie la chronique. Pourquoi ? Parce que cette BD met en scène un Messie devenu une sorte de Bruce Lee sous LSD. Du coup, cet ovni graphique s’est immédiatement pris une volée de bois vert par la chaîne Fox (qui avait déjà tellement éreinté Second Coming que son éditeur avait renoncé à le publier).

Il est vrai que le récit proposé par le scénariste Joe Casey et le dessinateur Benjamin Marra prend tout de même de grandes libertés avec le mythe messianique. Faire de Jésus un maître du kung-fu dégommant - dans un ballet relativement gore - des troupes romaines, c’est évidemment prendre le risque de se faire vilipender par tout ce que l’Amérique compte d’intégristes chrétiens… et il est difficile de croire que les auteurs de Jesusfreak n’en aient pas eu conscience dès leur processus de création…

Un coup de projecteur bienvenu ?

On peut justement se poser la question des intentions des créateurs de Jesusfreak : n’ont-ils pas décidé d’exploiter une figure clivante uniquement pour s’assurer que leur œuvre « fasse le buzz » ? Si Benjamin Marra et Joe Casey s’en défendent, il faut quand même savoir que ce dernier est connu pour avoir à maintes reprises déconstruit ou réinterprété les codes du genre superhéroïque. Il a, par exemple, publié voilà quelques années une parodie un peu glauque de Batman « sobrement » intitulée Sex.

Donc sans être un provocateur compulsif, ce vétéran des comics apprécie manifestement que ses récits puissent être perçus comme « dérangeants ». Tout comme le dessinateur Benjamin Marra, d’ailleurs, dont le trait volontairement underground est un pied de nez à l’uniformisation artistique des grands studios (Marvel et DC Comics).

Des cris d’orfraie en « direct live »

Toujours est-il que lors d’une émission diffusée 6 mars dernier, la Fox a fustigé ce comics « qui présente Jésus comme un assassin hyperviolent » et David Brody, l’un de ses intervenants, a déploré le fait que ses créateurs aient produit « une version « heureusement fictionnelle » mais très sanglante de la vie du Christ, alors que dans la réalité, c’est lui qui a perdu du sang sur la croix pour nous tous ».

Des propos qui n’engagent évidemment que ceux qui les ont prononcés… lesquels, Fox en tête, étaient pourtant jadis les premiers à dénoncer les troubles ayant suivi les caricatures du prophète. Comme quoi, chacun voit midi à sa porte (même si fustiger n’est pas menacer de mort).

On ignore, pour l’heure, quelles seront les conséquences de ce regain d’ultrapuritanisme. Contrairement à Second Coming, en tout cas, Superfreak n’est pas « lâché » par son éditeur, Image Comics, qui s’est engagé à publier le 20 mars prochain, contre vents et marées, cet opuscule de soixante-quatre pages qui n’a pas fini… de traîner sa croix. À noter qu’aucune version française n’est, pour l’heure, annoncée.