«Stranger Things», «Dix pour cent», «Riverdale»: Les séries font-elles lire?

LITTERATURE Le livre « Stranger Things, Suspicious Minds », préquel de la série de Netflix est sorti en librairies jeudi…

Laure Beaudonnet

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L'affiche de la saison 2 de Stranger Things
L'affiche de la saison 2 de Stranger Things — Netflix
  • De plus en plus de romans s’inspirent de séries à succès.
  • Avant Stranger Things, dont l’adaptation en livre a été publiée jeudi, d’autres séries ont inspiré des livres : Dix pour cent, Un village français, Riverdale
  • Si décliner des films se fait depuis longtemps à Hollywood et chez Disney, c’est plus inédit dans le monde des séries.

Du binge watching au binge reading ? Les éditeurs aimeraient bien, surtout quand on voit le nombre de livres directement inspirés de séries télévisées à succès. Stranger Things, Suspicious Minds écrit par Gwenda Bond est paru jeudi chez Lumen. Et l’éditeur a mis le paquet. « Aux États-Unis, le premier tirage frisait les 100.000 exemplaires, indique Cécile Pournin, la directrice éditoriale et fondatrice du label Lumen. Quant à la France, nous l’avons tiré à 60.000 exemplaires ».

Sur le même principe, le roman de la série déjà culte Dix pour cent sur l’agence de stars A.S.K a été publié en septembre. Au mois de janvier, Riverdale,The Day Before est paru chez Hachette, mais, dans le cas de la série Netflix c’est l’œuf ou la poule. Elle était elle-même inspirée des personnages de l’éditeur Archie Comics, créés en 1941 dans les pages du magazine américain Pep Comics. Si en France la tendance semble se confirmer, aux Etats-Unis et au Japon, décliner les œuvres sur tous les supports est monnaie courante. « Disney le fait depuis soixante-dix ans et le cinéma hollywoodien s’en est toujours servi, mais là ce qui est nouveau c’est que ça arrive sur les séries », pointe Vincy Thomas rédacteur en chef adjoint digital chez Livres Hebdo.

Un préquel à la série

« La tendance se développe surtout en jeunesse, observe de son côté Marianne Brechet, chef de produit jeunesse à la Fnac qui précise qu’un très gros dispositif a été prévu dans les librairies de la chaîne pour accompagner la sortie du préquel de Stranger Things. Ce genre d’opérations marchent bien chez les jeunes lecteurs. La Reine des neiges a été un carton au cinéma et en librairie. Mais la règle ne se confirme pas chez les adultes. Le roman tiré de Dix pour cent, par exemple, ne fait pas de très grosses ventes.

Dans le cas de Stranger Things, les chiffres ne sont pas encore disponibles outre-Atlantique – il est sorti le 5 février aux Etats-Unis- mais l’ouvrage s’est rapidement hissé à la 11e place. « Avec Stranger Things ou Riverdale, on touche une cible qui peut être séduite, mais il faut que ce soit bien fait, explique Vincy Thomas. Vont-ils faire la même chose avec des séries qui ciblent plus large comme la Casa de papel et Sex Education ? On n’y est pas encore ». Mais l’idée, c’est d’attirer de nouveaux lecteurs, ceux qui ne lisent pas, ou peu.

Faire lire les young adults

« Les éditeurs s’adressent aux young adults car c’est un segment en croissance, c’est eux qu’on voudrait faire lire, poursuit le spécialiste des adaptations chez Livres Hebdo. C’est intelligent de leur part. » En déclinant sur plusieurs supports, l’idée est de créer une marque comme l’a toujours fait Disney ou comme on peut le voir pour Paddington. Prochain exemple à suivre : le film Dumbo revisité par Tim Burton aura aussi son pendant en livre (Hachette Livres) à la fin du mois de mars.

« Dans le cas de Stranger Things, Suspicious Minds, l’ouvrage est complémentaire du show des frères Duffer : c’est un préquel qui lève le voile sur des éléments d’intrigue qui ne seront disponibles qu’en roman, reprend la directrice éditoriale Cécile Pournin. Le livre ne fait pas doublon avec ce que les spectateurs ont déjà vu à la télévision ». Le succès public se double-t-il d’un succès critique ? On ne le saura jamais.

Aussi qualitatives ces œuvres soient-elles, elles sont en dehors des radars de la presse. Avez-vous entendu parler du roman inspiré d'Une affaire de famille, l’œuvre signée Hirokazu Kore-eda, palme d’or du festival de Cannes ? Nous non plus…