Eurovision 2019: De l'Ukraine à l'Islande, ça polémique de partout

MUSIQUE Ce mercredi, le retrait de l'Ukraine de l'Eurovision 2019 a été annoncé... Une polémique qui s'ajoute à plusieurs autres survenues ces dernières semaines

Fabien Randanne

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La chanteuse Maruv ne représentera finalement pas son pays, l'Ukraine, à l'Eurovision 2019.
La chanteuse Maruv ne représentera finalement pas son pays, l'Ukraine, à l'Eurovision 2019. — Vladimir Donsov/AP/SIPA
  • La finale de l’Eurovision aura lieu le 18 mai 2019 à Tel Aviv (Israël).
  • A un peu plus de deux mois de l’événement, des polémiques ont déjà surgi dans plusieurs pays comme l’Ukraine, l’Italie ou la France.
  • Si le groupe Hatari est désigné pour représenter l’Islande à l’Eurovision, un nouveau couac diplomatique pourrait s’ajouter à la liste.

« Eurodrama » : nom masculin – et néologisme - désignant une polémique liée à l’Eurovision. Généralement, le terme concerne des faits purement anecdotiques telles que des chamailleries entre artistes ou des questions vestimentaires… Le cru 2019 s’annonce riche en « Eurodramas » sérieux, où la politique et la diplomatie s’invitent entre deux couplets. A un peu plus de deux mois de la finale qui se déroulera en mai à Tel-Aviv (Israël), voici les exemples les plus marquants que l’on a déjà récoltés…

  • L’Ukraine se retire (après s’être tiré une balle dans le pied)

Le feuilleton a commencé ce week-end et s’est achevé mercredi. L’Ukraine ne participera pas à l'Eurovision. Maruv a remporté samedi la finale de la sélection ukrainienne pour l’Eurovision. Les téléspectateurs l’ont plébiscité, mais du côté de la chaîne UA : PBC qui devait diffuser le concours, sa victoire avait été accueillie par une soupe à la grimace.

Non parce qu’elle n’appréciait pas sa chanson à la chorégraphie très distinguée, mais parce que la jeune femme, star dans son pays, est aussi très populaire en Russie, le pays voisin et ennemi. Le contrat que la télévision publique ukrainienne a soumis à Maruv contenait des clauses strictes : la chanteuse devait annuler ses concerts prévus prochainement au pays de Poutine, avait interdiction de répondre aux médias sans l’aval d’UA : PBC et devait renoncer à toute improvisation sur scène. Des exigences habituelles pour tout représentant ukrainien à l’Eurovision, assure la chaîne. Mais l’artiste, elle, a refusé et dit adieu à la compétition. « Je ne suis pas prête à me produire avec des slogans, faisant de mon spectacle au concours une promotion de nos politiciens. Je suis une musicienne, pas un outil dans le jeu politique », a-t-elle expliqué sur Instagram.

La chaîne a proposé au trio Freedom Jazz, arrivé deuxième de la sélection nationale, de représenter l’Ukraine au concours de chansons. Le trio a refusé. Le ticket pour Tel-Aviv a ensuite été proposé au groupe Kazka, classé troisième… Le groupe a décliné l’offre. Il devait en être de même pour les suivants, les groupes Yuko (venu… de Russie !), Brunette Shoot Blondes (qui avait déjà fait savoir qu’il ne comptait pas y aller) et Anna Maria. Sélectionner des candidats pour ensuite refuser leur participation semble absurde. Dans le cas ukrainien, cela s’explique par le fait que c’est la chaîne privée STB qui organise la sélection, et que la chaîne publique UA : PBC prend le relais pour l’Eurovision. Comme si, chez nous, M6 s’occupait de Destination Eurovision avant de laisser France 2 se débrouiller avec le candidat gagnant.

« Il se peut que personne ne représente l’Ukraine à l’Eurovision, avait prophétisé Oleksandra Koltsova, membre du conseil d’administration d’UA : PBC. Nous sommes confrontés à une crise à laquelle il n’y a pas de réponse définitive ou correcte. La société est divisée. » L’édition 2019 se fera donc finalement sans pays organisateur de l’édition 2017.

 

  • Les fausses notes populistes en Italie

A côté du drama ukrainien, la polémique italienne est une bluette. Nos voisins transalpins auront bien un candidat à Tel Aviv, en l’occurrence Mahmood qui a décroché son ticket pour l’Eurovision en remportant le mythique Festival de la chanson italienne de Sanremo début février. Sa victoire a elle aussi fait grincer des dents dans les hautes sphères du pouvoir. Matteo Salvini, vice-président du Conseil, s’est empressé de tweeter pour faire savoir que Mahmood n’était pas sa tasse de thé. Il aurait préféré l’un des autres finalistes : Ultimo. Ultimo était d’ailleurs arrivé en tête des votes des téléspectateurs en recueillant 46.50 % des suffrages, devant le trio Il Volo (39.40 %) et surtout loin devant Mahmood qui bénéficiait de seulement 14.10 % des voix. Ce sont les journalistes et le jury d’expert qui, en votant massivement pour Mahmood, lui ont permis de s’imposer. « Je remercie Sanremo parce que, cette année, il a fait prendre conscience à des millions d’Italiens de l’écart abyssal entre le peuple et l’« élite ». Entre l’identité des citoyens lambda et celle des bobos (« radical chic ») », a cinglé Luigi di Maio, le vice-président du Conseil des ministres entonnant lui aussi un refrain populiste.

Parce que sa chanson, Soldi, compte trois mots d’arabe et qu’il est né d’une mère italienne et d’un père égyptien, Mahmood n’a pas été non plus épargné par les couplets racistes. Ermal Meta, qui a représenté l’Italie à l’Eurovision l’an passé avec Fabrizio Mauro – ils avaient fini 5e – est intervenu. « A tous ceux qui disent que la victoire de Mahmood est politique : ne trempez pas ce qui est beau dans la merde. La musique n’a pas de passeports mais si vous voulez vraiment « vérifier », [il] a un passeport italien. Et même si ce n’est pas le cas, #QuiÇaEmmerde », a-t-il tweeté.

Le public, lui, semble s’être rallié à la cause du chanteur : Soldi est en tête des meilleures ventes de single, a été écouté plus de 18 millions de fois sur Spotify en trois semaines et le clip a cumulé plus de 32 millions de vues en moins d’un mois.

  • La polémique-fiction de la France

Et la France dans tout ça ? La semaine passée, des médias israéliens assuraient que France 2 menaçait de boycotter l’Eurovision 2019. En cause : la série israélienne Douze points appelée à être diffusée en mai et qui met en scène un chanteur français gay et d’origine maghrébine qui, tout en participant au concours de chansons, se retrouve mêlé malgré lui à un projet terroriste.

« Si on dépeint mon personnage comme "un terroriste qui se déguise en homosexuel pour faire exploser une bombe à l’Eurovision", je peux comprendre qu’il y ait de l’émotion (…) ou des craintes sur le sujet. Je pourrais comprendre que la France craigne l’amalgame entre Bilal Hassani et mon personnage dans la série », affirmait l’acteur Adel Djemai à 20 Minutes vendredi. Or, le projet a été lancé l’été dernier, bien avant que la candidature de Bilal Hassani soit officielle, et est à prendre au « cinquantième degré ». Mercredi, France Télévisions avait déjà désamorcé le drama : « Pas de fausse polémique. L’ensemble de la délégation française est au travail au côté de Bilal Hassani pour la finale à Tel Aviv du 18 mai, a assuré le groupe audiovisuel. Dans le cadre de ces échanges [réguliers] entre l’UER [Union européenne de radio-télévision, qui chapeaute l’Eurovision] et [la chaîne israélienne] KAN, le projet de fiction Douze Points, dont nous avons appris l’existence la semaine dernière, est évoqué. »

 

  • Le groupe islandais qui veut se battre contre Netanyahou

Pour la prochaine polémique bien costaude, il faut plutôt se tourner vers l’Islande qui désignera samedi son représentant pour l’Eurovision à l’issue de la finale du concours Söngvakeppnin.

Le groupe Hatari, grand favori, ferait assurément beaucoup parler de lui s’il l’emportait et moins pour sa chanson versant dans l’electronicore que pour ses prises de position explicites contre la politique de l’État hébreu. Les membres du groupe ont déclaré dans une interview que s'ils participaient au concours, ils en profiteraient pour s'exprimer sur ce que vivent les Palestiniens.

Les Hatari ont récemment proposé d’affronter Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, dans un combat de Glima, la lutte traditionnelle islandaise, le lendemain de la finale de l’Eurovision. S’ils gagnent, ils entendent créer une colonie BDSM (bondage, discipline, sadomasochisme) en Israël… S’ils perdent, ils lui livreraient les îles Vestmann pour qu’il en prenne le contrôle politique et économique… Les Islandais pourraient plébisciter cet esprit de provocation : une pétition pour que leur pays boycott l’Eurovision à Tel-Aviv avait recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures au printemps dernier.