VIDEO. Du harcèlement scolaire au succès sur les ondes, la «revanche sur la vie» de Clara Luciani

PORTRAIT Victime de harcèlement scolaire à l'école, Clara Luciani est désormais devenue une chanteuse à succès, auréolée d'une Victoire de la musique

Mathilde Ceilles

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Clara Luciani lors des Victoires de la musique en 2019
Clara Luciani lors des Victoires de la musique en 2019 — LAURENT VU/SIPA
  • La chanteuse Clara Luciani, qui a grandi tout près de Marseille, connaît un succès fulgurant grâce notamment à son tube La grenade.
  • Pour cette ancienne victime de harcèlement scolaire, qui cherche à percer dans la musique depuis sept ans, son histoire est un peu « le conte du vilain petit canard », version Pagnol.

De son propre aveu, l’histoire de Clara Luciani, c’est un peu « le conte du vilain petit canard », version Pagnol. Pour une fois, commençons par la fin du livre, quand le magnifique cygne prend son envol. Depuis quelques mois, la chanteuse, née à Martigues, et qui a grandi à Septème-les-Vallons, tout près de Marseille, se retrouve happée par le tourbillon du succès.

Sa chanson La grenade est devenu un tube diffusé sur les grandes radios françaises. Sur YouTube, le titre, issu de l’album Sainte-Victoire, en référence à la montagne aixoise, avoisine les 10 millions de vues. Un album né après une rupture par texto, afin de se prouver, comme le dit un titre, qu'« on ne meurt pas d’amour ». La jeune femme est même devenue tout récemment l’égérie d’une marque de sac à main haut de gamme.

« J’étais moquée tous les jours »

Difficile à croire que c’est la même personne qui se décrit comme une adolescente « tellement seule, tellement moche que personne ne s’intéressait à [elle] ». La jeune Clara Luciani a longtemps été victime dans son enfance de harcèlement scolaire, notamment en raison de son physique. « On peut dire que ce que je vis en ce moment, c’est une revanche sur la vie, confie-t-elle. J’étais moquée tous les jours, c’était terrible. A 11 ans, je mesurais déjà 1,76 mètre. C’était super dur pour moi. J’ai commencé à écrire des chansons à 11 ans, c’était mon refuge. La musique m’a beaucoup aidé. »

La vie d’artiste semblait un doux rêve inaccessible pour l’adolescente qui s’appliquait donc à être une bonne élève, « jusqu’au premier semestre en fac ». « Je viens d’une famille modeste, explique Clara Luciani. J’ai été élevée comme ça. On me disait : “Tu as de bonnes notes à l’école, ça va te permettre de gagner ta vie et d’être rapidement autonome”. On ne se permettait pas de rêver à tout ça. »

« Une fille du Sud »

A dix-neuf ans, Clara Luciani quitte sa Provence, bien décidée à conquérir Paris. « Mes parents avaient super-peur », se souvient-elle. La jeune fille enchaîne les petits boulots en attendant de connaître le succès. « J’ai tout fait, rigole-t-elle. J’ai été pizzaïolo, j’ai été prof d’anglais alors que je ne parle pas très bien la langue, j’ai été vendeuse chez Zara… Ça a été très long, à plein de moments, j’étais découragée. C’était un long combat de sept ans. »

Sept ans plus tard, le 13 mars exactement, Clara Luciani se produira à Marseille, devant un Espace Julien complet, avec le statut de chanteuse à succès, une Victoire de la musique sous le bras. Au début du mois de février, Clara Luciani, 26 ans, a en effet remporté ce prix dans la catégorie Révélation scène. Non sans émotion. « Dès le lendemain, j’ai pris un train pour Marseille, se souvient-elle. Je voulais partager cela avec mes parents, car c’est une victoire familiale. Ils m’ont toujours soutenu, ils y ont cru, et notamment quand moi-même je n’y croyais plus. »

La jeune femme, qui se définit comme « une fille du Sud qui ne s’est jamais faite à Paris », reste profondément attachée à ses terres marseillaises. « C’est mon pays, j’ai l’impression de rentrer à la maison, alors qu’en ce moment, avec la tournée, je suis tous les jours dans une ville différente, si bien que je ne sais plus où j’habite », confie celle qui affirme ne pas réaliser ce qui lui arrive.

« Quand tu vieillis, cette originalité-là n’est plus un fardeau »

Autre revers de la médaille : avec le succès, l’ancienne harcelée se découvre pléthores de nouveaux prétendus amis. « C’est fou ce qui se passe dès qu’on passe à la télévision, les gens se souviennent que vous existez, sourit-elle. Mais je ne suis pas dupe, et je sais que mes vrais amis, ceux qui seront toujours là, sont ceux qui l’étaient quand j’étais pizzaïolo. »

Car Clara Luciani n’oublie pas d’où elle vient et ni ce qu’elle a vécu. « A tous ceux qui sont victimes de harcèlement scolaire, j’ai envie de leur dire qu’on observe dans la vie un retournement de situation, une sorte de syndrome de l’arroseur arrosé. Si tu es moqué aujourd’hui, c’est qu’on te trouve original, différent, et les gens sont agressifs car ils ne savent pas comment réagir face à cette différence. Quand tu vieillis, cette originalité-là n’est plus un fardeau. Au contraire, il faut cultiver cette différence. » A bon entendeur…

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