Selfie, K-pop et chirurgie... La Corée du sud, un pays obsédé par la beauté

SOCIETE En Corée du sud, le gouvernement veut limiter l’influence des stars de K-pop « toutes identiques » sur une jeunesse toujours plus obsédée par l’apparence

Marion Sacuto

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Les participantes de l'émission de divertissement sud coréen «Produce 48», 2018
Les participantes de l'émission de divertissement sud coréen «Produce 48», 2018 — Yonhap News/NEWSCOM/SIPA

En Corée du sud où la beauté est un critère de réussite, le ministère de l’Egalité des genres a tenté de faire bouger les choses. Des directives ont été publiées la semaine dernière pour demander aux chaînes de divertissement de cesser de privilégier la minceur et de sexualiser les femmes en leur imposant des tenues très courtes et sexys. Il dénonce un « grave problème d’uniformité parmi les chanteurs » et s’inquiète de l’influence des stars de K-pop sur les plus jeunes.

On pourrait voir en cette initiative une avancée pour le pays, mais c’est sans compter sur le traumatisme causé par les régimes totalitaires des années 1960-1980, toujours bien présent dans l’esprit des Coréens. Accusé de tentative de censure, le gouvernement a finalement retiré ce guide polémique.

Des critères de beauté qui rappellent les traits de visage occidentaux

Le député Ha Tae kyung a qualifié ses recommandations de « totalitaires et d’anticonstitutionnelles » sur son compte Facebook, en faisant le parallèle avec la dictature de Chun Doo hwan (1980-1988) : « Quelle est la différence entre le contrôle de la longueur des cheveux sous la dictature militaire et celui de la longueur des jupes ? » Il s’agit du même député controversé qui avait suggéré que le groupe de K-pop BTS  devrait être exempté du service militaire pour avoir rendu service à la nation en promouvant la culture coréenne à l’international.

En Corée du sud, les critères de beauté rappellent les traits de visages occidentaux. En plus d’être mince, il faut avoir une peau blanche, de grands yeux, une double paupière, un nez haut et une mâchoire en forme de « V ». Pour correspondre à ses codes, les Coréennes sont prêtes à tout, et notamment à passer sur le billard. Selon l’institut de sondage Gallup Korea Poll, un tiers des Coréennes âgées de 19 à 29 ans ont déjà subi une intervention chirurgicale. Séoul compte aujourd’hui près de 500 cliniques spécialisées.

Les stars de K-pop reflètent cette perfection à atteindre. Le girls band SixBomb, par exemple, avait sorti deux clips vidéo du « avant » et « après » leurs interventions chirurgicales en 2017. On les voit entre autres feuilleter un magazine pour choisir leurs opérations, discuter avec une médecin, faire des soins du visage… sur les paroles « je suis en train de devenir jolie ».

Augmentations mammaires, élargissements des yeux, rhinoplasties… Dans leur musique Getting pretty - After (visionnée 600 000 fois), on peut observer les changements qui ont été réalisés. Un culte de l’apparence qui influence les plus jeunes. Une étude réalisée l’année dernière auprès d’adolescents avait montré que près de 70 % d’entre eux avaient déjà songé à devenir une star de l’industrie du spectacle, selon l’AFP.

Se conformer aux standards de beauté sud coréens

Depuis leur enfance les jeunes filles sont poussées à se conformer aux standards de beauté sud coréens. Faire de la chirurgie n’est pas un tabou, mais plutôt un rite de passage. Pour les féliciter de l’obtention du BAC, les parents ont pour habitude d’offrir une opération chirurgicale à leur enfant. De plus, dans un marché du travail ultra-concurrentiel, beaucoup s’accordent à dire que l’apparence physique est primordiale.

Une tendance qui ne risque pas de s’inverser et qui profite aussi à l’industrie de la cosmétique. La marque Shushu & Sassy, qui compte 19 boutiques dans le pays propose un spa et un large choix de maquillage aux enfants sous le slogan : « Je ne suis plus un bébé ».

« L’âge des clients varie de 36 mois à 13 ans, mais la plupart des enfants ont entre 4 et 7 ans », explique un vice-manager au Korea Herald. Entre 2017 et 2018, leurs ventes ont été multipliées par quatre.

L’héritage d’une société patriarcale

Malgré sa place de 11e puissance mondiale, en matière d’égalité des sexes, la Corée du sud est classée 115e sur 149 pays, selon le World Economic Forum. Les préceptes confucianistes qui imprègnent la société, encouragent le sexisme. Il n’est donc pas étonnant que la femme ait une position de subordonnée. Selon cette philosophie, elle doit respecter son père, son mari et son fils, ainsi que s’occuper du foyer et des tâches ménagères. De plus, avoir un visage harmonieux est un signe de beauté intérieur : le pays a une longue tradition d’analyse des traits du visage. Si une femme ne correspond pas aux critères de beauté, elle sera donc doublement discriminée.

Cette pression qui repose sur les femmes est de plus en plus critiquée par des militantes féministes. En octobre dernier, le mouvement « échapper au corset » a incité les Coréennes à publier sur les réseaux sociaux des selfies prises sans maquillage et des vidéos dans lesquelles elles détruisent leurs produits de cosmétiques en signe de rébellion.

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