VIDEO. César 2019: Prison, déscolarisation... le long chemin parcouru par les acteurs amateurs de «Shéhérazade»

CESAR 2019 Dylan Robert et Kenza Fortas, les deux acteurs principaux du film «Shéhérazade», qui aborde la prostitution des mineurs à Marseille, sont nominés aux César 2019

Propos recueillis par Adrien Max

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Dylan Robert et Kenza Fortas, les deux acteurs principaux, nominés aux César 2019, du film Shéhérazade.
Dylan Robert et Kenza Fortas, les deux acteurs principaux, nominés aux César 2019, du film Shéhérazade. — Bertrand NOEL/SIPA
  • Les deux acteurs principaux du film Shéhérazade, Dylan Robert et Kenza Fortas, sont nominés aux César 2019, dans les catégories « meilleur espoir masculin », et « meilleur espoir féminin ».
  • Ces deux acteurs amateurs ne s’attendaient pas à vivre une telle aventure avec ce tournage: Dylan sortait de prison quand Kenza était déscolarisée.
  • Après ce film et leurs nominations, ils espèrent poursuivre dans le milieu du cinéma.

Après avoir marqué les esprits, marquera-t-il les César 2019 ? Le film Shéhérazade est l’une des révélations de la cérémonie qui aura lieu ce vendredi soir à la salle Pleyel à Paris. Ce film sur la prostitution des mineurs à Marseille est nominé dans la catégorie meilleur premier film. Les deux acteurs amateurs qui jouent les rôles principaux, Dylan Robert pour Zach, et Kenza Fortas pour Shéhérazade, sont aussi nominés dans les catégories meilleure espoir féminin, et meilleur espoir masculin. Un rêve inespéré pour ces deux jeunes Marseillais.

Quel est le point de départ de cette belle aventure ?

Kenza : Ma mère a passé un casting en extérieur, c’est à ce moment-là qu’on lui a demandé si elle ne connaissait pas une jeune fille. Elle a parlé de moi et a envoyé des photos à la directrice de casting. Un jour elle m’a appelée, sans que je sois au courant, pour me demander de venir faire le casting. Comme j’étais déscolarisée et que je n’avais rien à faire, j’ai dit oui. J’ai passé deux ou trois castings avant que Jean-Bernard Marlin [le réalisateur] me choisisse.

Dylan : Je sortais de prison. Mon éducatrice pénitentiaire m’a branché sur un casting auquel j’ai participé. J’ai fait quelques prises vidéos, que la directrice de casting a envoyées à Jean-Bernard. Ça lui a tout de suite plu, du coup il m’a choisi. Ensuite on a commencé les répétitions.

Est-ce que vous vous imaginiez que deux ans après vous seriez nominés pour les César ?

Kenza : Je ne me rends pas vraiment compte. Quand on est venu me chercher pour le casting, je voulais passer mon CAP petite enfance et devenir auxiliaire puéricultrice. J’étais donc très loin d’imaginer ça.

Dylan : A l’époque, quand je regardais la télévision, jamais je n’aurais pu imaginer ça. Passer comme ça de l’ombre à la lumière, c’est juste un rêve. C’est un tournant dans ma vie, c’est la plus belle chose qui pouvait m’arriver.

Qu’est-ce que cela vous a permis d’apprendre sur vous ?

Kenza : J’ai découvert que j’étais talentueuse, tout simplement. Je suis très fière de la personne que je suis en train de devenir, ce à quoi je ne m’attendais pas du tout. Ce n’était pas du tout un objectif au départ.

Dylan : J’ai pris conscience que j’avais un talent caché. Je me sens à l’aise, je n’avais jamais remarqué que la présence d’une caméra ne me gênait pas. J’adore faire ça, ça vient naturellement et du coup de nouveaux horizons s’ouvrent pour moi. Je retrouve du vocabulaire, je vois des trucs que je n’avais jamais vus dans ma vie. Maintenant j’ai envie de raconter des histoires à travers les films.

Qu’est ce que ça fait d’être nominés aux côtés d’acteurs professionnels comme Lily-Rose Depp ou William Leghbil ?

Kenza : Pour moi cela reste des personnes normales, même si ça fait plaisir de les côtoyer. J’essaye de relativiser, de garder les pieds sur terre et de rester prudente parce que tout peut se terminer. Mais je me languis vendredi soir, je kiffe déjà les préparatifs.

Dylan : C’est une grande joie d’être nominé à côté de tels acteurs, enfin c’est un peu tout en même temps. Ça reste inespéré pour moi de voir toutes ces personnes, j’avoue que c’est fou. Mais ça va être la classe d’être en costard Yves Saint-Laurent.

Quelles sont vos perspectives désormais ?

Kenza : Je viens de finir de tourner mon deuxième long-métrage, dans lequel je joue justement une stagiaire d’auxiliaire puéricultrice. J’aimerais continuer le cinéma mais je garde ma petite vie de Kenza à Marseille. Je suis surtout devenue la fierté de ma famille. Enfin, de ma mère, de ma petite sœur et de mon copain.

Dylan : J’ai des opportunités pour différents tournages, ça m’a permis de me faire pas mal de contacts. J’ai vraiment envie de poursuivre dans cette voie, mais il va falloir travailler pour continuer d’apprendre le métier et pour être à la hauteur des rôles qu’on me propose. Mais les gens croient en moi, et c’est déjà beaucoup.