Le breakdance bientôt aux JO? Pourquoi cette piste peut faire débat

JEUX OLYMPIQUES Les battles du gros festival nantais Hip opsession ont lieu ce week-end, en plein débat sur la présence de la discipline aux JO 2024

Julie Urbach

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Lors des battles 2018 du festival Hip Opsession à Nantes
Lors des battles 2018 du festival Hip Opsession à Nantes — D. Gallard / Clack Pick up production
  • Quelque 200 danseurs de breakdance venus du monde entier sont attendus ce week-end à Nantes, alors que cette danse pourrait devenir discipline olympique.
  • Une reconnaissance pour la culture hip hop même si certains craignent que le breakdance devienne trop codifié.

C’est l’un des rendez-vous de la culture hip-hop les plus attendus de France. Ce week-end, le festival Hip Opsession met de nouveau le feu au Lieu Unique à Nantes. Pendant trois jours, à l’occasion de sa 15e édition (qui se poursuit jusqu’au 3 mars, dans différents lieux de l’agglo nantaise), 200 danseurs de breakdance venus du monde entier vont s’affronter, par équipes ou en solo, à l’occasion des célèbres battles. Plus une seule place pour samedi et dimanche n’est disponible pour profiter du gros son et de l’ambiance surchauffée.

Encore dans l’ombre, ces performances pourraient être en haut de l’affiche en 2024, alors que le break pourrait intégrer la liste des disciplines olympiques, aux JO de Paris. Il n’empêche qu’une question revient : le breakdance doit-il rester un art ou peut-il être assimilé à une discipline sportive ? « Ça fait longtemps que ça agite le monde du hip hop », confirme-t-on chez Pick up Production, qui organise le festival. De quoi susciter une battle d’arguments…

Festival Hip Opsession 2018 à Nantes
Festival Hip Opsession 2018 à Nantes - D. Gallard/ Clack

Car entre art et sport, « la frontière est mince », estime le Nantais DJ One Up. Celui qui sera derrière les platines ce week-end ne voit pas de problème à pencher pour la deuxième option. « Le break, c’est une vraie performance physique, du dépassement de soi, une dimension collective, des relations humaines, estime-t-il. Certains danseurs s’entraînent 20 ou 25 heures par semaine, avec une hygiène de vie très proche de celle d’un sportif professionnel. » Et le breakdance semble cocher toutes les cases pour séduire le comité olympique, qui cherche une discipline avec des adeptes jeunes, pratiquée par des filles et des garçons de tous les continents, et spectaculaire pour le public.

Une atteinte à la liberté d’expression ?

Pour autant, tous ne sauteront pas de joie le 21 février, si la réponse est positive. « Entrer dans un programme officiel, c’est un risque que le break devienne codifié, alerte Pierrick Vially, programmateur de Hip Opsession. D’un côté, ça peut nous donner cette reconnaissance que la pratique recherche depuis des années. Mais de l’autre, il y a le risque que ça porte atteinte à la liberté d’expression, propre à ce milieu qui n’aime pas l’uniformisation. »

Car qui dit discipline olympique dit règles, juges et pourquoi pas notes, comme au patinage artistique par exemple. Une méthodologie étrangère à ce qui se pratique lors des battles Opsession, où les vainqueurs sont désignés à main levée. « Il y a évidemment le critère de la bonne exécution des mouvements mais il y a aussi beaucoup de subjectivité pour apprécier la personnalité du danseur, sa musicalité, son énergie… », détaille Pierrick Vially.

« Entrer aux JO, ce serait la consécration d’une culture qui se bat depuis des dizaines d’années pour être prise au sérieux, mais uniquement si les juges représentent la diversité des manières de danser, embraye DJ One up. Ça pourrait permettre à beaucoup de jeunes de réaliser leur rêve, avec une médaille autour du cou qui peut changer toute une vie. »