AUDIO. Littérature jeunesse: Pourquoi les éditeurs prennent-ils la vague du podcast?

KIDS Le podcast s’intéresse au livre jeunesse, et vice-versa. Les éditeurs investissent ce nouveau format, avec des formules différentes. Passage en revue

Caroline Delabroy

— 

Avec son écoute à la demande, le podcast révolutionne les usages. (Photo d'illustration)
Avec son écoute à la demande, le podcast révolutionne les usages. (Photo d'illustration) — CAPMAN VINCENT/SIPA
  • Plusieurs maisons d’édition ont créé cette année des podcasts autour du livre jeunesse.
  • Avec des formats variés, des intentions et publics cibles différents, ces éditeurs précurseurs espèrent créer un rendez-vous intime et trouver une nouvelle façon de défendre le livre jeunesse.

Une page se tourne, « fritch, fritch », et une voix raconte : « Quand je vais en classe, je ne parle pas forcément de littérature mais j’essaie de faire passer que ''ah, l’écrivain est sympa''. S’ils associent ces moments passés avec l’écrivain à un moment agréable, de plaisir, où on a rigolé et où je me suis aussi intéressée à eux, cela va faciliter, je crois, un possible passage vers la lecture. Ou en tout cas faire entrer le livre dans quelque chose de quotidien, de simple. »

Ces mots d’Anne-Laure Bondoux, lauréate du premier prix Vendredi du roman ado, résonnent dans le casque à l’écoute d’Histoires de jeunesse, le podcast des écrivains pour la jeunesse lancé par Bayard à l’occasion du dernier salon du livre jeunesse de Montreuil. « Notre envie était de nous adresser de façon nouvelle aux libraires, bibliothécaires, enseignants, explique Hélène Pasquet, directrice éditoriale. C’est notre meilleur relais, ce sont eux qui portent la lecture jeunesse auprès des lecteurs. » Pas question pour autant d’être simple prescripteur, mais plutôt de créer un rendez-vous intime avec un auteur, pas forcément de la maison, pour « défendre le livre jeunesse différemment ».

Lever le voile sur la création

Si la trame est identique - l’enfance, l’écriture, l’œuvre - chacun s’en empare différemment, faisant des 40 minutes de ce podcast (un parti pris de la longueur totalement assumé) un entretien au long cours souvent très réussi. Au rythme d’un par mois, le podcast (écouté en moyenne 800 fois pour chaque épisode) programme pour cette première saison Marie-Aude Murail, Murielle Szac, Jean-Claude Mourlevat, Clémentine Beauvais, Marie Desplechin ou encore Antoine Dole. Pas d’illustrateurs ni d’auteurs BD pour la jeunesse. Pas encore, car si une saison deux se confirme, ils devraient être de la partie. « En faisant le podcast, qui lève le voile sur la création, l’angle de l’écriture est aussi apparu, relève Hélène Pasquet. Je pense aux ados qui adorent un écrivain et qui ont envie d’écrire, cela donne vraiment des clés. »

Dans les coulisses de l’édition

Sans pousser aussi loin que Primo, podcast lancé par les Éditions Robert Laffont et le studio Nouvelles Écoutes qui suit les coulisses d’une maison d’édition au travers de trois primo romanciers, Dans ta poche veut donner à voir l’envers du décor. « Sur Instagram, on a beaucoup de questions de lecteurs qui se demandent comment ça fonctionne, quels sont les coulisses, les choses à faire pour être édité », explique Mélanie Lecamus, réalisatrice de ce podcast de 7 minutes. Lancé en janvier pour les 40 ans du Livre de poche Jeunesse, il est diffusé toutes les deux semaines (avec un démarrage encourageant de 400 écoutes pour le premier épisode). « Les 40 ans, c’était un bon prétexte, 40 ans d’auteurs, d’histoires, d’éditions, il y a beaucoup de choses à explorer, c’est un cercle vertueux », complète-t-elle.

Car, contrairement aux réseaux sociaux, il n’est pas évident d’étirer le filon coulisses en audio. Dès le second épisode, « Dans ta poche » a ainsi donné la parole à l’une de ses auteures, pour Nos âmes jumelles, Samantha Bailly. Celle qui a choisi de bientôt tester l'autoédition sur Amazon y explique par exemple très bien son souci de rester connectée à son lectorat, et comme il est « impossible aujourd’hui de parler du lycée sans parler des réseaux sociaux et comment cela impacte dans notre vie en communauté ».

Entretenir la conversation avec les lecteurs

Pour ses 25 ans cette année, Pocket Jeunesse entend aussi utiliser le podcast pour souffler les bougies d’anniversaire. A l’image de son lectorat Young Adult, 4 Minutes avec PKJ, rendez-vous hebdomadaire lancé en juin dernier, adopte un son très radio, option jeune et promo. « Notre idée est de vraiment être dans la conversation avec nos communautés, avec cette valeur ajoutée de la chaleur du son », temporise Willy Gardett, responsable du pôle digital et innovation, qui ne veut pas s’interdire par la suite de varier les formats et revendique plus de 20.000 auditeurs depuis le lancement du podcast.

« Sur les réseaux sociaux, le plus important ce sont les contenus que l’on va pousser, poursuit-il. On a un contenu intéressant car il est dans cette idée d’intimité. Le jeune lecteur, on le touche à travers les jeunes parents. C’est plus difficile de toucher un ado. Il faut travailler avec des ambassadeurs, des passeurs. Ce que j’aime dans le digital et le social média, c’est que les éditeurs prennent aussi la parole. » Et pourquoi pas, pour toucher un public plus large, sponsoriser les podcasts. « Quand on produit un contenu, il faut se donner les moyens de développer l’audience autour », affirme Willy Gardett.

L’histoire du soir

Plus atypique dans le paysage actuel des podcasts jeunesse, Une histoire et Oli peut déjà miser sur un public a priori captif, les auditeurs de France Inter. Le succès est d’ailleurs au rendez-vous : 1,5 million de téléchargements pour les trois premières vagues de publication - le podcast vit au rythme des vacances scolaires. Le principe ? Une histoire du soir pour les petits, écrite et lue par son auteur(e). Ces vacances-ci, les jeunes auditeurs pourront entendre Susie Morgenstern et Agnès Desarthe mais aussi, moins attendus sur le registre de la jeunesse, Leïla Slimani et  Simon Liberati, après le délicieux conteur Alain Mabanckou ou bien encore le facétieux Zep.

Derrière ce podcast, il y a le journaliste Léonard Billot, qui aime déjà à faire venir les auteurs performer la littérature au club parisien Silencio. « La littérature est quelque chose qui se vit autant qu’elle se lit, défend-il. Le podcast révolutionne les écoutes et permet de faire raisonner la voix de l’auteur, pas seulement celle qu’on lit mais celle qu’on entend aussi. C’est pourquoi il était Important que chaque écrivain porte son texte. »

Mais plus encore, Une histoire et Oli ouvre grand la porte des auteurs contemporains aux enfants, avant même qu’ils soient en âge de les lire. « Il y a l’idée de transmission, de permettre aux parents de partager leur amour pour un écrivain », ajoute Léonard Billot. S’il donne carte blanche - la seule contrainte est le format d’une douzaine de minutes - il garde en tête une étude menée aux Etats-Unis, où les podcasts pour les enfants sont très développés, avec même un festival et des plateformes dédiées : « Cette étude montre que les enfants engagent derrière la conversation sur le sujet du podcast, cela nous donne une vraie responsabilité. »

Récapitulatif des podcasts testés, dans l’ordre de citation :

Histoires de jeunesse : Pour les passionnés du genre, des entretiens au long cours (40 minutes), bien menés et au son travaillé, avec de grandes voix du livre jeunesse. Le premier jeudi de chaque mois, par Bayard.

Dans ta poche : Lancé pour les 40 ans du Livre de poche Jeunesse, un format court (7 minutes) qui explore différents genres : coulisses, rencontres avec les auteurs, etc. Toutes les deux semaines.

4 minutes avec PKG : Pour les lecteurs ados, un podcast qui suit l’actualité de la maison, et mené tambour battant à la manière d’une émission radio. Une pastille audio toutes les semaines signée Pocket Jeunesse.

Une histoire et Oli : Podcast France Inter pour les petits de 5 à 7 ans, avec des histoires écrites et lues par de grands auteurs contemporains. Beau travail sonore et créatif. Une douzaine de minutes, programmées au rythme des vacances scolaires.