«The Bi Life»: Courtney Act, une drag queen entre paillettes et politique

PORTRAIT Courtney Act, drag-queen incarnée par Shane Jenek, présente « The Bi Life » dès ce mercredi sur la chaîne E !. « 20 Minutes » a rencontré cette artiste bien connue des fans de « RuPaul’s Drag Race »

Fabien Randanne

— 

Courtney Act le 2 février 2018, lors de la finale de «Celebrity Big Brother».
Courtney Act le 2 février 2018, lors de la finale de «Celebrity Big Brother». — LTA/WENN.COM/SIPA
  • Courtney Act est une drag-queen incarnée par Shane Jenek, artiste australien de 36 ans.
  • Courtney/Shane officient à la présentation de « The Bi Life » diffusé sur E ! dès ce mercredi à 21h.
  • Courtney Act, qui a été candidate de nombreuses émissions telles que « Australian Idol », « RuPaul’s Drag Race » ou « Celebrity Big Brother », considère l’art du drag comme politique.

Il s’appelle Shane Jenek. Elle s’appelle Courtney Act. Ils officient tous deux à la présentation de The Bi Life, une émission de dating pour célibataires bisexuels lancé ce mercredi à 21h sur E!. Elle et lui ne sont qu’une seule et même personne.

Courtney Act est une drag-queen incarnée par Shane Jenek. Le nom de scène est un jeu de mots avec le « Caught in the act » (« Pris en flag’») qui peut résonner à l’oreille lorsqu’on le prononce avec l’accent du pays d’où l’artiste de 36 ans est originaire : l’Australie.

« Courtney et Shane sont les deux faces d’une même pièce »

Robe rose et gigantesque nœud surplombant une longue perruque blonde, c’est Courtney qui fait face à 20 Minutes début janvier, dans la suite d’un grand hôtel parisien. « Si j’étais devant vous avec mon apparence masculine, je vous dirais les mêmes choses. La seule différence, c’est que je ne croiserais pas les jambes comme je suis en train de le faire », lâche-t-elle, accentuant le sourire qui ne la quitte pas. Elle précise : « Courtney n’est pas un personnage, ni un alter ego ou une autre personnalité. Elle compose avec Shane les deux faces d’une même pièce. »

Ce qui varie, ce sont les réactions des personnes qu’elle rencontre. La facette féminine est celle qui met le plus ses interlocuteurs en confiance. « Je pense que le drag permet de casser une sorte de mur, analyse-t-elle. Une drag-queen est amusante à regarder, rayonnante de couleurs, sort de l’ordinaire… »

Une drag queen dans le « Nouvelle Star » australien

Courtney Act aime être vue, mais aussi entendue. Ses premiers pas devant les caméras, elle les a effectués en 2003, dans Australian Idol, la Nouvelle Star de son pays natal. L’artiste se présente sous son identité de drag-queen et le public adore. Si bien qu’elle atteint les demi-finales.

La célébrité internationale lui tombera dessus dix ans plus tard. En lice dans la sixième saison du cultissime show américain RuPaul’s Drag Race, elle se faufile sur ses talons hauts jusqu’à la finale. Et s’inclinera face au mordant de Bianca Del Rio mais ne disparaît pas pour autant des radars.

En 2018, c’est de l’autre côté de la Manche qu’on l’a retrouvée. Ce coup-ci elle gagne. Quoi ? Le Celebrity Big Brother, sorte de Loft Story britannique entre personnalités. L’icône progressiste s’impose face à la femme politique conservatrice Ann Widdecombe. Une opposition de styles. Courtney Act a séduit le public par sa sagesse et son sens de la pédagogie. D’un épisode à l’autre elle sensibilise ses colocataires aux enjeux de l’égalité homme-femme, à l’importance de lutter contre le sexisme et l’homophobie. Parce qu’être drag-queen est en soi politique.

« J’ai grandi en regardant des documentaires et en lisant des livres sur la fin des années 1960, les mouvements de libération des femmes, anti-guerre, hippies, de lutte pour les droits civique. De voir ces militants si passionnés, ça me parlait », confie-t-elle. Alors Courtney a suivi ces modèles et a décidé de s’impliquer à son tour.

« C’est une époque importante pour être conscient de ce qui se joue »

Faux cils et manteau sur le dos, elle est allée, pour de courts reportages, à la rencontre des électeurs de Donald Trump, des manifestantes de la Women March ou des supporters de foot anglais pour leur parler coming out de footballeurs. « C’est une époque importante pour être conscient de ce qui se joue. Quelqu’un qui se dit apolitique est un privilégié, parce que d’autres n’ont pas d’autre choix que d’être politiques. » D’autres, c’est-à-dire « les femmes, les personnes de couleur et les personnes queer [ne se reconnaissant pas dans les normes hétérosexuelles] qui ont commencé à prendre plus de place dans l’espace public, en réaction aux hommes hétéros blancs. »

Si Courtney présente The Bi Life, c’est en partie par militantisme. Elle, qui se définit comme pansexuelle, espère ainsi enrayer les préjugés entourant la bisexualité.

L’icône queer ne perd pas pour autant de vue ses ambitions musicales. « J’ai fait beaucoup de shows en club mais je ne suis pas sûr que chanter à 1h du matin avec des micros qui parfois ne fonctionnent pas, m’ait rendu service, s’amuse-t-elle. Je préfère l’ambiance cabaret, avec des gens assis qui assistent à un spectacle. » Alors elle cherche à s’en donner les moyens.

Pas d’Eurovision mais « Danse avec les stars »

Samedi, elle a échoué à la sélection australienne pour l’Eurovision, se classant cinquième parmi dix candidats avec sa chanson Fight for Love. Le combat, toujours. En écrivant ce morceau, elle s’imaginait sous les projecteurs de Tel Aviv (Israël) où se déroulera la prochaine édition. « Je pensais aux drapeaux de tous ces pays réunis autour d’une même scène. Cela donne une impression d’unité que je trouve puissante dans le monde divisé qui est le nôtre. L’Eurovision rassemble tout en célébrant la musique, le fun, l’humour et l’art. » Au fond, c’est aussi un peu tout ce qu’est l’univers des drag-queens.

Si Courtney Act s’est installée à Londres depuis quelques mois - « J’adore le Royaume-Uni et je n’avais pas réalisé avant d’y vivre à quel point ce que je fais concorde avec la pop culture de ce pays » - elle retournera prochainement en Australie. Juste le temps de participer au Danse avec les stars du coin. La drag-queen enchaînera valses, tangos et sambas avec un partenaire masculin. Dans ce petit monde aux codes consensuels c’est loin d’être anecdotique. En se déhanchant en robe à sequins devant les caméras, elle conciliera ce qui l’anime : le divertissement et la politique.

20 secondes de contexte

Au quotidien, Shane Jenek vit avec son apparence masculine. « 20 Minutes » l’ayant rencontré en tant que Courtney Act, l’article a été rédigé en se référant à cette identité scénique en utilisant donc des pronoms féminins.