«Les Sanson»: La longue histoire gore, mais vraie, d'une famille de bourreaux de père en fils

PREVIEW BD Découvrez les premières planches des « Sanson », une série qui revient sur la véridique histoire d’une famille dont plusieurs membres furent, pendant près de deux siècles, bourreaux à Paris

Olivier Mimran

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Extrait de l'album Les Sanson et l'amateur de souffrance
Extrait de l'album Les Sanson et l'amateur de souffrance — © P. Mallet, B. Beuzelin & éd. Vents d'Ouest 2019
  • La famille normande Sanson a compté six générations de bourreaux qui ont exercé à Paris de 1688 à 1847.
  • Suivant la chronologie historique, le premier volume s’attache aux destins de Charles-Louis puis de son fils Charles.
  • Si la bande dessinée qui leur est consacrée s’appuie sur des faits avérés, elle se pare aussi de fiction.

Qu’ont en commun ces « célébrités » que furent Cartouche, Louis XVI, Marie-Antoinette, Robespierre, Danton, Lavoisier ou Charlotte Corday ? D’être passées de vie à trépas en bénéficiant du savoir-faire de la famille Sanson ! Une « compétence » assez terrible que ces Normands se transmirent de père en fils, de la fin du XVIIe au milieu du XIXe siècle, aussi naturellement que l’auraient fait des charpentiers, des boulangers ou des fleuristes…

L’histoire de cette funeste lignée fera bientôt l’objet d’une série BD, Les Sanson et l’amateur de souffrance, dont les éditions Glénat offrent généreusement la lecture des premières pages aux lecteurs de 20 Minutes. Âmes sensibles, pensez à sortir vos sacs à vomir…

Le pitch (garanti sans spoil) : Fin du XVIIe siècle, dans la campagne rouennaise. Suite à une chute de cheval, Charles-Louis Sanson est recueilli par un fermier taciturne et sa fille, Marguerite. Tombé amoureux de la belle, le jeune homme l’épouse et devient le gendre de Pierre Jouenne, dont il découvre qu’il est le bourreau de la région ! Charles-Louis hérite donc de la funeste tâche et devient exécuteur à son tour.

Un zeste de gore et un nappage fantastique

Avérée donc fascinante, la sinistre histoire des Sanson avait bien entendu déjà été exploitée en BD : en 2008, Simon Hureau mettait en scène le plus célèbre d’entre eux, Charles-Henri (renommé Masson et représentant la 4e génération du clan) dans l’excellent Hautes Œuvres - Petit traité d’humanisme à la française. Mais alors que le Caennais livrait un récit historiquement authentique, Patrick Mallet et Boris Beuzelin – respectivement scénariste et dessinateur de cette nouvelle série – ont pris le parti d’enrober les faits d’une bonne dose de fantastique… sans occulter quelques scènes d’exécution (par décapitation, écartèlement etc) un peu gore.

Anti-syndrome Faustien

Dès le premier chapitre de ce premier volume, Charles-Louis (le premier Sanson exécuteur des hautes œuvres, donc) est en effet confronté à un personnage obscur, le fameux « amateur de souffrance » du titre. Ce monstre à apparence humaine noue, depuis la nuit des temps, un pacte avec les bourreaux ; pacte qui lui permet, en assistant systématiquement aux exécutions, de « se nourrir » du martyre des suppliciés pour conserver une jeunesse éternelle ! Sauf que les Sanson n’entendent pas transiger avec le Diable et qu’ils en deviennent même, six générations durant, les plus farouches adversaires.

Lecture sous hypnose

La série est prévue en trois tomes déroulant chacun, selon une stricte chronologie, deux « biographies » de Sanson (ici, celles de Charles-Louis puis son fils Charles). Adoptant un rythme très dynamique, foisonnant de rebondissements et d’arrière-plans (sentimentaux, existentiels) qui confèrent une vraie épaisseur au récit, ce premier volume se lit comme on regarde une série télé : avec avidité et sous emprise quasi hypnotique. Son seul défaut, finalement, c’est qu’il est impossible de s’adonner au « Binge-reading », le second volume n’étant pas annoncé avant plusieurs mois.
 

« Les Sanson et l’amateur de souffrance » livre 1, par P. Mallet & B. Beuzelin - éditions Vents d’Ouest - 17,50 euros

EN LIBRAIRIE LE 20 FÉVRIER 2019