Gérardmer 2019: Gustave Kervern et Benoît Delépine vont «essayer de primer un film qui restera»

INTERVIEW Gustave Kervern et Benoît Delépine, qui coprésident le jury du 26e Festival du film fantastique de Gérardmer, ont parlé cinéma de genre avec « 20 Minutes »…

Fabien Randanne

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Benoît Delépine et Gustave Kervern à Gérardmer (Vosges), en janvier 2019, où ils coprésident le jury longs-métrages du Festival du film fantastique.
Benoît Delépine et Gustave Kervern à Gérardmer (Vosges), en janvier 2019, où ils coprésident le jury longs-métrages du Festival du film fantastique. — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
  • La 26e édition du Festival du film fantastique de Gérardmer (Vosges) s’est ouverte mercredi et prend fin ce dimanche.
  • Les dix films en compétition pour le Grand prix seront départagés par un jury coprésidé par les réalisateurs Gustave Kervern et Benoît Delépine.
  • Le duo se confie sur cette responsabilité et sur leur rapport au cinéma de genre.

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Gérardmer (Vosges)

Mercredi, lors de la cérémonie d’ouverture, il dissertait sur la peur. Et ce dimanche soir, Benoît Delépine rendra sa copie, en l’occurrence, le palmarès de la 26e édition du Festival du film fantastique de Gérardmer. En compagnie de son acolyte Gustave Kervern, avec lequel il a réalisé dix films – il partage la présidence de ce jury et la charge de remettre le grand prix à l'un des longs métrages en compétition.

Coprésidents du jury, c’est un rôle dans lequel vous êtes à l’aise ?

Gustave Kervern : Je pensais que ça allait être facile, mais je m’aperçois que voir trois films par jour, c’est un peu difficile pour moi. Un film, ça se déguste… Peut-être que je suis mal assis aussi ou que j’ai des problèmes d’hémorroïdes… Mais on est bien sûr très contents d’avoir été choisis. C’est une responsabilité quand même parce qu’on sait que quand on décerne un prix à un film, c’est important pour sa carrière commerciale. Et nous, tout ce qu’on fait, on le fait sérieusement, mine de rien, même si on est des déconneurs.

Benoît Delépine : Je fais comme dans la vie : j’essaie de n’avoir jamais de renseignements sur un film avant de le voir. Quand tu en découvres un et que tu n’es pas au courant de ce dont il retourne – dernièrement, par exemple, je suis allé voir Border [un film suédois sorti début janvier]Je n’avais rien lu dessus, je n’avais pas vu la bande-annonce et j’ai été carrément secoué. Tu as de grandes surprises comme ça, régulièrement. C’est encore plus patent pour les films fantastiques parce que ça peut aller tellement loin… Pour la compétition à Gérardmer, je n’ai pas regardé le programme afin de ne pas être spoilé. A chaque séance, c’est la surprise, il y a toujours quelque chose d’intéressant malgré tout, même si le film est plus ou moins bien pour telle ou telle raison.

G.K. : Pareil pour moi, quand j’ai vu Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, je n’ai rien voulu savoir avant et du coup, je l’ai pris en pleine gueule.

Benoît Delépine éclate de rire.

Vous êtes clients de films fantastiques et horrifiques ?

G.K. : Je ne vais jamais voir ce genre de film au cinéma. Mais j’aime avoir peur, être surpris et souvent les films fantastiques sont surprenants.

B. D. : J’aime bien aller au cinéma mais tout seul, le matin, dans une salle n’importe où, je peux me prendre un film en pleine poire, ça peut être d’horreur ou de science-fiction de temps en temps.

Sur quels critères allez vous juger les dix films de la compétition ?

G.K. : Le plus court aura le grand prix (rires).

B.D. : J’espère qu’on va trouver un film qui n’aurait pas pu être fait il y a dix ans. La science-fiction, c’est souvent ça, on regarde ce qu’il se passe aujourd’hui et puis on va un peu plus loin, on imagine ce que ça peut donner comme débordement, les effets pervers, etc. Il est quand même intéressant le palmarès du festival de Gérardmer. Dans l’ensemble, les jurys ne se sont pas trop gourés, on va essayer de primer un film qui restera.

Dans vos films, plusieurs scènes sont au bord du fantastique ou pourraient tout à fait basculer dans l’horreur. Vous avez déjà songé à réaliser un film de genre ?

B.D. : J’ai fait un court-métrage de genre, Une vie de chien. Ça m’a vachement plu mais à la fin, quand je le vois… Le malaise, j’aime bien que ce soit les autres qui le ressentent, mais moi j’suis là, je me fais peur, je me dis : « J’ai ça en moi ? C’est archi-bizarre. » Je ne suis pas sûr d’assumer un film d’une heure et demie avec des pans entiers hyperglauques. Ce que l’on fait avec Gustave a quand même quelque chose de généreux, avec un truc derrière qui ne peut pas être dans ces films-là parce que tu dois faire peur absolument.

G.K. : Oui et puis on fait un film tous les deux ans, ce qui est déjà énorme et ça fait quasiment vingt ans, donc dix films. Dans ces dix films, on a voulu raconter des trucs politiques ou sur des choses qui nous tiennent à cœur, alors on va commencer par tourner en rond, à avoir dit tout ce qu’on a pu dire. A ce moment-là, pourquoi ne pas aller vers autre chose si jamais on a la potentialité de continuer à faire des films.

B.D. : Le prochain qu’on va faire est quasi expérimental avec Brigitte Fontaine. On ne sera pas si loin du film fantastique.