«Amer Beton», «Number 5», «Sunny»... Taiyô Matsumoto revient sur ses chefs d’œuvre du manga

BD A l'occasion d'un hommage et d'une exposition à Angoulême, Taiyô Matsumoto voit ses mangas réédités en France, il les commente pour «20 Minutes»...

Propos recueillis par Vincent Julé

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«Amer Beton», le manga culte de Taiyō Matsumoto, ressort en intégrale aux éditions Delcout/Tonkam
«Amer Beton», le manga culte de Taiyō Matsumoto, ressort en intégrale aux éditions Delcout/Tonkam — TEKKON KINKREET ALL IN ONE © 2007 Taiyou MATSUMOTO / SHOGAKUKAN

Quand Amer Beton sort en 1996 en France, il ne révèle pas seulement un auteur à la voix et au trait uniques, il prouve de manière éclatante la richesse du manga, avec également les éditions de Video Girl Ai, Gunnm ou Jirô Taniguchi. En effet, le manga n’était alors vu que par le petit bout de la lorgnette, celui des œuvres adaptées en animés : Dragon Ball, City Hunter, Akira, Ghost in the Shell

Avec l’histoire de Noiro et Blanko, deux orphelins qui tentent de survivre dans une ville dominée par la pauvreté, la corruption et la violence, le mangaka Taiyô Matsumoto cultive la figure de la dualité, du Yin et du Yang, et une énergie du désespoir, que l’on retrouvera dans ses autres œuvres comme Ping Pong, Gogo Monster ou Number 5A l’occasion de l’exposition que lui a consacrée  le Festival d'Angoulême et qui se poursuit jusqu’au 10 mars, plusieurs d’entre elles sont rééditées. Le maître les commente pour 20 Minutes.

« Amer Beton »

« Avant Amer Beton, mon éditeur me demandait de faire que des mangas liés au sport [Zero, Le rêve de mon père]. C’est la première fois que j’ai eu vraiment carte blanche, donc j’ai tout mis. Je ne me souviens pas en détail de cette période, de comment est née cette histoire, mais j’avais une colère en moi, une colère qui devait sortir, s’exprimer. Elle m’a permis de continuer au-delà du premier chapitre, alors que je n’avais pas vraiment la cote comme mangaka. Et aujourd’hui, après trente ans de carrière et que je sais où je suis arrivé, on peut dire que c’est une œuvre matricielle, symbole, de mon travail. »

Amer Beton, Intégrale (Delcourt/Tonkam)

« Ping Pong »

« Ce qui devait arriver arriva. Amer Beton n’a pas vraiment été un succès et on m’a "proposé", j’insiste sur les guillemets, de faire une série de sport alors que je n’en avais pas envie. J’ai tout de suite exclu le baseball, la boxe ou le foot, des sports que l’on trouve habituellement dans le shônen. Je voulais une discipline rare, histoire de me faire remarquer (rires). Au cours de mes recherches, je suis tombé sur le ping-pong et j’ai découvert que c’était un sport très beau, loin de l’image que l’on peut en avoir. Je voulais lui rendre hommage. Il m’a également permis de proposer quelque chose de différent, de détourner les attentes de mon éditeur, et peut-être des lecteurs pour les plier à mon univers. »

Ping Pong, Edition Prestige tome 1 le 6 février (Delcourt/Tonkam)

« Number 5 »

« Je voulais faire de la science-fiction depuis longtemps, mais le timing n’était jamais le bon, entre les "non" des éditeurs et l’audience confidentielle de mes mangas. Mais début des années 2000, à la suite des bonnes ventes de Ping Pong, les planètes se sont enfin alignées. Number 5, c’est tout ce que j’aime dans le genre : la bande dessinée européenne à la Moebius et Enki Bilal, Blade Runner, Akira, Kamen Rider… des références et des figures que j’ai emmenées voyager très loin. Je voulais expérimenter au maximum en termes de dessin, je voulais montrer de quoi j’étais capable, j’étais sûr de moi. (rires) La SF m’a offert un cadre pour laisser libre court à ma folie créatrice. »

Number 5, Intégrale en deux volumes (Kana)

«Number 5», une série de SF sous influence Moebius, par Taiyô Matsumoto
«Number 5», une série de SF sous influence Moebius, par Taiyô Matsumoto - NUMBER FIVE vol. 1, 2, 3, 4 by Taiyou MATSUMOTO © 2002 Taiyou MATSUMOTO

« Sunny »

« Avant même d’attaquer Sunny, je sentais que j’étais à un tournant de ma carrière. Une impression qui s’est révélée encore plus forte après, au point que j’ai eu du mal à passer à ma série suivante [Les Chats du Louvre]. J’ai d’ailleurs failli ne jamais écrire cette histoire de centre d’enfants, car elle est à moitié autobiographique [Matsumoto a été placé en orphelinat à l’âge de 6 ans], il y est question de personnes réelles, mes parents, et j’appréhendais leur réaction. Mais il fallait fermer la porte sur cette période de ma vie. Après les expérimentations et récréations de Number 5, j’y fais preuve de plus d’humilité, de sincérité. Et ce jusque dans mon dessin, mon trait. »

Sunny, six volumes (Kana)