Folle journée de Nantes: René Martin, le fan de U2 qui veut faire partager la musique classique

MUSIQUE La 25e édition de la Folle Journée de Nantes débute ce mercredi pour cinq jours...

20 Minutes avec AFP

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René Martin, 68 ans, incontournable directeur artistique de la Folle Journée de Nantes.
René Martin, 68 ans, incontournable directeur artistique de la Folle Journée de Nantes. — L.Venance/AFP
  • Le célèbre festival de musique classique débute ce mercredi à Nantes.
  • L’événement, qui a été fondé en 1995 par René Martin, vise à désacraliser la musique classique.
  • Agé de 68 ans, il a eu le déclic en découvrant Bela Bartok et en écoutant U2.

Il a fondé la Folle Journée de Nantes il y a 24 ans et en est, depuis, l’incontournable directeur artistique. René Martin, 68 ans, a grandi dans une famille de petits commerçants qui écoutaient de la variété. Au gré d’explorations musicales, il découvre la musique classique, « un choc » qu’il s’emploie depuis à transmettre. « Si je n’étais pas passionné par Charlie Mingus, ce n’est pas par mes parents ou par l’éducation que j’aurais découvert [le classique] », explique-t-il.

Et de raconter comment il a connu la variété, les fêtes bretonnes et les bals de mariage dans son village natal d’Héric, près de Nantes. Fasciné par les percussions, jouant de la batterie, il lit l’histoire du jazzman américain Charlie Mingus, admirateur d’un certain Bela Bartok. Ce fut le déclic, le fameux « choc » qui conduit René Martin à l’achat de son premier disque de musique classique.

Bartok et Beethoven pour découvrir

« Je n’imaginais pas que des musiques comme ça existaient. J’ai écouté les quatuors de Bartok, ensuite j’ai acheté l’intégrale des quatuors de Beethoven et j’ai découvert un monde extraordinaire », explique le sexagénaire en racontant solennellement ses tout premiers contacts avec la musique classique.

Le second choc intervient des années plus tard, lorsque le jeune père de famille, devenu organisateur des festivals de la Roque d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) et de la Grange de Meslay (Indre-et-Loire), se rend à un concert de U2 au stade de la Beaujoire à Nantes. « Je me suis dit "mais quel dommage que ces 35.000 jeunes n’assistent pas aux concerts que j’organise", parce qu’au fond je suis persuadé que ça leur plairait », pense alors René Martin en observant les fans des rockeurs irlandais.

Il en tire une intuition qui sera à l’origine de La Folle Journée : « si [ces jeunes] appréciaient la musique de U2, que j’aime beaucoup, ils pouvaient extrêmement bien apprécier Le sacre du printemps de Stravinsky, mais le problème c’est qu’ils ne le connaissent pas ». Le mélomane, qui dit aimer aujourd’hui la diva pop Beyoncé, imagine alors un festival classique où il pourrait recréer le « côté fraternel » des concerts de rock.

« Un immense passionné et un talent rare »

C’est ainsi que débute La Folle Journée en 1995 à Nantes, avec des ingrédients novateurs : concerts courts, prix attractifs, larges plages horaires avec des représentations tôt le matin et unité de lieu, permettant de circuler d’un spectacle à l’autre et de découvrir de nouveaux artistes. L’édition 2019, qui débute ce mercredi soir, devrait une nouvelle fois réunir près de 2.000 musiciens à la Cité des congrès et au Lieu Unique.

« Dans la Folle Journée, il me semble qu’il y a une dimension de fraternité quelquefois encore plus forte que lors d’autres spectacles, dans la mesure où par exemple, c’est le seul cadre dans lequel on peut, ayant donné un concert soi même, aller écouter d’autres musiciens tout de suite dans la foulée », raconte la pianiste Anne Queffélec, présente à presque toutes les éditions. Pour elle, René Martin « est quelqu’un de très généreux, très humble, dans le sens où il ne fait pas ça pour lui, pas pour l’argent, pas par ambition personnelle, il fait ça avec foi ». Johanna Rolland, la maire de Nantes, décrit, elle, « un immense passionné et un talent rare ».

L’intéressé entend les éloges mais assure : « les courtisans, j’en ai très peu au fond, c’est-à-dire que je me protège, donc je ne mesure pas si je suis connu ou très connu ou moins connu, ce n’est pas ma priorité ». Père de cinq enfants, il reste focalisé sur l’ambition de sa vie : « désacraliser la musique classique » et faire vivre aux autres la rencontre qu’il a vécue étant jeune.

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