Festival d'Angoulême: Le palmarès des Fauves consacre l'album «monstrueux» d'Emil Ferris

BD Les fauves (les récompenses du festival de la BD d'Angoulême) viennent tout juste d'être lâchés. Découvrez tous les lauréats...

Olivier Mimran

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Le Fauve, mascotte du festival d'Angoulême,  entouré des palmes du Grand prix
Le Fauve, mascotte du festival d'Angoulême, entouré des palmes du Grand prix — © L. Trondheim & 9eArt+

Fauve d’or du meilleur album : Moi, ce que j’aime c’est les monstres, d’Emil Ferris

Impressionnant succès critique et public en France et aux États-Unis, encensé par des auteurs prestigieux comme Art Spiegelman, cet ouvrage monumental, en forme de journal intime tenu par une jeune fille fascinée par les créatures monstrueuses, est une ode magistrale à la différence et un plaidoyer en faveur du respect de l’autre. Écrit et - sublimement - dessiné par Emil Ferris (née en 1962 à Chicago), ce pavé a propulsé, du jour au lendemain, Emil Ferris au firmament de la bande dessinée américaine puisque les réimpressions s’enchaînent, qu’il a récolté trois prix Eisner - la plus prestigieuse récompense outre-Atlantique (Meilleur album, Meilleure Auteure, Meilleure colorisation). En France, elle a récemment reçu le Grand Prix de la critique ACBD 2019.

Moi, ce que j'aime c'est les monstres d’Emil Ferris - éditions Monsieur Toussaint Louverture - 34,90 euros

L’éclairage de 20 Minutes : Malgré sa relative difficulté d’accès (le livre compte 416 pages et adopte une narration peu ordinaire, à la façon d’un journal dessiné), Moi, ce que j’aime c’est les monstres faisait partie des ultra-favoris pour le Fauve d’or. Alors même si l’on peut s’attendre à ce que quelques esprits chagrins déplorent, une nouvelle fois, le fait que soit désigné un livre « pour esthètes », gageons qu’un public nombreux saluera le couronnement d’un des livres les plus audacieux de l’année.

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Fauve Prix spécial du Jury : Les rigoles, de Brecht Evens

Par une nuit d’été, tout peut arriver. Les corps et les destins s’entremêlent au gré des rencontres et du hasard pour composer une oeuvre chorale baignée de couleurs, en hommage à la fête et à la vie. Grand maître de l’aquarelle, le flamand Brecht Evens s’est déjà vu décerner le Prix de l’Audace par le Festival d’Angoulême pour son album Les Noceurs, en 2011.

Les rigoles de Brecht Evens - éditions Acte Sud BD - 29 euros
 

Fauve Révélation : Ted, drôle de coco, d’Émilie Gleason

Ted a des jambes interminables, des épaules de déménageur et un corps d’anorexique. Il mène sa vie à cent à l’heure mais ne supporte pas le changement. Normal : ce zigoto à la Mr Bean est un autiste Asperger. Inspiré par le frère de l’autrice, Ted est le héros d’une bande dessinée endiablée qui sensibilise avec beaucoup de peps à la réalité de cette maladie. À noter qu’Émilie Gleason a dessiné, le 9 janvier 2019, en direct et en exclusivité, le personnage de Ted dans les locaux de 20 Minutes.

Ted, drôle de coco d’Émilie Gleason - éditions Atrabile - 17 euros
 

Fauve de la série : Dansker, de Halfdan Pisket

Dernier volet de la trilogie que l’artiste danois consacre à l’histoire de son père, qui a fui la Turquie en désertant l’armée avant d’émigrer au Danemark. Un récit sombre et sans concession, taillé à vif dans l’encre noire, sublimé par le dessin symbolique d’un fils qui, en se substituant au « je » paternel, donne à comprendre la violence d’une vie chaotique.
Pour son travail sur cette trilogie, le danois Halfdan Pisket a été récompensé de la plus importante bourse d’étude attribuée sur trois années, soit la plus haute distinction du comité des bourses de la fondation des arts. C’est la première fois que cette bourse est accordée à la littérature graphique, « pour une œuvre achevée inhabituelle dans laquelle les mots et les images fusionnent dans un conte cru et saisissant. »

Dansker, de Halfdan Pisket - éditions Presque Lune - 23 euros
 

Fauve Patrimoine : « Les travaux d’Hercule », de Gustave Doré

Célèbre pour ses illustrations de grands classiques de la littérature, Gustave Doré s’est d’abord consacré à la bande dessinée. Publiée alors que l’artiste n’avait que 15 ans, cette vision parodique des travaux d’Hercule, inspirée par Rodolphe Töpffer, met en lumière l’imagination de Doré, sa verve narrative et ses trouvailles graphiques.

« Les travaux d'Hercule », de Gustave Doré - éditions 2024 - 26 euros
 

Fauve Polar SNCF : « Villevermine t1 - L’homme aux babioles », de Julien Lambert

Rien de tel qu’un décor urbain déglingué pour un bon polar ! A VilleVermine la bien-nommée, le détective Jacques Peuplier, qui enquête sur la disparition de la fille de la reine des bas-fonds, affronte un savant fou et son armée d’hommes-mouches. Mais il pourra compter sur un simple gamin des rues pour trouver le renfort nécessaire…
Formé à l’Institut des Arts Saint-Luc, Julien Lambert ne signe, avec VilleVermine, que le second album d’une carrière pour le moins prometteuse.

« Villevermine t1 - L'homme aux babioles », de Julien Lambert - éditions Sarbacane - 18 euros
 

Fauve Jeunesse : « Le prince et la couturière », de Jen Wang

Pendant que ses parents lui cherchent une épouse, le prince Sébastien, lui, a trouvé une couturière. Devenue au fil du temps sa meilleure amie et première confidente, elle seule sait que chaque nuit, en secret, il s’habille de robes et devient Lady Crystallia…
Avec beaucoup de finesse, l’américaine Jen Wang brode un récit touchant sur la tolérance et la différence.

« Le prince et la couturière », de Jen Wang - éditions Akileos - 22 euros


Prix de la BD alternative : « Expérimentation », de Samandal (Liban)