Sophie Calle s'expose dans cinq musées de Marseille, une première pour la ville

ART CONTEMPORAIN Avec une année riche en grands rendez-vous, la ville espère poursuivre la dynamique enclenchée avec le succès des expositions Picasso et Burell…

Caroline Delabroy

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L'exposition "Rachel, Monique" de Sophie Calle est présentée dans la chapelle du centre de la Vieille Charité (Photo d'illustration).
L'exposition "Rachel, Monique" de Sophie Calle est présentée dans la chapelle du centre de la Vieille Charité (Photo d'illustration). — Sophie Calle / ADAGP
  • Cinq musées, cinq expositions : l’artiste Sophie Calle investit Marseille jusqu’au 22 avril.
  • En 2018, les musées municipaux ont franchi la barre des 606 000 visiteurs et renoué avec la fréquentation de l’année de la capitale européenne de la culture.
  • La ville entend poursuivre cette politique de grandes expositions, et multiplier les partenariats, comme cette première collaboration avec La Friche autour de la thématique du hasard.

C’est, à Marseille, un de ces musées de collectionneurs qui reviennent à la mode. Face au palais Longchamp, le musée Grobet-Labadié était pourtant fermé depuis la fin de la capitale européenne de la Culture. Bonne nouvelle : le bel hôtel particulier du XIXe rouvre enfin ce samedi. Deuxième bonne nouvelle : il se relance pour accueillir l' exposition Sophie Calle, grande figure de l’art contemporain, qui investit cinq musées municipaux pour cette exposition-événement, la première de l’année 2019.

« Un tel parcours muséal, inédit à Marseille, est une nouvelle façon de mettre les musées à la disposition des artistes », salue l’adjointe à la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves. Derrière cette dynamique, on trouve la signature de Xavier Rey, arrivé à la tête des musées de Marseille en février 2017 - il officiait auparavant au musée d’Orsay à Paris. L’aventure avec Sophie Calle ? « Tout est parti d’une première rencontre, puis le projet s’est étoffé au gré des découvertes que l’on a pu faire, comme l’exposition Voir la mer qui n’avait jamais été présentée avec la mer en toile de fond, et le sera au Château Borély. »

La fréquentation 2018 boostée par l’expo Picasso

Pour les fans de l’artiste, il n’y aura pas de redite, assure le directeur des musées marseillais : « C’est comme une pièce de théâtre qui aurait une nouvelle mise en scène et interprétation, chaque œuvre a été choisie par Sophie Calle pour s’inscrire dans des musées très différents ». Xavier Rey ne s’en cache pas, c’est aussi l’occasion d’un joli coup de projecteur sur l’ensemble des musées de Marseille, dont la fréquentation a retrouvé en 2018 le niveau des années 2013-2014. La barre des 606.000 visiteurs a été franchie (contre 442.656 en 2017), deux grandes expositions ayant réuni, à elles seules, 200.000 visiteurs : Picasso à la Vieille Charité, et la collection Burell à Cantini.

« J’ai vu beaucoup plus de touristes anglo-saxons que d’habitude, les gens au cœur de l’été se sont déplacés », témoigne Jean-Pierre Zanlucca, employé à la Vieille Charité et délégué FSU des agents territoriaux. L’été n’est plus une saison taboue, où l’on a longtemps banni toute programmation parce que l’on pensait les Marseillais en vacances et les touristes à la plage. De mi-juin à fin septembre, une grande exposition sera ainsi proposée au musée d’Histoire (le plus visité de Marseille), en partenariat avec le musée départemental de l’Arles antique, sur le thème : « On n’a rien inventé ! Produits, commerces et gastronomie dans l’Antiquité romaine ».

De grandes expositions au menu de 2019

Au menu de l’année 2019, il y aura aussi une carte blanche à l’Autrichien Erwin Wurm, les expositions « Sahara connecté », « Par Hasard », une typologie chronologique du hasard comme processus créatif (avec un premier partenariat avec la Friche), ou encore « Man Ray et la mode », en attendant la biennale d’art contemporain Manifesta en 2020.

Côté musées, le Port antique de Marseille (ex- Jardin des vestiges), le Mémorial de la Marseillaise et le Mémorial des déportations devraient rouvrir en 2019, tandis que les travaux au Musée d’art contemporain vont se poursuivre. Quant au musée Grobet-Labadié, il ne devrait pas fermer après l’exposition Sophie Calle. Enfin pas complètement : « Nous allons poursuivre les travaux pièce par pièce, en restant ouvert », assure Anne-Marie d’Estienne d’Orves.

« L’objectif de 2019 est de poursuivre la bonne dynamique des musées, à un moment donné on tournait un peu en rond, on restait trop dans la tradition », reconnaît l’élue. Pour ce qui est des conditions d’accueil du public, la ville dit vouloir encore accentuer les efforts de médiation. « Tous les agents étaient présents à la présentation générale de la programmation, c’est important qu’une circulation existe entre les différents musées de la ville, cela passe par l’information du public », dit Xavier Rey.

« L’année 2018 a été une bonne année, le personnel est motivé », assure de son côté Jean-Pierre Zanlucca, tout en mettant en garde : « Nous allons nous battre sur le temps de travail des agents, pour bénéficier, comme les policiers municipaux, de sujétions particulières dues au travail le week-end ». Désormais, tous les musées de la ville sont ouverts à l’année de 10 heures à 18 heures, du mardi au dimanche.

L’exposition « Sophie Calle, Cinq » est programmée jusqu’au 22 avril au Centre de la Vieille Charité, au musée Grobet-Labadié, au musée des Beaux-Arts, au Muséum d’histoire Naturelle et au château Borély. Bllet couplé pour les 5 musées : tarif plein/réduit 12/8€, gratuit le 1er dimanche de chaque mois. Programmation complète ici.

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